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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Philippe Hugon, expert de l’Iris, estime en conclusion de son analyse des accords entre le Mali et la Cédéao que « L’heure n’est donc pas à une reconquête militaire du Nord qui de toute façon poserait et posera, si elle a lieu, de nombreux problèmes ». Selim Ferdi pense au contraire, dans le Quotidien d’Oran, que les préparatifs de l’intervention militaire étrangère, à l’instigation des Français, sont bien avancés. « Paris et ses alliés des pays de la Cédéao sont déjà engagés avec des révélations sur la présence de forces spéciales françaises dans la zone ».

 

 

 Quelle est la portée de l’accord entre le Mali et la Cédéao ?

 

Réponse de Philippe Hugon, directeur de recherche à l’IRIS

 

 

Quel est l’état des lieux au Mali aujourd’hui ?

 

Différentes factions, milices et mouvances contrôlent le Nord du pays : le Mujao et Ansar Dine qui ont des liens avec Al-Qaïda mais aussi le MNLA. On a donc de fait au Nord une situation de contrôle par les mouvements islamistes, à l’exception du MNLA. Au Sud, on a un pouvoir qui cherche encore sa légitimité et de fortes divisions entre le chef d’Etat intérimaire, le Premier ministre, les ex-putschistes dirigés par Sanogo. Les partis politiques sont eux aussi relativement divisés. Et surtout, l’armée est largement décomposée. La situation dans le pays est donc actuellement assez grave, sans parler du nombre de réfugiés (plus de 200 000 personnes), et du non contrôle des trafics de drogue au Nord.

 

L’accord, ce dimanche, entre le Mali et la Cédéao (communauté des pays de l’Afrique de l’Ouest) sur les conditions de déploiement d’une force militaire constitue-t-il une avancée ?

 

Il y a depuis longtemps des négociations. La Cédéao voudrait intervenir au Nord Mali. Les autorités maliennes étaient assez divisées sur ce dossier considérant que la priorité devait être donnée à la reconquête du Nord par une armée nationale. Des questions de souveraineté nationale se posaient mais aussi des questions d’efficacité d’une intervention militaire compte tenu de l’état à la fois d’armement et de désorganisation hiérarchique de l’armée malienne. Cet accord constitue en ce sens une avancée. Rappelons qu’il y a encore deux jours, le chef d’Etat par intérim, Dioncounda Traoré, disait vouloir des négociations. Il accepte maintenant la force armée.

 

Cet accord marque-t-il le début d’une phase de reconquête du Nord

 

Cette force armée serait située autour de Bamako. Pour l’instant, on n’est pas encore dans une situation de reconquête militaire du Nord. Premièrement, les forces de la Cédéao sont relativement peu armées pour mener ce genre de combats, mises à part les forces du Niger. Ensuite, il est certain que les pays les plus concernés comme l’Algérie ne sont pas présents. Enfin, si la France est présente par des services spéciaux, par le renseignement, et peut apporter un appui logistique, elle est aussi contrainte par des boucliers humains que constituent les otages et ne peut apparaître qu’en seconde ligne. Et les Américains également, présents par une initiative transsaharienne dans cette région. L’heure n’est donc pas à une reconquête militaire du Nord qui de toute façon poserait et posera, si elle a lieu, de nombreux problèmes

 

24 septembre. Affaires stratégiques.info

 

 

L'intervention militaire est en marche : L'armée française met un pied au Mali

 

 



Par Salem Ferdi

 



L'offre de dialogue adressée aux rebelles par le président malien par intérim, Dioncounda Traoré, semble un exercice de pure forme, les préparatifs de l'intervention militaire s'accélèrent. Paris et ses alliés des pays de la Cédéao sont déjà engagés avec des révélations sur la présence de forces spéciales françaises dans la zone.

Ces faits succèdent à des informations sur des rotations effectuées par des drones dans le nord du Mali. Les réserves émises par les militaires maliens contre une présence de militaires de la Cédéao ont été levées. Un accord a été trouvé entre la Cédéao et le Mali sur un déploiement de «troupes non combattantes» à Bamako. Il s'agit surtout de mettre les formes. Un QG de la Cédéao sera bien établi à Bamako même si on insiste sur la synergie «permanente avec les autorités maliennes» pour mener la bataille de la «reconquête» du nord du Mali. L'accord permettait d'aller à l'Onu défendre, dans des meilleures conditions, l'appel à soutenir une intervention militaire contre les groupes djihadistes qui ont pris possession du Nord. Les préparatifs de guerre l'emportent très largement sur une «offre de dialogue» qui a peu de chance d'avoir des résultats, les groupes djihadistes ayant exigé, immédiatement, l'application de la charia. Certains observateurs relèvent que le dialogue ne peut concerner que les rebelles targuis et non les groupes djihadistes qui sont classés organisation «terroriste» au niveau international. Le MNLA ne dispose pas de marge de manœuvre pour refuser, et de toute façon, le choix qu'il fera sera sans incidence en raison de sa faiblesse sur le terrain. Reste Ançar Eddine qui paraît très soudé aux groupes djihadistes et qui ne peut accepter l'offre sans entrer en conflit avec eux.


 

Un improbable revirement d'Ançar Eddine


 

Cette dernière hypothèse sera un renversement de situation totalement inattendu, et c'est ce qui la rend très improbable. Surtout que les préparatifs de l'intervention sur le terrain vont de pair avec un activisme diplomatique sur la situation au Nord, en marge de l'Assemblée générale de l'Onu. La question du nord du Mali va ainsi être une des questions prioritaires pour le président français, François Hollande, à New York. Paris, qui a déjà déclaré qu'une telle intervention était«inéluctable», soutient fortement les pays de la Cédéao à aller en opération, tout en soulignant qu'elle se contenterait d'apporter un appui logistique.

AQMI a d'ailleurs, en prévision d'une telle opération, mis la vie des otages français dans la balance en diffusant une vidéo. Mais certaines informations font état d'une centaine de membres de Forces spéciales françaises déjà présents qui seraient rejoints par des commandos de la marine.


 

Libérer les villes est facile, les tenir est plus difficile


 

La France apporterait aussi une aide en matière de renseignement et formerait des éléments de la Cédéao dans la perspective d'une reprise en main du Nord tombé entre les mains des rebelles d'Ançar Eddine et de ses alliés djihadistes, AQMI et Mujao notamment. Le nombre des islamistes armés qui tiennent le Nord est estimé, selon les sources, entre 200 et un millier d'hommes auxquels il faudrait ajouter des recrues nouvelles, 3.000 à 4.000 hommes, qui ne sont pas formés et aguerris. Techniquement, la reprise des villes par une force armée organisée ne devrait pas poser de difficultés.

Le vrai enjeu est de les «tenir» face au harcèlement qu'exerceront les djihadistes. La volonté de certains pays de la région, et notamment l'Algérie, de pousser les groupes targuis à prendre leur distance à l'égard des djihadistes et d'entrer dans un dialogue national avec Bamako a justement pour objectif d'éviter une telle situation. Mais à l'évidence, cette approche n'est pas partagée par Paris et les pays de la Cédéao sous son influence. L'intervention militaire est déjà en marche.

 

 

 

Selim Ferdi, 25 septembre 2012. Le Quotidien d’Oran

 

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