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Publié par Saoudi Abdelaziz

 Par Hocine Belalloufi, 21 février 2012

Les cures d’austérité administrées aux peuples d’Europe provoquent une crise sociale, sans précédent, depuis les années 1930. Tous les acquis sociaux sont remis en cause. Mais la corde, à force de tirer, risque de casser. Les travailleurs des pays les plus touchés se sont en effet levés. La Grèce se trouve même dans une situation pré-insurrectionnelle.

Les médias des pays dominants, étrangement relayés par ceux des pays dominés (publics et privés) qui reproduisent, sans le moindre esprit critique, tout ce qui vient de « là-bas », présentent les étrangleurs du peuple grec – on peut difficilement appeler autrement ses créanciers –indûment et comme ses sauveteurs.

Officiellement donc, les ministres des Finances de la zone euro sont en négociations pour « accorder un prêt de 130 milliards » d’aide à la Grèce. En réalité, cette manne financière ne servira pas à relancer l’économie grecque afin de permettre à ce pays de retrouver une croissance durable et de satisfaire les besoins de sa population. Elle vise uniquement à rembourser les créanciers d’Athènes qui ne sont rien d’autres que les banques européennes, allemandes et françaises en premier lieu. L’UE aide ainsi les marchés financiers et non le peuple grec. Car ces « généreux » prêts seront remboursés par les couches populaires de la société grecque. Ainsi, et dans le cas fort peu probable où ce « plan de sauvetage » réussirait, la dette grecque qui est de l’ordre de 160% du PIB de ce pays aujourd’hui en représenterait encore 129% en 2020 ! Le peuple grec risque de passer des décennies à tenter d’honorer des dettes qui ne sont pas les siennes. Sans garantie de parvenir à les rembourser ni même de les réduire substantiellement.

Des « plans de sauvetage » de ce genre, la Grèce en a déjà « bénéficié ». Un prêt de 110 milliards d’euros lui avait été accordé par l’UE et le FMI. Il a essentiellement servi à rembourser les banques et s’est traduit par la suppression, depuis 2009, de 100 000 postes de fonctionnaires. Et la dette, qui était de 263 milliards d’euros en 2008, a grimpé à 355 milliards en 2011 alors que le PIB baissait dans le même temps de 233 milliards à 218 milliards d’euros. Le chômage explosait quant à lui, passant de 8% à 20%.

La crise grecque n’est pas seulement sociale. Elle est de plus en plus politique, avec une véritable mise sous tutelle européenne du pays, par l’Allemagne, la France, les Pays-Bas… Les dirigeants européens ne se contentent plus de dicter leurs ordres et de désigner les dirigeants du pays. Ils entendent décider de la manière dont l’argent est dépensé à Athènes. Le nombre d’experts européens, chargés de contrôler les dépenses du pays, envoyés en Grèce, ne cesse d’augmenter.

 La grande mystification

Aujourd’hui, le nouveau « plan de sauvetage » va se traduire par une cure d’austérité draconienne qui ramènera le pays au IXXe siècle. Il est en effet prévu de réduire les effectifs de la Fonction publique de 150 000 salarié d’ici à 2015 : entre licenciements et non renouvellement des postes de travail laissés vacants (décès, démissions, départs en retraite…). Plus de 15 000 emplois seront supprimés cette année dans la Fonction publique. Le chômage atteint déjà 25% de la population active. Chez les jeunes de 16 à 24 ans, il dépasse les 50% ! Ceux qui conservent un emploi voient leur pouvoir d’achat se contracter fortement. Le salaire minimum a perdu 22% de sa valeur. Un travailleur payé à ce tarif ne touchera que 586 euros par mois soit 480 euros nets. Les bénéficiaires d’une retraite minimum toucheront quant à eux 392 euros par mois. Enfin et pour ce qui est des travailleurs âgés de moins de 25 ans qui ont la chance d’avoir un travail à plein temps, leur salaire de base mensuel sera de 527 euros, soit moins de 400 euros par mois.

