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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

 

 

 

" Une autre prise de conscience serait pourtant nécessaire : les agences de sécurité ne sont en effet pas les seules à collecter, à classer, à trier, les données personnelles pour "profiler" les individus. C'est aussi une des grandes spécialités des géants du Web (...)

 Facebook, le réseau social le plus populaire du globe, est également le réceptacle de volumes exceptionnels d'informations. Il sait où, quand et avec qui vous êtes parti en vacances. Il prévient vos connaissances quand vous vous séparez de votre conjoint... Mark Zuckerberg, son fondateur, se vante de disposer du "graphe" social de près d'un milliard d'individus".

 

 

 

Par  Sarah Belouezzane et Cécile Ducourtieux, 24 juin 2013. Le Monde.fr

 

 

La révélation, début juin, par le jeune consultant Edward Snowden, de l'existence du projet américain Prism – et, plus récemment, d'un programme équivalent des services secrets britanniques – a suscité l'émoi. Comment ne pas dénoncer dans ces dispositifs d'espionnage à grande échelle une atteinte aux libertés ?

 

Depuis des années, la National Security Agency (NSA) américaine avait négocié, à en croire le jeune homme, un accès direct aux milliards de téraoctets de données stockées par les géants du Web, Facebook, Yahoo!, Google ou Amazon. Tous ont reconnu avoir été sollicités, même s'ils ont minimisé les volumes échangés. Le contenu de milliers de courriels a quand même été scanné, des conversations téléphoniques écoutées, des habitudes de consommationdisséquées. Et si des dizaines d'attentats ont pu être déjoués – c'est ainsi que s'est défendu Barack Obama ces derniers jours –, le débat a quand même enflé : un Etat peut-il violer l'intimité de ses citoyens au nom de leur sécurité ?

Une autre prise de conscience serait pourtant nécessaire : les agences de sécurité ne sont en effet pas les seules à collecter, à classer, à trier, les données personnelles pour "profiler" les individus. C'est aussi une des grandes spécialités des géants du Web.

Google dispose ainsi, avec son attirail de services en ligne très complet, d'extraordinaires "aspirateurs" à données : Gmail, son système d'exploitation mobile Android (qui équipe désormais 600 à 700 millions de smartphones dans le monde), son système de cartographie Maps... Un exemple ? Il vient juste de lancer Google Now, un assistant personnel ultrapratique. Il mémorise votre lieu de résidence et votre lieu de travail et vous indique combien de temps vous aller mettre pour vous rendre de l'un à l'autre – il arrive même à deviner si vous faîtes le trajet à pied, à vélo ou en voiture !

Facebook, le réseau social le plus populaire du globe, est également le réceptacle de volumes exceptionnels d'informations. Il sait où, quand et avec qui vous êtes parti en vacances. Il prévient vos connaissances quand vous vous séparez de votre conjoint... Mark Zuckerberg, son fondateur, se vante de disposer du "graphe" social de près d'un milliard d'individus.

Et ces mastodontes n'en sont encore qu'au début de ce que la technologie (la mobilité couplée à l'Internet) permettra d'exploiter. Aujourd'hui, leur priorité, c'est précisément de progresser dans ce qu'ils appellent le "big data" : le développement d'outils pour toujours mieux interpréter les colossales masses d'informations qu'ils collectent.

Comme la NSA, ces groupes privés se défendent de stocker trop longtemps les données, jurent qu'ils les rendent anonymes avant de les manipuler. Mais peut-on leur faire confiance ? Cela fait près de dix-huit mois qu'en France la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL), tente d'obtenir – en vain – de Google des informations pourtant basiques : quels types de profils dresse-t-il des internautes, combien de temps sont-ils conservés ?

 

 

Des discours messianiques

 

Ces pratiques n'émeuvent pourtant pas grand monde. De temps en temps, certains s'énervent des incessants changements de règles de confidentialité sur Facebook. Mais cela passe, et un nombre incroyable d'internautes continuent de confier au réseau des pans entiers de leur vie privée. Une administration publique leur demanderait ces informations, ils hurleraient...

Pourquoi accepter de ces sociétés privées ce qu'on refuse à la NSA ? Est-il vraiment moins périlleux de céder ses données à un géant de l'Internet plutôt qu'à un repère d'espions ? Certes, à première vue, ils ne poursuivent pas le même but. Google ou Facebook vendent des profils aux annonceurs publicitaires : ils tirent même l'essentiel de leurs revenus de la "monétisation" d'audiences qualifiées.

Mais qui contrôle l'usage que ces groupes font des données, à part des autorités comme la CNIL, dont les moyens paraissent bien dérisoires ? Qui nous dit qu'ils ne seraient pas tentés, un jour, par des exploitations limites de ces informations ? Après tout, Google ou Facebook sont assez prompts à manier des discours messianiques : "Nous voulons apporter la connaissance au monde entier", assure-t-on chez Google.

Les liens entre les agences de sécurité et les sociétés du Web seraient même plus proches qu'on pourrait le penser. A en croire le New York Times, il arrive que des équipes de la NSA et de ces géants du Net se rencontrent pour partager leurs expériences. Le quotidien révèle aussi qu'un dénommé Max Kelly, responsable de la sécurité chez Facebook, a quitté le réseau social, en 2010, pour... la NSA.

Cela étant dit, la solution n'est pas forcément de boycotter des services incroyablement – diaboliquement – efficaces (comme le service de visiophonie Hangout de Google, ou son GPS...). Mais au moins de résister à la tentation de livrer son numéro de téléphone mobile, à celle de se géolocaliser systématiquement à chaque fois qu'on télécharge une application sur son smartphone... Pour au moins éviter un étalage indu de sa vie privée, en cas de gros "bug" informatique comme ce fut encore le cas avec Facebook, il y a trois jours.

 

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