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Publié par Saoudi Abdelaziz

par K. Selim

 Un vent de panique a soufflé en fin de semaine sur les places boursières de la planète. La digue qui semblait contenir la morosité des marchés s'est effritée dans un mouvement de contagion accéléré et amplifié par la globalisation des transactions et l'instantanéité que permet l'informatique. De Tokyo à New York, en passant par Francfort et Paris, les investisseurs ont entamé un mouvement de liquidation de leurs positions, cédant autant qu'ils le pouvaient des portefeuilles d'actions en déshérence.

 Le plongeon boursier est cette fois dû aux inquiétudes nées de la crise de la dette souveraine dans la zone euro. Après l'Irlande, le Portugal et la Grèce, l'Espagne et l'Italie se sont retrouvées dans le collimateur des analystes financiers. La dette publique de ces deux pays aurait atteint des niveaux périlleux et les difficultés à mettre en œuvre le plan de sauvetage de la Grèce nourrissent les pires appréhensions en cas d'aggravation de la situation économique de deux importants pays de la zone euro.

 Les mauvaises nouvelles ne cessent d'alimenter la chronique d'une crise à répétition depuis septembre 2008 et l'affaire des subprimes. Les récentes tribulations de Barack Obama, obligé d'avaler son chapeau face à ses adversaires républicains pour éviter un défaut de paiement des Etats-Unis, ont mis en exergue les déséquilibres structurels des économies les plus avancées. Le sauvetage des banques a coûté très cher aux Etats. Et ce sont eux à présent qui doivent assumer les conséquences d'une titanesque bulle spéculative qui s'est constituée au fil des déréglementations et de l'absence de supervision effective des transactions.

 A l'inverse, il apparaît de plus en plus clairement que ce sont bien les marchés financiers, animés par les multinationales et les mégabanques, qui ont pris l'ascendant sur les politiques. Par un retournement que peu relèvent, ce sont les mêmes banques qui aujourd'hui prennent à la gorge des Etats qui avaient épongé leurs propres errements. Au final, ce sont donc les contribuables européens qui paieront les turpitudes de leurs banquiers.

 Mais c'est du haut de son magistère financier que le président de la Banque centrale européenne enjoint les Européens à appliquer au plus vite les plans de rigueur
donc de sabrer dans les budgets sociaux et de découpler les salaires de l'inflation. A ce niveau, ce n'est même plus du cynisme mais l'expression tranquille d'une idéologie de la cupidité qui se représente comme celle de la raison et de l'efficacité. Les millions de chômeurs et les jeunes, pour qui la seule perspective est la précarité à vie, apprécieront
La très faible croissance en Europe et aux Etats-Unis est le résultat de ces prescriptions dogmatiques.

 Keynes étant depuis longt
emps jeté aux oubliettes, la définition et la conduite des politiques économiques est au seul bénéfice d'une catégorie de supercitoyens : les actionnaires et les détenteurs de capitaux. Dans un contexte dynamique, cette économie de casino peut faire momentanément illusion, avant de s'effondrer en même temps que les bulles spéculatives qu'elle ne cesse de susciter. Jusqu'à créer les conditions d'une récession globale aux implications dévastatrices. La succession des crises à intervalles de plus en plus rapprochés en est l'indicateur le plus éloquent.

K. Selim. Editorial du Quotidien d’Oran, 7 août 2011

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