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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

Réunis à Rome, des chercheurs s'alarment de l'incapacité du pouvoir à faire rentrer les groupes armés dans le rang.

 

Les milices ont de l'avenir en Libye. C'est le constat alarmant dressé mercredi à Rome par un groupe de chercheurs et de spécialistes de la Libye rassemblés par le Collège de défense de l'Otan, la «boîte à idées» de l'Alliance atlantique.

Au moment où les habitants de Tripoli demandent aux «révolutionnaires» de quitter la capitale, les participants à un séminaire discret sur «L'avenir de la Libye» étaient en majorité d'accord sur un pronostic: le désarmement des groupes armés, objectif du gouvernement de transition, n'est sans doute pas pour demain. Pour de multiples raisons.

Psychologiques, pour une part. «Beaucoup de combattants ont pris goût à la guerre, assure l'un des contributeurs. Ils ont du mal à retourner à la vie civile.» Le refus de rendre les armes est aussi politique. «On est dans le provisoire. Les vainqueurs d'hier ne sont pas sûrs d'être les vainqueurs de demain. Mieux vaut garder les fusils et les canons pour négocier sa place le moment venu», renchérit un autre analyste.

Le pouvoir central et l'état-major, affaiblis, n'ont pas les moyens militaires de faire rentrer les révolutionnaires dans le rang. Les promesses de divers avantages aux démobilisés -bourses, études à l'étranger, etc.- ne pourront satisfaire les chefs de groupes armés, qui aspirent à exercer une partie du pouvoir, sur le plan local ou national. Nombre d'entre eux ont d'ailleurs commencé à former des embryons de partis politiques.

«Le risque, c'est de voir apparaître des partis dotés chacun d'une milice», prévient un chercheur. Toutes n'émanent pas des divers courants islamistes. Il y a 53 groupes armés différents à Tripoli, note un autre participant. «Certains sont dirigés par des anciens du régime de Kadhafi qui ont fait défection un mois avant la chute et qui ont les moyens de s'acheter une milice».

 

Une âpre lutte pour le pouvoir 

 

L'importance du gouverneur autoproclamé de la capitale, Abdelhakim ­Belhaj, ancien du Groupe islamique combattant libyen, est au passage remise en perspective. Avec 300 hommes, il ne représente qu'une force parmi d'autres, mais entraînée et financée par le ­Qatar, ce qui a donné l'occasion au séminaire de souligner le problème de l'ingérence étrangère dans la «nouvelle ­Libye».

La lutte pour le pouvoir y sera d'autant plus âpre qu'elle concerne aussi l'argent. L'enjeu de demain, c'est de savoir qui va contrôler les revenus pétroliers, mais aussi les sommes énormes placées à l'étranger -le chiffre de 100 milliards de dollars est évoqué. «Ceux qui auront le droit de signer les chèques auront le droit de façonner la force militaire», analyse l'un des plus pessimistes des contributeurs, selon qui «la Libye ne fera pas l'économie de la violence». Comment déjouer ces sombres pronostics ? Certains ont recommandé un gros effort dans le domaine culturel, la création d'un système politique décentralisé, mais qui redistribue équitablement les revenus pétroliers.

Nombre de participants au séminaire de Rome se sont en revanche alarmés des projets du gouvernement libyen de reverser 50.000 miliciens -pour commencer- dans la nouvelle armée. Selon l'un d'entre eux «Une armée nombreuse et puissante voudra forcément jouer un rôle politique, selon le schéma trop habituel dans la région».

 

Pierre Prier,

 8 décembre 2011

 

 Le Figaro.fr

 

 

 

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