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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

L’armée doit-elle échapper au contrôle des institutions élues par le peuple ? C’est pour l’éditorialiste du quotidien d’Oran la question essentielle aujourd’hui en Egypte.

 

 

 

 

Le nœud gordien

par K. Selim

 

Le retour des tensions en Egypte, sur fond d'une contestation vivace menée par des jeunes et des moins jeunes qui entendent mener la révolution jusqu'au bout de ses objectifs, ne porte pas sur une question triviale : le statut et le rôle de l'armée. C'est même l'enjeu fondamental, le nœud gordien. Le projet constitutionnel, qui a été élaboré par un gouvernement sous contrôle des militaires, apparaît à de nombreux partis, associations et militants comme un enterrement pur et simple de la révolution. Le système en place cherche en effet à contenir le mouvement d'émancipation de la société en se reconduisant sous des formes léonines.

 Pour des raisons géopolitiques liées au statut et au rôle de l'Egypte dans l'échiquier régional, cette tentative de containement ne peut qu'avoir l'assentiment de Washington et des capitales occidentales. C'est que l'entrée en lice d'une opinion qui s'exprime librement se traduit déjà - et se traduira davantage - par une politique de fermeté vis-à-vis d'Israël. En Occident, on la considère comme un «effet indésirable» de la démocratie.

 Mais cette tentative de circonscrire la portée du changement politique se heurte à une remarquable vigilance des Egyptiens. Celle-ci s'est traduite par une mobilisation continue pour défendre la révolution et contester l'ordre politico-policier soupçonné de vouloir reprendre la main et de siffler la fin de la «récréation». En présentant une proposition de constitution qui met l'armée à l'abri du contrôle du Parlement, le gouvernement annonce presque les futurs coups d'Etat. Et le retour au système que la révolution est venue remettre en question.

 La gestion de la transition par le Conseil suprême des forces armées (CSFA) était censée aboutir à la réalisation du changement souhaité par les Egyptiens. Or, en inscrivant dans la constitution que l'armée s'occupe seule de ses affaires et de son budget, on crée une épée de Damoclès sur le projet démocratique. Les Turcs, dont la démocratie progresse, sont en train de sortir à grands pas de ce pouvoir informel de «l'Etat profond» qui se permet de renvoyer les gouvernements élus quand il le veut. La démocratie en Egypte n'a pas besoin d'expérimenter une autre version de l'Etat profond, l'armée ayant été au cours de ces cinquante dernières années au cœur du pouvoir. Il n'y a pas de raison de faire encore une fois dans le spécifique. Il n'existe pas de demi-progrès. Si on fait une constitution à l'apparence démocratique tout en donnant de facto à l'armée la capacité de renverser un gouvernement élu, on ne fait même pas un demi-progrès, on recule.

 Pour les tenants de l'ordre établi, cette souveraineté absolue des citoyens a quelque chose d'effrayant. Certains d'entre eux estimant même qu'il faut limiter cette souveraineté. C'est vieux comme les systèmes en place. Celui de tuteurs qui n'arrivent pas à comprendre que même la notion d'intérêt national ou supérieur ne peut se définir en vase clos au sein d'un groupe restreint. Elle mûrit par le débat démocratique national qui délimite, sur la base d'un consensus ouvert, la définition de l'intérêt national. En d'autres termes, une véritable vie institutionnelle démocratique.

 Sortir de l'informel pour l'institutionnel est un objectif primordial. C'est le sens qu'il faut donner au refus des Egyptiens d'accepter que l'armée puisse échapper au contrôle du Parlement.

Le Quotidien d’Oran, 21 novembre 2011

 

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