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Publié par Saoudi Abdelaziz

Dans une contribution publiée par le Quotidien d’Oran, intitulée « Face à un Etat riche, quel est le pouvoir d'achat des Algériens en 2011 ? », l’économiste Abderrahmane Mebtoul analyse notamment les statistiques officielles. Extraits (les inters sont du blog)

 

Inflation, pouvoir d'achat et tensions sociales

S'agissant d'un problème aussi complexe que celui du pouvoir d'achat et de l'inflation qui lui est liée, il me semble utile de préciser que ces phénomènes doivent tenir compte de la structure et des particularités de l'économie, à laquelle ils sont appliqués, les aspects de structures de l'économie internationale, de l'économie interne, résultant de l'option de la stratégie de développement économique, aux schémas de consommation générés en son sein, pour des raisons historiques, d'influences socioculturelles et aux composantes des différentes forces sociales pour s'approprier une fraction du revenu national. Pour les petites bourses, le constat est amer. En l'absence de mécanismes de régulation et de contrôle, les prix des produits de large consommation connaissent, comme de coutume, notamment à la veille de chaque mois de Ramadhan, des fêtes religieuses ainsi qu'à l'approche des rentrées sociales, des augmentations sans précédent, les organisations censées sensibiliser les commerçants ayant peu d'impacts, prêchant dans le désert.

Selon les données de l'organe officiel de la statistique ONS, le rythme d'inflation annuel a connu une tendance baissière, passant de 3,9 % en avril 2010, à 3,7% à 3,5% en juin 2011, selon l'ONS. Les prix des biens alimentaires ont enregistré une baisse de 0,7%, traduisant ainsi un recul (2%) des prix des produits agricoles frais, particulièrement le poisson frais (10,4%), les légumes (-6, 3%) et la viande de poulet (-4%). En 2010, le taux d'inflation s'était établi à 3,9%, en deçà de celui de 2009 (5,7%) et légèrement supérieur à celui prévu par la loi de finances complémentaire 2011, soit 4% contre 3,5% dans la loi de finances initiale. Or, pour une appréciation correcte, il faut éclater cet indice en reliant le mode d'accumulation, la répartition des revenus et le modèle de consommation par couches sociales. C'est que la réalité pour la majorité des ménages est que l'inflation qui a des incidences directes sur le pouvoir d'achat, depuis fin 2007 à nos jours, est de retour en Algérie. La hausse des prix importante est considérée comme une des raisons les plus directes à la transformation du malaise latent en émeutes urbaines. Je recense quatre raisons à l'inflation en Algérie.

                                                

                                                 Inflation et politique salariale

 La première raison de l'inflation est la non proportionnalité entre la dépense publique et les impacts économiques et sociaux : 200 milliards de dollars annoncés entre 2004/2009 ( pas de bilan à ce jour) et 286 milliards de dollars entre 2010/2014 dont 130 milliard de dollars de restes à réaliser des projets de 2004//2009, pour un taux de croissance ne dépassant pas 2/3% moyenne 2004/2010 (donc plus de 400 milliards de dollars soit presque le programme de relance US et chinois). Cela a évidemment, un impact autant sur le taux d'inflation que sur le taux de chômage réel qui est largement supérieur au taux officiel. Une récente étude de l'OCDE montre clairement, parmi certains pays du pourtour méditerranéen, que l'Algérie dépense deux fois plus pour deux fois moins de résultats : projets mal ciblés, les infrastructures ne constituant qu'un moyen, une gouvernance mitigée, l'entreprise et le savoir dévalorisés, mauvaise gestion et surtout la corruption qui s'est socialisée.

La deuxième raison, liée à la première, est la faiblesse d'une politique salariale cohérente privilégiant les créateurs de valeur ajoutée, le travail et l'intelligence au profit d'emplois rente ce qui fait que la productivité globale est une des plus faibles, au niveau de la région méditerranéenne. Le ratio masse salariale sur le PIB pour 2009/2010 est inférieur à 20% contre plus de 45%, à la fin des années 1976/1980 contre une moyenne mondiale supérieure à 60%, démontrant que les augmentations de salaires pour les secteurs à valeur ajoutée (inclus la santé et l'enseignement), ne sont pas la cause essentielle de l'inflation mais que celle-ci réside plus dans les emplois improductifs.


