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Publié par Saoudi Abdelaziz

M. Benyacoub répond : « La masse salariale globale de tous les secteurs confondus ne représentait en Algérie que 24% du PIB en 2010. Ce taux était de 21,5 % en 2000. Dans les pays développés, ce taux dépasse largement les 50% ! ». Placidement le professeur d’économie énonce : «  Une gestion efficace de l’économie est toujours possible quand le mode de gouvernance choisi en fait une priorité et adopte des mécanismes adéquats pour atteindre cet objectif ».

 

 

 

«La spéculation a amplifié l’inflation»

 

 

Questions à Ahmed Bouyacoub, professeur d’économie à l’université d’Oran

 

 

 

L’inflation (au niveau de tous produits de consommation et pas seulement alimentaire) qui est observée aujourd’hui était-elle prévisible au vu des augmentations de salaire qui ont eu lieu en 2011?

 

Il y a lieu de souligner tout d’abord la forte hausse de l’indice national des prix à la consommation élaboré par l’ONS, au cours des deux premiers mois de l’année 2012. En 2010, l’inflation enregistrée était de 3,9% et, en 2011, elle a été de 4,52 %. Or, de la fin décembre 2011 à la fin février 2012, la hausse de l’indice général a été de 4,6 % et celle de l’indice alimentaire a enregistré un pic de 8,1%. Pour l’indice général, la hausse des deux premiers mois de 2012 équivaut à la hausse de toute l’année précédente. Pour les produits alimentaires et notamment agricoles, la hausse a été très forte. Il s’agit certainement d’une hausse conjoncturelle. Elle a donc été fortement ressentie par les gens à faibles revenus.

 

 

Ces hausses étaient-elles prévisibles ?

 

La Banque d’Algérie, dans sa récente Note de conjoncture relative au second semestre 2011, souligne qu’elle a fait de la lutte contre l’inflation une priorité depuis la prise de dispositions sur la monnaie et le crédit en août 2010. Par ailleurs, elle semble s’appuyer sur une étude économétrique qui aurait conclu que les déterminants de l’inflation sont «la croissance de la masse monétaire, M2, conjuguée à un niveau élevé des cours des produits agricoles importés». Elle montre que la forte croissance de la masse monétaire M2 (presque 20% en 2011 et seulement 3% en 2009) est générée par la forte croissance des crédits à l’économie (aux entreprises et ménages) et une croissance importante des dépenses budgétaires courantes.

Les hausses de prix actuelles sont conjoncturelles et il faut attendre le comportement de l’indice des prix sur les mois prochains pour évaluer les aspects durables. Enfin, il y a lieu de souligner fortement, parce qu’on le répète souvent, que le poids de la hausse des salaires dans l’inflation enregistrée au cours des derniers mois est toute relative. La masse salariale globale de tous les secteurs confondus ne représentait en Algérie que 24% du PIB en 2010. Ce taux était de 21,5 % en 2000. Dans les pays développés, ce taux dépasse largement les 50% !


Certains estiment que les hausses ressenties le sont davantage à cause d’une dépréciation du dinar que d’un problème de marché ou de spéculation. Qu’en pensez- vous ?

La dépréciation du dinar dont on parle est relative. La Note de la Banque d’Algérie dont j’ai parlé montre, au contraire, qu’il y a une appréciation de la valeur du dinar par rapport au dollar de 2,1% en 2011 (par rapport à sa valeur en 2010). Il y a eu, au contraire, une dépréciation du cours du dinar par rapport à l’euro de 3%.

Le cours du dinar est donc soumis aux différentes fluctuations des grandes monnaies entre elles (qui sont les principales monnaies de notre commerce extérieur) et reflète surtout le niveau de performance de notre économie en termes de croissance de la production en liaison principalement avec les contraintes budgétaires du crédit et celle du commerce extérieur. Dans les conditions actuelles, on ne peut pas s’attendre à une forte appréciation du dinar sans une forte croissance de la production. En dernier ressort, c’est le niveau de la richesse produite qui détermine le niveau de la monnaie nationale.


Au cours de ces dernières années, le gouvernement a souvent mis en avant sa capacité à maîtriser l’inflation. On a l’impression, aujourd’hui, qu’il n’a aucun contrôle sur le marché, livré à la spéculation dans tous les secteurs. Comment expliquer cette impuissance ?

 

L’inflation a été relativement maîtrisée depuis plus d’une dizaine d’années, puisque les taux ont rarement dépassé les 5%, sauf en 2009. Ils ont même souvent été inférieurs à 4%. Mais l’inflation a plusieurs origines, non nécessairement maîtrisables, ni prévisibles. Pour les hausses enregistrées sur les produits alimentaires et principalement agricoles, comme la pomme de terre, c’est l’insuffisance de l’offre des produits en cette période qui explique, selon les opérateurs de ce secteur l’envolée des prix. La spéculation a amplifié l’inflation. La spéculation profite des déséquilibres qui naissent sur le marché entre l’offre et la demande. Apparemment, ce sont des facteurs climatiques (intempéries et neige exceptionnelles) qui ont précipité la chute des stocks et retardé l’arrivée de nouvelles productions.

 

La régulation de différents marchés est complexe et notre pays ne la maîtrise pas encore. Plusieurs facteurs peuvent perturber cette régulation. La présence de spéculateurs est également liée à la nature de l’économie encore dominée par l’informel. Le dernier recensement économique a bien permis de montrer qu’au moins la moitié des entrepreneurs, au sens large du terme, fonctionne dans l’informel. Dans ces conditions, la régulation des marchés ne relève pas seulement de l’action administrative. Mais une connaissance plus précise de ces marchés pourrait identifier les forces et les faiblesses d’un type de régulation.


 

Les prochaines élections législatives devront déboucher sur la mise en place d’un nouveau gouvernement (en principe). Cela pourrait-il aboutir à une gestion plus efficace de l’économie nationale selon vous ?

 

Une gestion efficace de l’économie est toujours possible quand le mode de gouvernance choisi en fait une priorité et adopte des mécanismes adéquats pour atteindre cet objectif. L’Algérie n’invente ni l’économie de marché ni les comportements vertueux ou délictueux des agents économiques, ni la complexité des intérêts en jeu dans une économie. L’histoire des pays qui nous ont précédés dans la construction de leurs économies est riche en enseignements.

 

Propos recueillis par Safia Berkouk, 9 avril 2012. El Watan.com

 

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