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Publié par Saoudi Abdelaziz

« Sentiment de hogra et sentiment de justice vont ensemble. Il y a ce sentiment de hogra parce qu’il n’y a pas de confiance dans le fonctionnement des institutions de l’Etat, parce que les gens ne croient pas que la société fonctionne selon des lois qui s’appliquent à tous ». Cherifa Bouatta, psychologue répond aux d’Amel Blidi qui  a réalisé un reportage sur la hogra, qui fait la une d’El Watan, ce matin.

EXTRAITS

 

 

 

La hogra est-elle un mal algérien ?

 

Cherifa Bouatta. En tout cas, c’est en Algérie que le mot est utilisé pour rendre compte d’une sorte de «condensation» qui dit mépris, humiliation, injustice, impuissance, face aux détenteurs du pouvoir, à ceux qui détiennent les places sociales qui peuvent permettre ou empêcher l’accès aux travail, au logement, aux services…

 

 

La hogra dénote-t-elle la vulnérabilité d’une certaine frange de la population par rapport à une autre ?

 

Effectivement, cette «notion» dénote la fragilité d’une population qui se voit livrée au bon vouloir de ceux qui détiennent les ressources, entendu au sens large du terme, et cela exprime des rapports de classe où des parties de la population, et particulièrement des jeunes se voient privés de leurs droits par les puissants. On peut avancer sans se tromper qu’une très grande partie de la jeunesse algérienne est profondément convaincue qu’elle vit sous le règne de la hogra. Ce sentiment est profondément intériorisé au point où tous considèrent, même quand ce n’est pas le cas, qu’ils sont mahgourine.

 

 

Y a-t-il, d’après vous, un lien entre l’absence de démocratie et la pandémie de la hogra ?

 

Sentiment de hogra et sentiment de justice vont ensemble. Il y a ce sentiment de hogra parce qu’il n’y a pas de confiance dans le fonctionnement des institutions de l’Etat, parce que les gens ne croient pas que la société fonctionne selon des lois qui s’appliquent à tous. Il y a ceux qui se situent du bon côté de la barrière et pour lesquels les lois peuvent être détournées voire ne s’appliquent pas et puis il y a les autres.

 

 

Comment expliquer que, dans la société algérienne, la moindre once de pouvoir autorise des comportements condamnables ?

 

La hogra est en fait générée par la perversion des lois. En disant cela, on soulève la question de l’Etat de droit, un citoyen qui pense que la société dans laquelle il vit est une société qui fonctionne selon des lois qui s’appliquent à tous est un citoyen qui respecte les règles de l’Etat, qui peut comprendre et accepter les sanctions que cet Etat peut prendre à l’encontre de ceux qui transgressent les règles. Mais un citoyen qui est convaincu que c’est le règne de la hogra, il est persuadé que lorsque la justice s’applique, ce n’est pas l’application de la loi, mais plutôt une question de hogra. C’est ce qui donne ce sentiment d’anarchie et de perversion de la loi dont je parlais auparavant. Et face à ces convictions profondes qui sont partagées par de larges pans de la société, il n’y a que l’Etat de droit qui peut remettre de l’«ordre» dans le monde.

 

 

La hogra peut laisser indemne sur le plan psychologique ?

 

Il est évident que celui qui subit la hogra est profondément blessé, son narcissisme est ainsi mis à mal. C’est l’identité même du sujet qui est ainsi attaquée, vous vivez rejeté, exclu, méprisé… ces sentiments sont très douloureux à vivre, ils engendrent la honte chez la victime de hogra et/ou la colère et la révolte, d’où souvent les émeutes. Je ne veux pas établir de liens directs entre hogra et immolation, mais je ne peux m’empêcher de relever que la majorité des jeunes qui se sont immolés par le feu l’ont fait suite à la hogra, un responsable a refusé de les recevoir, ils ont été déboutés de leurs droits

 

 

Propos recueillis par Amel Blidi, 7juin 2012. El Watan. Dossier complet

 

 

 

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