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Publié par Saoudi Abdelaziz

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LES VALEURS DE MANDELA :

UNE VOIE SÛRE DANS UN MONDE PLUS DUR

 

 

 

 

 

 

Par Sadek Hadjerès, 7 décembre 2013

 

Pourquoi le décès de Mandela a-t-il libéré envers le défunt un océan de sympathie hors du commun ?

Jamais homme d’Etat dans le monde n’a eu droit à autant d’hommages unanimes, spontanément jaillis de populations et même de cercles dirigeants aux opinions et intérêts des plus différents.

 

Osons une explication encourageante. Au delà du charisme et du parcours exceptionnels d’un Nelson Mandela hautement respecté pour ses qualités humaines et politiques, ne faut-il pas y voir l’émergence d’un besoin universel largement partagé de sécurité et de solutions pacifiques ? Une prise de conscience salutaire n’a-t-elle pas commencé à gagner les esprits, dans un monde devenu de plus en plus impitoyable et injuste, imprévisible et difficile à maîtriser, confronté à des impasses insoutenables, à la limite de gouffres dont personne ne sortirait indemne ?

 

Dans le continent africain ravagé du Nord au Sud par des conflits sanglants de grande ampleur, par des ingérences extérieures directes ou indirectes incessantes sans que se dessinent à l’horizon de vraies solutions, ne serait-il pas naturel que les regards et les espoirs des peuples meurtris et inquiets se tournent vers l’espèce de « miracle », initié et dirigé par un leader africain pas comme les autres ? Dans un monde déchiré et terrorisé par les conflits à prétextes identitaires, l’hommage à Mandela n’est-il pas allé à la démarche exemplaire, lucide et mobilisatrice, d’un Etat d’abord profondément divisé par les peurs et les haines raciales, puis parvenu à sortir au moindre coût de l’enfer de l’apartheid, pour vivre l’indépendance et la souveraineté d’une grande Nation « arc en ciel » ?

 

Si cette interprétation est la bonne, les marchands d’armes, les multinationales et spéculateurs financiers ainsi que les fabricants de haine et leurs relais médiatiques opportunistes seraient les seuls à ne pas se réjouir des prises de conscience émergentes. Tout en feignant de s’associer à la ferveur mondiale révélée par le décès de l’audacieux et sage dirigeant africain, ils espéreront qu’une fois l’intense émotion retombée, ils poursuivront facilement leurs crimes et méfaits.

 

Dans ce cas, qu’y a-t-il de plus important pour les peuples et les Etats soucieux de ne pas voir leurs pays sombrer dans le destin de fournisseurs de matières premières, de marchés juteux et de bases stratégiques au bénéfice des puissances et monopoles impérialistes ? Qu’y a-t-il de plus vital pour les sociétés menacées de s’enfoncer un peu plus dans la détresse matérielle et morale, les divisions et les aventures sans issue ?

 

Face à ces dangers qui font la trame de l’actualité mondiale, les épreuves traversées par l’’Afrique du Sud et l’Algérie, deux pays à forte vocation et responsabilité continentale, sont porteuses d’enseignements mutuellement profitables, à la lumière des orientations défendues par Mandela. Les deux peuples, unis par la solidarité de cœur et d’action aux heures noires de leur histoire, affrontent aujourd’hui des conditions complexes et contraignantes. Chacun d’eux, selon les particularités de leur histoire, aborde une étape nouvelle des décantations de classe nationales et internationales, où il est devenu capital d’affirmer davantage les contenus démocratiques et de justice sociale de leur indépendance et de leur souveraineté nationale.

 

Il me semble que l’Afrique du Sud a bénéficié, après la pression exercée par la lutte armée contre le régime brutal de l’apartheid, de l’atout que lui a procuré un choix maîtrisé de la voie démocratique et pacifique par l’ANC, les syndicats et le parti communiste, s’ajoutant à la préservation d’un substantiel potentiel industriel et à des efforts contre les discriminations ethniques et linguistiques, grâce à l’insistance sur les principes de réconciliation, vérité et justice. Cependant, une heure de vérité et d’épreuves approche, pour l’avenir des orientations initiées par Mandela. Divers signes incitent à se demander si les luttes nécessaires contre l’autoritarisme, la corruption et les inégalités sociales, vont être ou non au niveau des exigences de la cohésion nationale et du lien social, menacés par les assauts et les tentations ultralibérales ?

 

Le parcours algérien pour sa part, après l’historique conquête de l’indépendance, a été grevé par les dérives autoritaristes en appui sur l’utilisation et la menace des armes, à l’encontre d’un mode de développement politique pacifique et démocratique. Le fléau a été aggravé par le poids grandissant du libéralisme compradore inféodé aux monopoles impérialistes, fauteur majeur de corruption, d’apartheid social et d’instrumentation des conflits identitaires et culturels.

 

Nelson Mandela a été grand parce qu’il a exprimé les aspirations de liberté, de paix et d’égalité d’un peuple qui de son côté a massivement soutenu sa stratégie de lutte persévérante et de concorde nationale. L’élan émouvant qui a remué les consciences à l’occasion de son décès fait refluer le fatalisme. Il stimule les espoirs de faire reculer les sombres menaces du démantèlement programmé des précédentes conquêtes nationales et populaires africaines.

 

Une nouvelle étape à contenu anti-impérialiste et de classe plus prononcé s’est ouverte pour les deux peuples pour donner la consistance démocratique, sociale et pacifique espérée après la libération du colonialisme et du racisme. Les espoirs deviendront réalité s’ils renouent avec l’élan et les courants profonds du siècle dernier qui ont amené nos frères africains à briser le joug de l’apartheid, tout comme la résistance armée algérienne et les manifestions populaires de Décembre 1960 avaient balayé les illusions des néocolonialistes de l’époque.

 

Au stade où sont parvenus aujourd’hui les deux pays, une période historique me paraît mériter une attention au moins aussi grande que les moments glorieux où se sont accélérées et concrétisées les solutions de paix et de raison d’Evian 1962 et de sortie de prison de Mandela en 1990. C’est l’immense travail politique, social et culturel obscur qui a préparé en amont ces succès. Des décennies, chargées de souffrances et de dévouements du mouvement de masse populaire, ont fait que ni les dizaines de Soweto ou de 8 Mai 45 n’ont pu stopper le mouvement d’émancipation.

 

Plus encore que par le passé, la fougue, l’ humanisme, le courage, la persévérance et la sagesse de Mandela universellement commémorés, sa vigilance intelligente envers les racismes et préjugés de tous bords, inspireront des centaines de millions d’acteurs de toutes ethnies, obédiences idéologiques et religieuses, unis par leur quête commune de liberté, de paix et d’égalité.

 

Merci Madiba, notre compatriote planétaire, ton sourire continuera à éclairer nos luttes.

 

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