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Publié par Saoudi Abdelaziz


Peut-être un peu moins visibles que l'année passée, mais ils sont toujours là, les moutons de l'Aïd. Et pourquoi, ils ne seraient pas là, puisqu'en plus du fait que c'est un commerce rentable, tout le monde peut l'exercer, n'importe comment, n'importe où et à n'importe quel prix ? On n'a pas besoin de sortir d'une grande école de commerce pour le savoir : des dizaines de millions de d'ovins qui se vendent sur une période aussi réduite en raison de la «popularité» du rituel, d'une recommandation religieuse dont tout le monde ou presque fait volontiers une obligation, c'est un «marché» à investir.

Un marché pas comme les autres, puisqu'il a la particularité d'être sans risque, où tout le monde peut donc prendre sa part. Et ce qui ne gâte rien, il n'y a pas que les lois de la concurrence en matière de qualité du produit, de prix et de service après-vente qui deviennent obsolètes à l'occasion. Il y a aussi la notion de pouvoir d'achat. A quelques nuances sans grande importance près, tout le monde est logé à la même enseigne.

En dehors de quelques caprices de riches qui veulent toujours le plus gros et le plus cornu à faire venir de préférence de Djelfa ou de Tiaret, tout le monde achète et «sacrifie» quasiment le même mouton. Les classes sociales disparaissent ainsi opportunément devant la magie ovine.

Disparaissent aussi les habitudes de consommation en temps «normal», la peur de l'endettement chez les plus vulnérables et… la recommandation religieuse qui n'aurait jamais obligé les fidèles au rituel, ni spécifié la nature de la bête à sacrifier, ni défini cette fête comme étant celle des combats de béliers et du barbecue.

Mais les choses sont ainsi et c'est tant mieux pour tout le monde, c'est-à-dire tous ceux qui… vendent des moutons. Les maquignons de métier, les sous-traitants occasionnels, les petits détaillants ruraux et les spécialistes des bonnes opportunités qui osent de plus en plus, jusqu'au cœur de la capitale.

Dans les garages de villas cossues, quand ce n'est pas dans les cages d'escalier d'immeubles de grands boulevards. Cerise sur le gâteau, aucune force publique ne viendra les en empêcher, puisque toutes les lois disparaissent devant les règles tacites des convenances religieuses. Y compris quand leur émanation est douteuse, leur conformité approximative et leur effet délétère.

 

Laouari Slimane. Point Net. 30 octobre 2011. Le Temps d’Algérie

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