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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

« Profitant de la colère populaire pour s'affirmer politiquement, les talibans ne seraient en réalité pas si farouchement opposés au grand Satan »écrit Armin Arefi dans le journal Le Point, à propos des émeutes en Afghanistan contre la présence de soldats étrangers.

 

Afghanistan : l'irrésistible retour des talibans

 

 Les islamistes considèrent leur victoire comme inévitable après le départ des troupes occidentales du pays.

"Capturer, battre et tuer les soldats étrangers en Afghanistan". Voilà ce que les talibans ont demandé jeudi à la population, folle de rage après l'incinération d'exemplaires du Coran dans la plus grande base américaine du pays. Et les islamistes semblent avoir été entendus. Un militaire afghan a retourné son arme jeudi contre des soldats américains de l'Otan, tuant deux d'entre eux.

Pendant ce temps, des émeutes anti-américaines ont émaillé le pays pour la troisième journée consécutive. "Mort à l'Amérique", ont ainsi scandé un millier de manifestants à Mihtarlam, à l'est de Kaboul, avant de s'attaquer à un bâtiment en cours de reconstruction par l'Otan. Durement réprimés, les manifestants ont subi de lourdes pertes : trois morts sont déjà à déplorer jeudi. Ils viennent s'ajouter aux neuf victimes de la veille.

"La réaction des talibans au mouvement populaire spontané est tout à fait normale", explique au Point.fr Mariam Abou Zahab, chercheuse au Centre d'études et de recherches internationales (Ceri). "Tous les Afghans demeurent profondément choqués par l'incinération du Coran, ajoute la spécialiste de l'Afghanistan. Pour les talibans, ne pas réagir aurait été très mal vécu par la population."

Ces manifestations ne pouvaient intervenir à un pire moment pour les États-Unis, censés retirer progressivement leurs 100 000 soldats combattants d'Afghanistan d'ici à fin 2014. Pour tenter d'éteindre l'incendie, des responsables américains à Washington ont expliqué que les exemplaires du Coran qui avaient été incinérés servaient en réalité à faire passer des messages entre prisonniers. Les plus hauts chefs militaires et civils américains ont dû se confondre en excuses auprès des Afghans en plaidant "l'erreur" et "l'ignorance". Barack Obama lui-même a envoyé une lettre au président Karzai pour lui présenter, "ainsi qu'au peuple afghan", ses "excuses les plus sincères", mais rien n'y a fait. L'incident, qui traduit l'exaspération de toute une population après dix ans d'occupation, n'est que le dernier d'une longue liste.

Rencontre talibans-USA

En janvier dernier, la révélation d'une vidéo de militaires américains urinant sur des cadavres présumés de talibans a provoqué une vague d'indignation dans le pays. Elle a été suivie, un mois plus tard, par la diffusion de la photo de Marines posant à côté d'un drapeau nazi portant le symbole SS. Pour la spécialiste, ce comportement est dû à une "profonde méconnaissance culturelle, à laquelle les soldats américains refusent de pallier". "Les soldats américains présents en Afghanistan font tout pour se faire haïr", estime même Mariam Abou Zahab.

Profitant de la colère populaire pour s'affirmer politiquement, les talibans ne seraient en réalité pas si farouchement opposés au grand Satan. Symbole de leur irrésistible montée en puissance, des émissaires talibans ont rencontré le 29 janvier des responsables américains, officiellement pour des "discussions préalables à des négociations de paix". Un dialogue sans précédent avec l'ennemi qui les a pourtant chassés, fin 2001, du pouvoir, qu'ils occupaient depuis 1996. "Les Américains souhaitent trouver une porte de sortie honorable, pour ne pas avoir l'air de partir d'Afghanistan sur un échec total", note Mariam Abou Zahab.

Charia à la talibane

Hasard du calendrier ou non, au lendemain de ce rendez-vous historique, l'Otan rend public un rapport très favorable aux talibans. D'après ce document, fruit, selon la BBC, de quelque 27 000 interrogatoires de plus de 4 000 prisonniers talibans et de leurs alliés d'al-Qaida, les islamistes considèrent leur victoire comme inévitable après le départ des troupes occidentales. "Les talibans ont, certes, reçu des coups sévères en 2011, mais leur force, leur motivation, leur financement et leur capacité restent intacts", affirme le rapport, selon The Times.

La conclusion du document note par ailleurs : "Beaucoup d'Afghans (...), y compris des membres du gouvernement (...), sont en train de se préparer à un éventuel retour des talibans." Un constat qui pourrait paraître surprenant tant il règne dans nos esprits l'image d'islamistes rigoristes, discriminant les droits les plus élémentaires de la population afghane. "Les talibans ne sont jamais partis d'Afghanistan, insiste Mariam Abou Zahar. Ils sont si présents que leurs institutions locales remplacent souvent celles de l'État, jugé totalement illégitime." La spécialiste s'insurge d'ailleurs contre la vision simpliste que l'on peut avoir en Occident de la charia à la talibane : "Pour la population afghane, majoritairement rurale et illettrée, la charia des talibans représente un idéal de justice sociale."

 

Armin Arefi, 23 févier 2012, Le Point.fr

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