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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

Les impressions du jeudi

 

 

Réunis à Washington, les 27 et 28 octobre  dernier, par l’Institut d’études stratégiques de l’Union Européenne, pour évoquer le « Printemps arabe », responsables et experts américains et européens se sont trouvés « pareillement démunis face aux incertitudes » écrit Sylvie Kauffmann la directrice de rédaction du Monde qui cite Philip Gordon, un des adjoint d'Hillary Clinton : « On n'en a choisi ni le lieu ni le moment. On essaie de le soutenir, mais on se met le doigt dans l'œil si l'on pense que nous pouvons le contrôler. ». Il y a peut être dans cette modestie une bonne part de rouerie.

 

Sa patronne, sourire à l’avenant, s’est très rapidement félicitée du succès du récent scrutin en Tunisie, prenant une longueur d’avance sur son collègue français, visiblement dépité par l’attitude de l’électorat tunisien. Et sans doute peu préparé à ce résultat par les rapports du jeune ambassadeur sarkozien de France dont les candidats favoris ont dû annuler, à la dernière minute, les réservations au luxueux hôtel Africa et à la Maison-Blanche où ils comptaient fêter un succès qui n’est pas venu.

 

Après les élections tunisiennes, Saïd Sadi condamne, justement, les tentatives du pouvoir algérien d’utiliser le spectre du danger islamiste pour contrer le changement démocratique dans notre pays.  Il salue la participation massive des Tunisiens au vote et reconnaît la légitimité de leur choix. Dans la foulée, ses réserves sont d’une bienveillance "vigilante" à l’égard des positions de la CNT sur la charia.

 

Ce virage politique du RCD à l’égard de l’islamisme n’est pas seulement lié à la logique de son soutien à ce qu’a fait l’Otan en Libye, et à l’échec électoral des courants éradicateurs cousins en Tunisie. Le RCD adopte une ligne qui peut favoriser un climat politique unitaire en Algérie, même s’il s’efforce de s’aligner sur l’évolution de l’administration Obama, que Saïd Sadi considère publiquement  comme un des facteurs essentiels du changement démocratique dans notre pays. Comment le RCD va-t-il appliquer cette ligne de conduite en Algérie à l’égard des courants et personnalités qui se revendiquent de l’islamisme politique ?

 

L’attitude américaine bienveillante à l’égard de la Tunisie, où s’est exprimée, malgré elle, une alternative islamiste libérale sur fond de consensus national démocratique, est en trompe l’œil : elle vise à faire accepter par l’opinion arabe et mondiale les initiatives politico-militaires de l’Empire visant à resserrer les boulons. En Libye et en Syrie déjà, mais aussi ailleurs, là où les devises et le pétrole, plus précieux que jamais, doivent être plus sévèrement contrôlées.

 

Dans les pays nationalistes et autoritaires, le Grand jeu américain consiste à s’appuyer, concomitamment, sur les intégristes armées et les ultralibéraux à l’intérieur et à l’extérieur des appareils d’Etat.

 

Après la chute de ces régimes anti-démocratiques mais trop souverainistes on verra bien…

 

L’option de l’administration américaine en faveur de l’alliance avec l’Islamisme armé pratiquée en Libye, puis actuellement en Syrie, n’est pas un phénomène nouveau. Cette ligne a été appliquée avec succès à la fin des années 70 et au cours des années 80 dans la stratégie de déstabilisation de l’Union soviétique, déjà enlisée dans un système paralysant.

 

Que cette contribution à la chute du système soviétique ait conduit à la création d’Al Qaïda n’est sans doute qu’un petit inconvénient, qui deviendra d’ailleurs plus tard encore une fois un atout du Grand jeu.

 

Ce n’est pas sans analogie, toute proportion gardée, avec ce qui s’est passé en Libye et avec la situation actuelle en Syrie. Avec la différence qu’aujourd’hui l’Empire américain n’a pas le vent de l’histoire mondiale en poupe comme au temps du Reaganisme triomphant.

   

Les stratèges de l’Empire s’essaient à une martingale très risquée. Mais le goût pour les jeux de hasard n’est-il pas dans l’esprit des temps actuels?

 

Saoudi Abdelaziz. 3 novembre 2011

 

 

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