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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

Omar Ouali, l’éditorialiste de Liberté note à propos du Comité de chômeurs qui a conduit le mouvement : « Mais force est de voir que les tentatives des autorités de disqualifier le comité ont fait chou blanc. Avec autant de monde rassemblé, il a incontestablement gagné son défi qui fait de lui un acteur incontestable et incontournable que les autorités seraient bien plus inspirées de l’associer désormais à toute recherche de solution pour la région du Sud ».  Kamal Daoud va dans le même sens : « On salue la naissance de ce que les plus de 80 ans empêchent par la force de la ride et du verbe : la naissance de jeunes leaders algériens, crédibles, sains, conscients, responsables et concrets ».

 

 

 

 

Le vent du Sud

 

 

 

Par Omar Ouali, Liberté



   

 

Le Comité national des chômeurs du Sud n’est pas parvenu, jeudi, à réunir “la mallionia” promise, en réponse aux railleries du Premier ministre qui qualifiait deux jours auparavant ses animateurs de “chourdhouma”, qui veut dire grosso modo “groupuscule” ou quantité négligeable. Mais, ce comité à tout de même réussi la gageure de rassembler environ dix mille personnes devant le siège de l’APC de Ouargla. Le chiffre est tout simplement impressionnant, car les proportions de la démographie ne s’apprécient pas de la même façon dans le Nord et dans le Sud. De mémoire des habitants, c’est une première pour une ville du Sud.

Ce rassemblement, qui s’est tenu dans un climat pacifique et une ambiance bon enfant, est tout simplement un pied de nez, un doigt d’honneur aux autorités qui se sont méthodiquement attelées pendant toute la semaine à tenter de le discréditer, de jeter la suspicion sur ses animateurs. Le pouvoir, actuellement empêtré dans les affaires de corruption et, qui n’a pas senti arriver le souffle du vent du Sud, a dépêché, en mission commando, ses sous-traitants prébendés, ses serviteurs zélés pour casser le comité.
Toutes les vieilles ficelles, en usage à l’époque du parti unique, ont été convoquées pour l’occasion. Un comité parallèle, qualifié pompeusement de “société civile”,
est monté de toutes pièces. Les membres du comité sont accusés de “séparatisme”. Mais le morceau de bravoure de cette campagne de dénigrement concerne le pauvre Tahar Belabès, chef de file de la contestation, accusé “d’appliquer un agenda” dicté de l’extérieur. Pis, il recevrait même des ordres à partir du Qatar !

Mais force est de voir que les tentatives des autorités de disqualifier le comité ont fait chou blanc. Avec autant de monde rassemblé, il a incontestablement gagné son défi qui fait de lui un acteur incontestable et incontournable que les autorités seraient bien plus inspirées de l’associer désormais à toute recherche de solution pour la région du Sud.

 

En fait de solutions, d’aucuns ne manqueraient pas de mentionner, à juste titre d’ailleurs, les dernières mesures annoncées lundi au terme d’un Conseil interministériel. Même si elles ont un parfum d’improvisation et d’urgence, donc peu “cogitées”, elles ont au moins le mérite d’être annoncées. La question est de savoir si elles seront appliquées. Mais surtout si les lobbies, les sociétés de recrutement, véritables négriers des temps modernes qui sont à l’origine de la poudrière du Sud, laisseront faire. Car il y va de leur rente. Et c’est à ce niveau que le gouvernement sera attendu pour savoir s’il est en mesure de faire respecter ses engagements.

 

 

 

 

 

Leçons du Sud à Louiza, Ghoul et Kablia et les autres labels

 

 

Kamal Daoud, Le Quotidien d’Oran

 

 

Finalement les chômeurs de Ouargla et du pays gagnent du terrain : pour le 14 mars, date de l'apocalypse selon Hanoune et de l'infiltration de l'OTAN, de la manipulation du Qatar et d'El Jazeera et des harkis, des traîtres, des agents de l'extérieur, les chômeurs se sont rassemblés dans le calme, ont hissé le drapeau, ont chanté l'hymne, ont crié leurs poumons, ont demandé leurs demandes. Il n'y a pas eu d'intervention de l'OTAN, personne n'a assassiné Abane Ramdane, personne n'a volé des bijoux, bombardé des Algériens à Oued Sly. Personne n'a cassé une vitre, volé un sucre ou demandé que l'on divise le pays. Le ciel n'est pas tombé et le pays n'est pas en guerre. Cela prouve au moins quelques évidences.


