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Publié par Saoudi Abdelaziz

On a volé les pierres de granit bleu d’a’marsa !

 

Ce matin, comme d’habitude, je suis allé pointer à mon travail, au port de Boudis. Rien, niet : pas de poisson, pas de filet à réparer. Il est encore six heures du matin. Je suis allé à mon petit potager, à Beni-Caid. Il me reste quelques épis de maïs et des haricots grini à ramasser. Trois heures après, avec cette chaleur étouffante, l’idée d’une baignade en mer me traverse l’esprit.

La mer est maintenant toute proche, avec nouvelle route des poids lourds qui contourne Jijel. En quelque instant, je suis arrivé a ma destination, Andreux, pour les nostalgique, ou Bordj Blida pour les autres. Moi, le nom que je préfère c’est Dindreu. C’est le nom que les anciens du coin donnent à cette image du paradis de leur enfance, vierge de toutes intrusions, et gravée dans leur mémoire.

Aujourd’hui, beaucoup de choses ont changé. La plage est envahie par les tentes et les parasols à louer. Bonne chose pour le tourisme. On laisse la partie arrière pour les autochtones. Cette course vers le rivage est le sport favori de ces années de paix, et des mouvements de foules vers le luxe.

Je n’ai que les vêtements que je porte. Les locaux recherchent le rocher, inaccessible, rempart qui leur assure une sorte de préservation. Moi, j’ai retrouvé mon endroit bienaimé, a marsa (ou drouge), face à l’ile d’Andreu, le petit Cavallo, sur les cartes, la djazira.

Pillage, sacrilège, irresponsabilité ! On a volé les pierres de granit bleu de la marsa. J’ai senti une partie de moi arrachée. Après ma longue absence sur ces lieux, je suis accueilli par un crime archéologique, que les lois avec tous leurs numéros ne peuvent pas comprendre, puisque la marsa n’existe pas officiellement. Comme beaucoup de choses à Jijel.

On a volé les pierres du petit port, a’marsa d’Andreu. J’ai plongé pirate, avec tous mes vêtements, comme pour la première baignade de l’été, lorsqu’on aimait accueillir la mer, comme une façon de lui prouver notre amour et obtenir la récompense  aux longs mois de patience, à attendre cette saison de l’été.

J’ai nagé autour du site, rien que pour essayer de croire que c’est la mer qui l’a détruite. Non, rien, aucune pierre de granite bleu n’est visible. En plus, les voleurs ont pris les grosses pierres des rangées supérieures, les pierres les plus proches de l’eau sont les plus petites et ne servent que pour ajuster le niveau de la petite marsa.

Il paraît qu’il y a une forte demande de cette pierre de Jijel.  Il y a eu la fameuse polémique des trottoirs volés de Jijel. Dans les années passées, on a aussi brisé des roches de granit, sur la plage. Mais, cette fois l’irresponsabilité s’est attaquée à une construction que personne n’a encore datée à ma connaissance. Ils la videront, cette mer, de son eau.

 Déprimé mais rafraichi, je reprends le chemin de la maison. Ma randonnée est terminée.

 Marsa ! Pardonne mon absence. C’est moi et ceux qui t’ont aimée, les fautifs. On a laissé l’occasion de prendre place à ceux qui ne respectent pas les pierres de cette région.

Je les chercherais ces pierres.

 

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