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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Le président égyptien Mohamed Morsi recevant la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton, au Caire, le 14 juillet 2012.

DR

 

 

Crise en Égypte : pourquoi les États-Unis ferment les yeux

 

 

Loin d'évoquer la dérive autoritaire de Mohamed Morsi, les États-Unis renvoient dos à dos opposants et pouvoir. Décryptage.

 

Par Armin Arefi

 

 

EXTRAITS

 

 

(…) Au beau fixe pendant 30 ans, l'idylle entre Washington et Le Caire a indéniablement souffert de la chute de Hosni Moubarak en février 2011. Si les Américains ont bénéficié d'un répit au cours de la période de transition, dirigée par le maréchal Tantaoui, ex-chef du Conseil suprême des forces armées, ils n'ont rien pu faire lorsque ce dernier a été écarté du pouvoir, en août 2012, par Mohamed Morsi. "L'armée reste néanmoins acteur du jeu politique", tempère Stéphane Lacroix, professeur à l'École des affaires internationales de Sciences Po (PSIA).

 

Des débuts difficiles

 

"Le nouveau projet de Constitution accorde aux militaires une place pratiquement identique à celle en vigueur sous l'ancien régime", note cet autre spécialiste de l'Égypte. "L'ensemble des hauts gradés militaires ayant suivi leur formation aux États-Unis, ils conservent des liens forts avec Washington." Pour les Américains, qui ont perdu l'influence qu'ils possédaient naguère au Moyen-Orient, le maître mot dans la région reste la stabilité. Sur ce point, "l'armée s'est inscrite dans la ligne de ce qu'elle était sous Moubarak, estime Jean-Noël Ferrié. La protection des frontières a été assurée et les groupes djihadistes dans le Sinaï ont été pourchassés."

Mais l'accès à la plus haute fonction de l'État d'un Frère musulman, en juin 2012, est néanmoins vécu comme un choc à Washington. Dès ses premiers mois au pouvoir, Mohamed Morsi se démarque de ses prédécesseurs et inquiète la Maison-Blanche, notamment lorsqu'il peine à condamner les manifestations antiaméricaines, à la suite de la diffusion du film islamophobe L'innocence des musulmans. En pleine polémique sur l'assassinat de l'ambassadeur des États-Unis en Libye, ce "double jeu" ne plaît pas à Barack Obama.

Et celui-ci le fait savoir, publiquement : le 23 septembre 2012, le président américain surprend en déclarant que les Égyptiens ne sont "ni des alliés ni des ennemis". "Les Américains n'étaient certainement pas ravis de voir les Frères musulmans accaparer l'ensemble du pouvoir, mais ils restent pragmatiques, souligne Stéphane Lacroix. Ils se sont rapprochés des islamistes et ont essayé d'obtenir d'eux le maximum de garanties."

 

Gaza consacre Morsi

 

Et s'il y a une question qui est primordiale aux yeux des Américains, c'est bien la sécurité d'Israël. Là dessus, Mohamed Morsi ne va pas décevoir. La guerre de Gaza va consacrer le nouveau président égyptien et le hisser au rang d'interlocuteur légitime de Washington. Le président égyptien y joue un rôle prépondérant et fait même mieux que Moubarak en réussissant à arracher au Hamas et à Israël un cessez-le-feu, après huit jours de combat.

"Barack Obama a énormément apprécié le rôle stabilisateur de Morsi, affirme Pierre Melandri. Il a multiplié les coups de fil et a fait savoir que le président égyptien était très peu idéologue, pragmatique comme lui, et surtout qu'il tenait ses promesses." Tout auréolé de cette nouvelle stature internationale, le président islamiste tente alors un pari : "Ayant acquis suffisamment de crédit sur la question d'Israël, il s'est dit que les Américains le laisseraient avoir les mains libres en politique intérieure, explique Stéphane Lacroix. Et cela semble marcher."

 

Armin Arefi, 6 décembre 2012. Texte intégral : Lepoint.fr

 

 

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