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Publié par Saoudi Abdelaziz

Par Bernard Cassen

 

Le calvaire que les dirigeants de la zone euro font subir au peuple grec est en train de discréditer l’idée même d’Europe. Techniquement, c’est la « troïka » - Commission européenne, Banque centrale européenne (BCE) et FMI – qui est chargée de la sale besogne d’exiger du gouvernement de Lucas Papadémos, banquier lui-même, la baisse drastique des salaires et des retraites, le démantèlement des services publics et les privatisations en tout genre.

 

A l’abri de ce sinistre trio, ce sont les autres gouvernements européens qui, sous la férule de la chancelière allemande Angela Merkel et de son aide de camp Nicolas Sarkozy, ont pris la responsabilité politique de provoquer la mise ne charpie de la société grecque et la ruine de son économie : chute du PIB de 7 % en un an, explosion du chômage et de la précarité, mise à l’encan de son patrimoine naturel et de ses sites historiques, berceaux d’une des grandes civilisations de l’humanité. Et cela sans la moindre perspective d’amélioration de la situation, même dans dix ans ! On pense ici à ce mot attribué à Ferdinand Point, grand chef cuisinier français (1897-1955) : « J’ai été si bien soigné que je suis désormais certain de mourir guéri ».

 

Vu d’un autre continent, cet acharnement laisse pantois, et le visiteur européen de passage éprouve un sentiment de honte lorsqu’il doit expliquer à ses interlocuteurs une situation grecque en tous points comparable à celle des pays du Sud laminés par les programmes d’ajustement structurel du FMI et de la Banque mondiale. Loin des grands discours humanistes, le message que l’Union européenne (UE) donne au reste du monde est celui de la solidarité avec ses banquiers et non pas avec ses citoyens.

 

L’UE délivre aussi un message destiné, lui, à ses propres ressortissants, en premier lieu ceux de sa périphérie : préparez-vous à vivre à la grecque. Il y va de votre compétitivité ! Dans cette perspective, les différents gouvernements font assaut de « rigueur », avec une obsession : réduire le coût du travail et accélérer sa précarité. Dans ce domaine, Mariano Rajoy, comme Mario Monti en Italie, se veut particulièrement exemplaire : il a ainsi « réformé » le Code du travail, jugé trop « rigide », en faisant notamment chuter de 42 à 12 mois de salaire le montant maximum des indemnisations en cas de licenciement.

 

Pour ne laisser aucune échappatoire à des gouvernements, dont celui d’Athènes, qui, sous la pression sociale ou électorale, risqueraient d’atténuer les mesures d’austérité exigées d’eux, Angela Merkel a imposé la signature de deux traités. D’abord celui créant une nouvelle institution : le Mécanisme européen de stabilité (MES) pour les 17 pays de la zone euro ; ensuite le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance dans l’Union économique et monétaire (TSCG), s’articulant avec le MES, mais adopté par 25 des 27 membres de l’UE (le Royaume-Uni et la République tchèque faisant exception).

 

Ces deux traités, qui imposent une politique budgétaire unique à tous les pays de la zone euro (et dont l’un, le MES, implique une modification du traité de Lisbonne), représentent un considérable abandon de souveraineté de la part des Etats signataires, et donc, dans plusieurs cas, des révisions constitutionnelles. Or c’est sans le moindre débat public dans quelque pays que ce soit, et par des procédures accélérées que les gouvernements ont décidé de les faire ratifier. Il s’agit, par tous les moyens, d’empêcher la tenue de référendums partout où ils sont possibles (en France par exemple) et d’anesthésier des opinions publiques qui pourraient s’insurger contre le nouveau carcan dans lequel elles vont être enfermées. Ce déni de démocratie est une honte de plus pour l’Europe

Bernard Cassen, 1er mars 2012, Mémoire des luttes

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