                                          Inflation et commerce informel

La troisième raison est l'extension de la sphère informelle qui contrôle quatre segments ceux des fruits et légumes, de la viande rouge et blanche, du poisson et du textile /cuir. Ce dernier à travers les importations de valises avec plus de 40% de la masse monétaire en circulation. L'allongement des circuits de commercialisation, à travers leur désorganisation entre le producteur et le consommateur, favorise les rentes de monopoles. Ce qui fait que le décret postulant que le chèque obligatoire qui devait entrer en vigueur le 02 avril 2011, a été abrogé pour toute transaction supérieure à 500.000 dinars et le contrôle des prix sur essentiellement le détaillant sont ou seront - de peu d'efficacité, car ils ne s'attaquent pas à l'essence des phénomènes. C'est que la sphère informelle favorisant les actions spéculatives est le produit de la bureaucratie et des dysfonctionnements des appareils de l'Etat, nourrissent des liens dialectiques entre la sphère informelle et la logique rentière. Il en résulte l'absence d'une régulation, produit d'une incohérence et du manque de visibilité, dans la politique économique et sociale et en cas de remous sociaux, une mentalité bureaucratique qui laisse croire que des lois et des commissions résoudront les problèmes. 

                                                   

                                                           Inflation importée

La quatrième raison est l'inflation importée. Mais la question qui se pose est de savoir pourquoi lorsque le taux d'inflation mondial allait vers zéro en 2009, cela n'a profité ni aux producteurs ni aux consommateurs algériens. Le dérapage à la baisse du dinar, a gonflé artificiellement les recettes fiscales (voilant l'importance du déficit budgétaire). Le fonds de régulation des recettes calculées en dinars algériens, les taxes exorbitantes au niveau des douanes qui s'appliquent à un dinar dévalué, pour entretenir notamment les couches rentières, ont largement contribué à la hausse des prix. Cette injustice sociale et cette hausse des prix expliquent en partie, les émeutes qui éclatent quotidiennement, un peu partout en Algérie (9.000 contestations violentes enregistrées à travers le pays depuis janvier 2010, selon la mise au point de la DGSN en juin 2011 ), pouvant être annonciatrices d'une grave explosion sociale, montrant le divorce Etat/ citoyens, du fait que tant les partis politiques dont d'ailleurs le FLN/RND/MSP, avec tous leurs satellites ont enregistré que 13% de voix par rapport aux inscrits durant la dernière élection législatives et les 80.000 associations créées administrativement vivant du transfert de la rente, sont incapables d'encadrer et de mobiliser, laissant la confrontation directe : forces de sécurité/citoyens. Aussi invoquer une évolution positive du revenu global entre 2000 et 2010, d'environ 31% ( cela est incontestable du point de vue du chiffre global ), comme le fait le ministre du Travail, mais c'est ignorer cette évidence, la concentration du revenu au profit d'une minorité, car un chiffre global a peu de significations, données que remet en cause les déclarations du ministre de la Solidarité qui annonce triomphalement une distribution de plus en plus élevée des couffins du ramadhan, plus de 1,5 million de couffins seront distribués en 2011. Appauvrissement confirmée par le rapport du PNUD 2008/2009, qui note que 2,3 millions d'Algériens vivent dans des habitats précaires avec un modèle de consommation loin des normes internationales, une personne sous-nutritionnée se répercutant tant sur la productivité du travail qu'occasionnant des maladies fréquentes, expliquant en partie l'envolée du poste importation de médicaments (plus de 1 milliard de dollars US de 2007 à 2010). C'est le reflet incontestable de l'extension de la détérioration du pouvoir de la majorité.(…) 

  Texte intégral:                               http://www.lequotidien-oran.com/?news=5156099

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