Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Saoudi Abdelaziz

Le scrutin s’annonce serré en Géorgie où l’on vote demain pour élire les députés. Va-t-on assister à un basculement des alliances?

 

Des dizaines de milliers de personnes ont participé samedi à Tbilissi à l'une des plus grandes manifestations de l'opposition en Géorgie, au terme de la campagne pour des élections législatives cruciales lundi dans cette ex-république soviétique. (c) Afp

DR. Législatives en Géorgie : manifestations de masse au dernier jour de campagne

 

Le maquillage néolibéral de l’économie géorgienne

 

 

Par Philippe Rudaz, doctorant à l’université de Fribourg (Suisse)

 

 

Alors que les élections législatives ont lieu ce lundi 1er octobre en Géorgie, après une campagne sous tensions, retour sur les réformes économiques menées par le président Saakachvili depuis « la révolution des roses », en 2003. Des réformes très influencées par les Etats-Unis (…)

 

En 2004, juste après la « révolution des roses », le président Saakachvili a mis en œuvre une série de réformes qui ont été considérées comme un tournant néolibéral, symbole d’une politique très pro-américaine. Cette inféodation de Tbilissi à Washington se décline sur plusieurs niveaux.

 

Au premier regard, on aurait pu penser que les réformes économiques méritaient une petite courbette. Mais ces réformes ne s’avèrent être qu’un « déguisement libéral ». Le gouvernement a bien soigné et rénové sa devanture pour attirer les investisseurs étrangers, lesquels ne savent pas que la moitié au moins de la force de travail dans ce pays est dite « indépendante »... Les autorités chargées de mettre en place les politiques économiques avouent elles-mêmes ne pas tenir compte de cette partie « informelle » de l’emploi.

 

La révolution des roses s’est par ailleurs accompagnée de réformes institutionnelles radicales, à commencer par la lutte contre la corruption, aujourd’hui bien moins importante que dans n’importe quelle autre ex-république soviétique. Saakachvili a si bien respecté le mode d’emploi de l’économie de marché qu’il est, selon la Banque mondiale, plus facile d’entreprendre en Géorgie qu’en France, en Suisse ou au Luxembourg [1] : elle se base sur une panoplie d’indicateurs qui mesurent la protection des droits des investisseurs, les interactions avec l’administration et la qualité des infrastructures. De nombreuses procédures administratives ainsi que le système fiscal ont été spectaculairement simplifiés et rendus disponibles sur Internet. L’administration géorgienne est à l’ère du « e-gouvernement » et de l’ « e-gouvernance ».

 

Ces efforts ont payé, puisque en moins de six ans, la Géorgie est passée de la 112e à la 16e place du « Ease of Doing Business Indicators (EDBI) », et du statut d’Etat défaillant (failed state) à celui d’un Etat d’avant-garde. La première émission de dette publique en 2008 marque ce passage, le pays décrochant un taux de 7,5 % fixe et l’approbation de l’agence de notation Standard and Poor’s avec un B+… La Géorgie devint ainsi la vitrine de l’avancée des marchés de capitaux « en périphérie ». Elle est maintenant un « marché-frontière » ; c’est le nom que donnent les financiers aux marchés qui ne sont pas encore émergents.

 

Le pays est montré en exemple car l’histoire est très belle. Tellement belle que le gouvernement a lancé une campagne publicitaire pour informer les investisseurs étrangers de des opportunités géorgiennes. Le slogan : « La Géorgie, championne de la réforme entre 2005 et 2010 ! ». Les affiches annonçant ces scores mirifiques furent placardées à l’aéroport de Tbilissi : campagne marketing qui semble avoir porté ses fruits malgré la guerre avec la Russie et la crise, puisque les investissements étrangers continuent à augmenter.

 

Il faut toutefois modérer cet enthousiasme. La course aux « bons points » de la Banque mondiale est une stratégie de développement économique principalement financée par USaid, l’agence d’aide au développement américaine qui a imaginé - avec le soutien du publicitaire MC & Saatchi – l’initiative « Georgian Business Climate Reform » pour compléter les indicateurs EDBI et pour promouvoir la marque « Géorgie »... Le choix pro-américain de la Géorgie se diffuse dans la sphère économique à travers cette myriade d’acteurs influencés par les mêmes paradigmes libéraux. (…)

 

Philippe Rudaz, 28 septembre 2012

 

TEXTE INTEGRAL sur le mondediplo.blog

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article