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Publié par Saoudi Abdelaziz

Dans un mois, sera commémoré le 46ème anniversaire de la création du PAGS fondé en janvier 1966 au cours d’une conférence nationale clandestine associant les membres de l’ORP (Organisation de la résistance populaire) qui s’étaient dressés contre le coup d’Etat militaire du 19 juin 1965.

Au début de 2012 sera aussi « célébré » l’autre évènement qui hypothèquera l’évolution de la gauche en Algérie. Il y a bientôt vingt ans, un congrès du PAGS prononce son autodissolution, le meurtre étant ainsi professionnellement maquillé en suicide. Une contribution de Chiricahua :

 

 

 

Sur le PAGS (4)

 

 

Dans un débat d'idées, je n'ai ni passé politique ni n'avance masqué ; j'essaie de me tenir sur une position de stricte honnêteté intellectuelle et de comprendre le passé à partir du présent car le présent est la clé du passé et ce n'est pas l'inverse. « L'anatomie de l'homme est la clé de l'anatomie du singe », disait Marx dans un langage imagé, consacrant par là le primat épistémologique du présent sur le passé : c'est la compréhension de la forme développée qui nous aide à comprendre ce qu'elle était dans un état antérieur, moins développé.

 

Par exemple : à partir de ce qu'est aujourd'hui le pouvoir algérien et de l'exploitation éhontée qu'il fait de son seul fonds de commerce politique et idéologique, le nationalisme de bas étage, footballistique même !, on peut mieux comprendre en quoi le nationalisme populiste d'un Messali était étriqué, borné, primaire (ce n'est pas pour rien que Abane lui avait déclaré une guerre à mort), qu'il ne pouvait mener à autre chose que ce que l'on voit sous nos yeux : des dirigeants qui tirent sans vergogne sur la corde nationaliste, abreuvent le peuple de slogans éculés sur la fidélité aux martyrs pour mieux le culpabiliser, mais qui possèdent la nationalité de ce même pays (soi-disant ennemi) qu'ils vouent aux gémonies, dans lequel ils se font cependant soigner, où ils ont investi les fortunes amassées par la corruption et le pillage. (Le peuple le leur rend bien qui demande par dizaines de milliers chaque année à réintégrer la nationalité française).

 

S'agissant du PAGS et de son sabotage par les officines qui n'ont d'autre science que les coups d'état qu'elles qualifient de « scientifiques » -pauvre science ! Où va-t-elle se loger !-, je pense (ce n'est qu'un avis personnel construit sur la base de mes connaissances des uns et des autres et qui n'a d'autre prétention qu'anecdotique) que la riposte au Fam-Tahadi a été rendue impossible par la précipitation même de certains pagsistes -dont beaucoup d'anciens du PCA- à apporter une réponse immédiate et symétrique au Fam-Tahadi : celle de créer dans la confusion et la fébrilité, par cooptation, sans large concertation préalable, un parti, le Pads. Je crois que certains d'entre eux n'ont pas résisté au désir de retrouver les codes rassurants -mais morts- du parti kominternien dont ils avaient certainement la nostalgie. (Ce qui est une conduite observable chez tous les humains : quand la réalité change brutalement, qu'il devient difficile de s'y adapter, chacun a tendance à revenir à une période plus sécurisante mais fantasmatique).

 

Dans le groupe qui a été à l'origine de cette initiative, un homme aurait peut-être fait changer les choses s'il avait choisi d'épauler Sadek Hadjerès, étant donné son aura et son abattage : Abdelhamid Benzine (Paix à son âme d'illustre combattant). En effet, à la différence de Hadjerès, obligé à une clandestinité de fer depuis des décennies (car, 1er secrétaire, il n'était pas question qu'il tombe entre les mains de la police politique), Benzine a pu jouir, à la fin des années 70 -en tant qu'ancien de l'ALN- d'une relative liberté de mouvement. Il s'est empressé de la mettre au service du PAGS de sorte qu'il sillonnait discrètement le pays pour des contacts directs avec la base. On peut dire, pour résumer, que si aucun militant ne savait à quoi ressemblait S.H., beaucoup connaissaient très bien Benzine. Après le coup d'état contre le Pags, S.H. était démuni car il n'avait pas de relais à la base alors que Benzine, lui, en avait. Mais il les sollicita pour le Pads. La base du PAGS, dans l'expectative, aurait certainement réagi positivement à un appel unitaire à sauver le parti. Au lieu de quoi, elle n'a eu droit qu'à des propositions de type sectaire qu'elle a déclinées dans sa grande majorité -et dans sa sagesse. Benzine a, tout de même, dépouillé les Fam-Tahadi du journal "Alger-Républicain" (il en avait la propriété du titre), les privant ainsi de leur instrument de propagande. Est-il besoin de dire qu'il ne s'agit pas d'imputer à Benzine, un homme d'un courage exceptionnel, d'une droiture sans faille, d'une modestie incroyable, apanage des grands, une quelconque responsabilité dans ce qui s'est passé : il a fait un choix qu'il pensait être le meilleur dans des circonstances très graves.

 

À tout cela, s'ajoute un autre élément, de taille : la terreur qui s'est abattue sur le pays, ne laissant pas le temps au PAGS de se reconstituer -car le temps, sans aucun doute, aurait joué en faveur des anciens du PAGS dont beaucoup étaient des militants remarquables qui n'auraient jamais accepté une telle situation. Sommés par l'armée et les services de se mettre sous leur "protection" s'ils ne voulaient pas mourir "égorgés" de la main des "terroristes" -le 1er ministre de l'époque, B. Abdeslam, s'adressant à eux, le dira exactement en ces termes dans un discours à la nation, télévisé-, les pagsistes, dans leur écrasante majorité, refusèrent ce chantage ignoble et préférèrent l'exil ou le retour dans leur région d'origine où ils pourraient bénéficier de la protection du "sang".

 

Chantage ignoble qu'un 1er ministre non moins ignoble avait été chargé par ses maîtres de mettre en musique et qui n'hésita pas à désigner aux tueurs ce qu'il a appelé les "laïco-assimilationnistes". Ce qui nous ramène bien à Messali et à son langage, celui qu'il utilisait pour stigmatiser les gens du CMA.

 

22 décembre 2011, Le Blog de Chiricahua

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