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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Par Jordan Pouille, Pékin, correspondance

 

 

On les appelle les Fu’er Dai ou les riches de la seconde génération. À Pékin, ils naviguent entre extravagance et oisiveté, et disposent même de cours de savoir-vivre. Immersion.

 

« Tu as repéré ce bus là-bas ? Si j’abaisse le toit ouvrant, les passagers seront tous scotchés au carreau, à me regarder. Tu verras, c’est amusant. » Et voilà comment Shuang Zhi, 25 ans, passe ses week-ends. À narguer la “plèbe” sur la route express reliant le troisième périphérique à l’aéroport de Pékin. Au volant de sa Porsche 911 bleue décapotable, il zigzague de gauche à droite comme dans une course-poursuite de cinéma. « Si tu ne passes pas devant les autres, les autres passeront devant toi. C’est devenu ma philosophie. »

 

 

 

 

Zhi Zhuang et sa Porsche 911 Carrera

Zhi Zhuang et sa Porsche 911 Carrera © Jordan Pouille / MP

 

 

Shuang Zhi ne craint pas les radars automatiques car il camoufle les plaques minéralogiques de son bolide avant d'allumer le contact. Sous le siège passager, s'entasse une panoplie de passe-droits : une plaque et un permis militaires factices, un macaron de membre de la Conférence consultative politique du peuple chinois, bien pratiques pour se garer partout ou emprunter impunément la bande d’arrêt d’urgence. « Mon père dit qu’il pourrait acheter une plaque de diplomate étranger, grâce à sa société… Mais il s’y refuse. Il répète qu'il a des principes. » Des paquets de cigarettes onéreuses s’empilent dans la boîte à gants. Ils servent à contenter les bao’an, ces petits vigiles de trottoir si prompts à appeler la fourrière. « De toute façon, ma voiture est si chère que personne n'oserait me tamponner. Je suis respecté », dit-il en s'engouffrant dans un couloir de bus.

 

Shuang Zhi est le fils unique d’une mère au foyer et d’un père ayant fait fortune dans la métallurgie. « Il était ouvrier dans une usine d’État et apprenait l'anglais chaque soir, tout seul. Puis il s’est mis à son compte en servant d’intermédiaire pour le commerce de cuivre ou d’aluminium avec l’étranger. » Shuang Zhi n'en sait pas plus. « Sa vie ne m'intéresse pas. Il travaille si dur qu'on ne le voit jamais. » Le jeune homme est ce que les Chinois appellent un Fu'er Dai, littéralement un« riche de la seconde génération », plus à l'aise pour dépenser que pour reprendre les rênes de l'entreprise familiale.

 

Depuis cinq ans, la famille est confortablement installée au 23e et dernier étage d’une des tours de la “Rivière des perles à la vue impériale”, un complexe résidentiel huppé, à l’ouest du quatrième périphérique. La chambre de Shuang Zhi est un capharnaüm d’adolescent. Les jeux vidéo s’étalent sur la moquette, entre deux haltères, des magazines masculins et quelques préservatifs. Sur la table d’un salon mitoyen s’empilent les coffrets d’alcool de riz, des cadeaux que son père reçoit de ses multiples Guangxi ou relations. Et qu'il n'ouvre jamais.

 

Lien : mediapart.fr

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