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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

« L'analyse «optimiste» qui affirme que l'islamisme est passé de mode en Algérie feint d'ignorer que l'échec électoral ne concerne pas l'ensemble du spectre islamiste. Il s'agit plutôt des islamistes«participationnistes», certains disent des «islamistes du pouvoir», qui ont échoué ».

Intéressant édito de M. Saadoune dans Le Quotidien d’Oran

 

 

 

CONCLUSION HATIVE         

 

 

Par M. Saadoune

 

 

Les islamistes s'installent en Tunisie et en Egypte avec une consistance électorale qui ne suscite pas de grandes surprises.


C'est plutôt la résistance à leur hégémonie qui est une réelle et bonne surprise. En Syrie, ces islamistes se fraient un chemin par les armes en devenant un des principaux - pour ne pas dire plus - cadres de lutte armée contre le régime. C'est cette «hégémonie» des barbus qui est à l'origine des ultimes réserves occidentales et qui inciterait ces derniers à rechercher des motifs ou des alibis pour une intervention directe.


Dans ce tableau arabe vert avec un grand fond de résistance, l'Algérie ferait figure d'exception : les islamistes n'auraient plus la cote ? Comme si, en définitive, dans le bilan de la confrontation violente de la décennie des années 90, l'échec militaire est suivi par une défaite politique. Faut-il vraiment croire ceux qui s'empressent après les échecs électoraux des islamistes aux dernières législatives et aux locales d'affirmer que l'Algérie a «tourné la page» et qu'elle est «guérie» ? L'analyse est cependant faussée par le postulat que l'islamisme est «un» en Algérie, ce qui gomme les diversités sociologiques et idéologiques de ses acteurs. On aurait ainsi paradoxalement une grande variété de «démocrates», de «laïcs», de«républicains» et de «nationalistes», mais on n'aurait qu'un islamisme… vaincu après avoir failli être victorieux.


En réalité, il y a un empressement à aller à des conclusions que le caractère encore hyper-contrôlé du champ politique n'autorise pas. Ce «contrôle» crée une marge d'incertitude trop forte. L'échec proclamé de l'islamisme politique dépend entièrement du maintien de ce contrôle qui bride le champ politique et entrave l'ensemble des forces politiques, pas seulement les islamistes. Le maintien de cet hyper-contrôle qui se traduit par le maintien d'un bannissement civique et politique de ceux qui ont activé dans le cadre du FIS est un signe que le pouvoir algérien ne croit pas vraiment que la «page est tournée». Ou alors il estime qu'elle se tourne très lentement, trop lentement, cette page et qu'il convient de maintenir les brides et les«lignes rouges».


L'analyse «optimiste» qui affirme que l'islamisme est passé de mode en Algérie feint d'ignorer que l'échec électoral ne concerne pas l'ensemble du spectre islamiste. Il s'agit plutôt des islamistes«participationnistes», certains disent des «islamistes du pouvoir», qui ont échoué. On peut supposer que le comportement peu «moral» de certains de leurs dirigeants ou «ministres» explique en partie cet échec. Quand on fait de la«morale islamique» un thème politique majeur - on se souvient des fameux«dossiers» de Boudjerra Soltani -, on laisse nécessairement des plumes dans les miasmes sulfureux de l'Autoroute et autres. Mais ces courants représentent-ils«tout» l'islamisme pour que l'on puisse d'un trait de plume décréter qu'il relève du passé en Algérie ? A l'évidence, c'est une conclusion trop hâtive. Les chiffres officiels de la participation aux élections montrent un niveau d'abstention élevé qui incite à la retenue. Cette abstention forte est révélatrice d'une grande insatisfaction à l'égard de l'offre politique«légale».…

 

17 décembre 2012. Le Quotidien d’Oran

 

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