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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

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DR

 

 

L’Agence internationale de l’Energie, contrôlée par les pays consommateurs annonce : Les réserves de pétrole et de gaz de schiste vont faire baisser durablement le prix des hydrocarbures conventionnels. Mourad Preure est président du cabinet Emergy, expert pétrolier international et professeur de stratégie et de géopolitique. Concluant son avis, il écrit dans La Tribune-online : « L’effet d’annonce de toutes ces supposées réserves a pour effet d’affaiblir la position de négociation des pays producteurs au moment ou la géopolitique du Moyen-Orient vit de puissantes convulsions qui ressemblent à s’y méprendre à la mise en œuvre d’une nouvelle géopolitique des hydrocarbures, enjeu des luttes pour un nouveau leadership de l’économie mondiale dans un monde désormais multipolaire ».

 

 

 

 

 

Au sujet des évaluations de lAIE

 

 

Mon opinion quant à l’état Des réserves mondiales de pétrole et de gaz…

 

Par Mourad Preure, 12 juin 2013.

 

 

Voici quelques observations sur la question des réserves mondiales où beaucoup trop d’intox complique la compréhension des véritables enjeux. L’euphorie de l’abondance, nourrie par la dite «révolution des huiles et gaz de schistes» est à prendre avec des pincettes tant une confusion est entretenue entre ressources et réserves, et tant ces réserves sont surévaluées à l’excès, dissimulant la tension sur les ressources sur le moyen - long terme, du fait de la géologie et du dynamisme de la demande des pays émergents.

 

 

On ne le dira jamais assez, le mode de consommation énergétique occidental n’est pas généralisable à la planète tant au plan des ressources disponibles que de l’impact environnemental. Il n’est pas pensable que les Chinois ou les Indiens aient le même niveau de car ownership que les Occidentaux... Mes amis qui me font l’honneur de visiter mon blog remarquent que je publie souvent des articles confirmant la thèse du peak oil. Peut-être se demandent-ils comment et pourquoi je peux être si sûr que l’économie mondiale est déjà dans l’ère de l’après-pétrole du point de vue des ressources disponibles, même si elle est loin encore de l’être du point de vue de la demande. D’abord les ressources sont finies alors que la demande théoriquement ne peut l’être.

 

 

Nous savons que la demande pétrolière Ocde stagne structurellement, en partie du fait de la crise économique endémique que vit et vivra encore pendant longtemps cette zone qui a toujours vécu sur le dos de la planète. Les réserves pétrolières mondiales, notamment celles de l’Opec, sont notoirement surévaluées. 46% de ces réserves n’existeraient pas. Aujourd’hui on découvre 1 baril pendant que l’on en consomme 6. Le taux de déclin des réserves mondiales est de 5 à 8%. Mais la demande non Ocde, provenant surtout des pays émergents, est quant à elle robuste et incompressible tant ces pays partent de très bas. 27 Chinois sur mille ont une automobile contre 780 américains sur mille. Cela est aussi valable pour le gaz naturel. Les hydrocarbures non conventionnels, gaz et pétrole, constitueront la majeure partie de l’incrément d’offre les décennies à venir. Cela place le coût marginal d’un baril de pétrole ou d’un mètre cube de gaz très haut et exige des niveaux de prix conséquents. Les prix du pétrole sont ainsi structurellement placés au dessus de 100 dollars le baril et sont orientés à la hausse sur le long terme. L’ère du pétrole bon marché est révolue, ainsi en a voulu la géologie. Des épisodes baissiers sont possibles du fait de l’état de délabrement de l’économie mondiale, notamment Ocde, et des incertitudes sur la croissance. Nous en vivons un actuellement. Leur durée ainsi que l’amplitude des variations de prix dépendront des évolutions de la crise économique et des anticipations que feront les marchés.

 

 

Un bon contingent de pays européens goûte aux joies de la récession et des évolutions chaotiques ne sont pas à exclure, notamment pour ce qui concerne la zone euro. Cela pèse sur les prix de même que l’anarchie qui affecte l’offre Opec, due à la surproduction des plus éminents pays producteurs et aux spare capacities relativement élevées (5 à 6 Mbj). Malgré tout cela les prix sont au dessus des 100 dollars le baril tant les forces de rappel sont vigoureuses qui ramènent sans cesse les prix au seuil de 100 dollars. Ces forces de rappel, nonobstant le jeu pervers de la spéculation, sont surtout les coûts marginaux des pétroles les plus difficiles… notamment les fameux pétroles de schistes et sables asphaltiques de l’Alberta, voire les bruts extra-lourds de l’Orenoque (Vénézuéla), les pétroles produits en offshore profond (au delà de 2 000 mètres de tranche d’eau). Tous ces pétroles qu’on le veuille ou pas équilibrent l’offre mondiale et agissent de fait sur le niveau des prix. Je conteste donc formellement les anticipations de l’Agence internationale de l’énergie annonçant un destin d’exportateur aux Etats-Unis, à la hauteur de l’Arabie saoudite, un destin de producteur à tout le moins considérant le niveau de la demande domestique dans ce pays. D’autre part les prix élevés du pétrole procurent une rentabilité relative aux gaz de schiste car ils valorisent les liquides qui sont associés à ces gaz. De même je conteste les niveaux annoncés de réserves de gaz de schistes, dont la seule expérience que nous avons est celle des Etats-Unis.

 

 

On parle de 185 trillons de mètres cubes de réserves mondiales contre 208 trillons de mètres cubes de gaz conventionnels. On a dû compter dans ces supposées réserves le gaz qui doit se trouver sous la Tour Eiffel ou sous Big Ben ! On ne parle de réserves au demeurant que lorsque l’on a fait un forage d’exploration qui s’est révélé positif, autrement on parle de ressources, c’est à dire d’estimations théoriques. En attendant, l’effet d’annonce de toutes ces supposées réserves a pour effet d’affaiblir la position de négociation des pays producteurs au moment ou la géopolitique du Moyen-Orient vit de puissantes convulsions qui ressemblent à s’y méprendre à la mise en œuvre d’une nouvelle géopolitique des hydrocarbures, enjeu des luttes pour un nouveau leadership de l’économie mondiale dans un monde désormais multipolaire…

 

 

La Tribune-online

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