Un : la conscience politique, l'unité nationale, le nationalisme, ce n'est pas Khelil & Cie qui l'incarne, ni Louiza Hanoune, ni le FLN, ni les « services », ni l'Administration, ni Ennahar, ni la propagande, ni Amar Ghoul. Ce sont de jeunes chômeurs du sud et du reste. On salue la naissance de ce que les plus de 80 ans empêchent par la force de la ride et du verbe : la naissance de jeunes leaders algériens, crédibles, sains, conscients, responsables et concrets. L'avenir c'est Tahar Belabesse ou ceux qui pensent comme lui. Le passé c'est Sidi Saïd et son UGTA qui a été chassé de Ouargla. Les gens de l'apartheid et ses méthodes.


Deux : on peut marcher et se rassembler sans diviser ce pays comme on nous le dit, sans le casser, le détruire. A Ouargla, les chômeurs ont su s'organiser. Le prétexte sécuritaire n'est qu'un prétexte de colons. C'est notre pays et on peut y marcher et y manifester sans le vendre ni le trahir. Les arguments du régime ressemblent à ceux des «Blancs» de l'Afrique du Sud il y a des décennies. Et avec les mêmes dégâts.


Trois : on peut éviter de faire l'erreur habituelle sans que le ciel tombe sur les têtes : la police, les gendarmes et les autres se sont montrés discrets, n'ont pas frappé, n'ont pas harcelé ni arrêté. Preuve que ce pays peut vivre normalement et qu'il est inutile de frapper les gens pour « le bien de l'Algérie ». Preuve que les arrestations « avant », les procès, les harcèlements judiciaires sont du banditisme. On pouvait s'en passer. C'est inutile, contre-productif et cela ne sert qu'au pire.


Quatre : demander un changement n'est pas demander la destruction, ni la vouloir, ni la permettre. C'est simplement vivre et vouloir la justice, l'écoute et l'expression libre. La France coloniale est partie et on n'est pas obligé de l'incarner, ni d'user des méthodes des colons.


Cinq : le Pouvoir vieillit mal, de plus en plus. Il s'enferme, ne comprend pas, panique, a peur et ruse. Il devient paranoïaque et ne sait plus agir qu'avec de l'argent ou de la violence. Il a tout perdu, sauf ses dents. Il ne comprend pas comment on peut arriver au monde après lui, c'est quoi être jeune et vif, ce que veut dire être libre sans lui et contre lui.


Six : Le Sud souffre d'une vraie vision colonialiste du régime centraliste : il a été ignoré, oublié, mais aussi arrêté, frappé, torturé, enlevé, méprisé et manipulé. Etrange mise en écho de la politique de la France pour le Sahara. Toujours, avant et après l'indépendance, géré avec des casernes, sous régime militaire, encadré et pas gouverné, en état d'exception, divisé en aires de notables. Et quand le Sud bouge, les nervis du Nord font comme faisaient les colons : c'est un complot, ils veulent nous jeter à la mer, ce sont des infiltrés, des drogués, des terroristes, des violeurs d'enfants. Dixit la Louiza et le Golden Boy des appels d'offres : Amar Ghoul.


Sensation d'être soi-même démodé : peut-être, sûrement, les chômeurs du Sud ont tout compris. Pour faire changer la politique, il ne faut pas faire de la politique. Tahar Belabbess et ses amis ont donc compris : il faut partir de la base, de la rue, de l'épaule la plus proche de la sienne. Il ne faut pas compliquer la revendication mais l'exprimer le plus simplement possible. Il faut résister à l'appel, la menace, la division et la manipulation et le harcèlement simplement en continuant de marcher droit devant soi. Il ne faut pas faire la guerre, ni la paix mais seulement ce qui s'impose. Il faut réunir les gens autour du plus simple des slogans, le plus proche de l'Algérie algérienne, le plus traduisible dans les plusieurs langues du pays : la dignité. Il faut avoir de bonnes idées d'organisation. Il faut s'exprimer naturellement et avec modestie et avec sincérité. Il ne faut pas haïr.


Dans les entretiens de Tahar Belabbess on ne découvre pas cet ingrédient automatique des opposants en Algérie : la haine du régime. Il ne semble pas haïr le Pouvoir, le régime, l'Etat, mais semble simplement insister sur ses droits et sur le concret. Désarmant. Du verbe «désarmer » l'adversaire.

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