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Publié par Saoudi Abdelaziz

Les pauvres n'ont pas besoin d'arbres, surtout quand les riches ont besoin d'un parking. Alors, les riches, aidés par des autorités qui, si elles ne sont pas riches, comptent le devenir, abattent les arbres pour construire le parking sur l'espace vital des humbles. Cela se passe à Hydra, un quartier où résident encore quelques pauvres résiduels que beaucoup d'Algériens ont découvert dans la presse à la faveur de cette «affaire».

Il paraît que «l'affaire» est en justice, mais les travaux n'ont pas cessé, «à titre conservatoire», comme disent les juges qui, manifestement, n'ont pas jugé utile de l'ordonner.

Bien sûr, on pourra toujours dire que la proximité immédiate du bois des Pins avec les résidences cossues fait que cet espace vital soit aussi celui des nantis et qu'il n'y aurait de ce fait de contradiction d'intérêt que chez les esprits mal tournés qui voient le mal partout.

 

L'argument ne tient pourtant pas la route, au moins pour trois raisons. La plus évidente est que ce sont les plus modestes du coin qui subissent les désagréments du «projet» sans en attendre la moindre retombée sur leur quotidien. La seconde découle de la première et tient de la logique populaire :

 

«Ne ressent la brûlure de la braise que celui qui marche dessus», et ce sont en l'occurrence les pauvres résiduels d'Hydra, qui n'ont pas manqué de le faire savoir en piquant une vive colère dont on ne sait pas encore l'issue.

La troisième tient d'une logique mondiale, ce sont les riches qui polluent et les projets les plus assassins pour l'environnement sont de leur inspiration,  pour la raison évidente qu'ils servent leurs intérêts les plus étroits.

 

La quatrième, enfin, qui découle de la troisième, si les Algériens les plus prospères avaient quelque scrupule d'ordre environnemental, ça se saurait. La preuve, ils préfèrent les parkings aux arbres centenaires, même quand ils sont dans leur périphérie la plus proche et qu'ils ont tous des garages !

 

En attendant, le bois des Pins, espace respirable et gratuit disparaît avant la décision de justice. Le parking, lui, se construit pendant que les pauvres grognent. Un confrère qui a consacré l'édito de son journal au sujet a eu l'idée de l'intituler «Lutte des classes à Hydra».

Les classes existent sûrement dans ce quartier. Pour le reste, ce n'est pas sûr, l'une des classes n'ayant manifestement pas besoin de lutter. Ceux qui sont de passage dans le coin disent déjà, «là, était le bois des Pins». D'autres diront «là, sera le parking».

 

Point Net. Le Temps d’Algérie, 6 août 2011    laouarisliman@gmail.com Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir

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