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Publié par Saoudi Abdelaziz

Lamkafen, le linceul de la paie

 

Dans les années soixante dix, on a connu un grand tournant dans le domaine de la pêche, a Jijel. Plusieurs postes de travail ont été créés et du matériel de pêche a été ajouté, on est passé de la  batterie électrique au groupe électrogène. Un poste de comptable a été créé  pour s’occuper de la vente, du partage des parts,  et des finances.

Il s’occupe aussi de gérer le rapport entre l’armateur et les marins pécheurs, toutes fonctions comprises (raïs-patrons pécheurs, moussaillons, mécaniciens, remailleurs (les  condjadors). Le comptable a le pouvoir de demander des comptes à tous le monde, il est les oreilles et les yeux de l’armateur.

 C’était une grande nouveauté, puisqu’avant, c’était le raïs lui-même qui vendait le matin le poisson pêché la nuit ou un marin expérimenté. Les mareyeurs le payaient le soir même, après la vente du poisson au détail, ou à la fin de la semaine, le jeudi matin, ou l’après midi. Jamais plus tard, parce que la règle c’est que les marins pêcheurs touchaient leurs parts chaque jeudi à heure fixe, sauf en hiver, lorsqu’au début de la semaine les marins ont une pêche prévue et que la météo annonce le mauvais temps pour plusieurs jours à venir. Le partage a lieu alors avant le jeudi.

Pour le partage, tous les marins se rassemblaient à la baraka, la recette des pêches de la semaine était comptée billet par billet ,devant tous les marins. On retirait les frais, le rôle, les cotisations à la caisse d’assurance. C’était une sorte de table ronde où n’importe quel marin pouvait intervenir. L’argent est ensuite partagé sur la table, en petits paquets, selon le nombre des marins pêcheurs. Le raïs prend ses deux parts et les 45/100 pour le bateau.

Certains raïs se contentaient d’une part dit-on, mais je n’ai pas trouvé un témoignage qui le confirme.  Pour l’entretien du filet de pêche, tous les marins étaient des remailleurs (condjadors) et participaient à la réparation des filets, chaque matin sur le ponton. Ce travail collectif a été abandonné suite à l’évolution du matériel de pêche, lorsque le système de pêche au lampar a été détrôné par le seigneur, le ring net. Le poste spécialisé de marin pêcheur-remailleur a été créé.

Dans les temps présents, on appelle notre paye lamkafen, l’enveloppe blanche, comme un linceul de mort. A l’intérieur, toujours elhakra et le vol, puisque la comptabilité se fait a huis clos. A part le comptable, personne n’a son mot à dire. Le seul pouvoir qui reste au marin, c’est l’acte : donnez-moi mon fascicule, je débarque !  C’est la seul façon de revendiquer son droit, et lorsque tous les marins débarquent en même temps, l’armateur et le raïs se sentent si déshonorés qu’ils n’osent même pas regarder les gens de la mer en face.  Par la suite ils vont se calmer, et s’ils continuent à voler sur la recette, ils s’arrangent pour que le comptable vole à long terme par petites sommes, moins détectables, même si le marin a maintenant des doutes après chaque pêche.

Les marins se demandent pourquoi la paye ne se fait plus à l’ancienne. L’espoir pour les marins est de pouvoir avoir une comptabilité dans la transparence, et que la vente se fera à la criée, peut-être dans la nouvelle pêcherie construite au port de Boudis.

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