La TVA a pour sa part augmenté de 20% en moyenne alors que les taxes sur l’alcool augmentent de 33%. Les politiques « d’aide » à la Grèce se sont traduites jusqu’ici par le fait que près d’un tiers de la population (30%) vit sous le seuil de pauvreté. De nombreux Grecs n’arrivent plus à payer leurs impôts. Les hôpitaux n’ont plus de médicaments, les établissements scolaires ne chauffent plus alors que le pays est touché, comme toute la région, par un froid polaire venu de Sibérie. Les manuels scolaires n’ont pas été distribués…
Tous ces plans de « sauvetage » de la Grèce ne sont pas gratuits. Ils entrainent des privatisations d’entreprises et de services publics pour un montant de 50 milliards d’euros d’ici 2015. Quatre entreprises publiques devront être vendues au premier semestre de 2012 dans l’énergie (gaz et pétrole), l’eau et les jeux. Le massacre du secteur public ne s’arrêtera pas là puisqu’il est prévu de privatiser pour un montant de 285 milliards d’euros. Les plans de « sauvetage » provoquent la faillite de 60 000 petites entreprises familiales. Près de 50 000 autres devraient suivre cette année.

Pendant ce temps, les grands capitalistes grecs placent leurs comptes dans des comptes bancaires secrets suisses. Alors que la flotte marchande grecque est la première du monde, les grands entrepreneurs, armateurs notamment, ne paient pas le moindre impôt à l’Etat grec. Le montant de ces capitaux évadés s’élève 280 millions d’euros, soit 120% du PIB.

 Les plans de « sauvetage » se généralisent à toute l’Europe

 Les politiques « d’aide » aux pays en difficultés se multiplient, ces derniers mois, dans le reste de l’Europe. Ils obéissent toujours à la même logique qui voit les peuples – les salariés essentiellement –subir l’austérité alors que le patronat engrange de nombreux acquis et que les banques européennes « prêteuses » voient affluer l’argent prêté aux débiteurs. Qui a dit que la lutte des classes n’existait pas, ou n’existait plus ?

En Espagne, une réforme du travail est entrée en application depuis le 12 février. Elle prévoit d’assouplir les conditions de licenciement, ce qui ne pourra que faire bondir le chômage qui frappe déjà 5,3 millions de salariés, soit 23% de la population active du pays, un record en Europe. Les jeunes de moins de 25 ans sont 48,6% à être au chômage, soit une personne sur deux. Afin d’enrayer cette spirale, le nouveau gouvernement de droite vient de doubler la période d’essai qu’il a ramenée à une année. Il s’est par ailleurs attaqué aux indemnités de licenciement. Le gouvernement socialiste précédent les avait déjà réduites. L’actuel accentue cette tendance pour réduire cette indemnité à 33 jours de salaire payés par année de travail – voire à 22 jours si l’entreprise est en difficulté – contre 45 jours actuellement. Le gouvernement entend également autoriser les patrons à ne pas tenir compte des accords collectifs de branche durant la crise.

Dans la région de Valence, qui est la plus endettée d’Espagne, les autorités ont annoncé, début janvier, des augmentations d’impôts et des diminutions, de l’ordre de plus d’un milliards d’euros, des dépenses dans l’éducation et la santé. Le gouvernement régional n’ayant pas réglé ses factures, le chauffage des établissements scolaires n’est plus assuré cet hiver.

Au Portugal, où le chômage atteint 13%, le plan de rigueur contient des coupes dans les dépenses publiques, un accroissement des impôts et un train de privatisation d’entreprises et de services publics. Un groupe chinois vient ainsi d’acquérir 21% des actions de la société d’électricité portugaise EDP. Le réseau électrique REN et la compagnie aérienne TAP font également partie des entreprises privatisables.

En Italie, les plans d’austérité qui se multiplient depuis 2010 ont provoqué une récession à la fin de 2011. Le PIB s’est contracté de 0,7% au quatrième trimestre et de 0,2% au troisième. En 2012, le gouvernement de Mario Monti prévoit un recul de 0,4% de ce même PIB. Trop optimiste considère la Banque d’Italie qui table sur un recul de 1,5%. Le FMI, qui n’a pas à gérer le mécontentement de la population, annonce une contraction de 2,2%. On ne voit pas très bien, dans ces conditions, comment l’Italie pourrait honorer ses dettes alors que le taux de croissance économique est négatif. La rigueur qui frappe les classes populaires ne pourra que se poursuivre et s’accentuer, en dépit des promesses de l’ancien banquier de Goldman Sachs.

 Un mouvement social de grande ampleur se lève

 Face à l’offensive antisociale dont ils sont victimes, les peuples de la région – les salariés en premier lieu – se rebellent. Près de deux millions de travailleurs ont manifesté le 19 février dernier dans près de 60 villes espagnoles à l’appel des deux principales centrales syndicales : l’Union générale des travailleurs (UGT) et les Commissions ouvrières (CCOO). Madrid et Barcelone ont laissé de côté leur contentieux en matière de football pour s’unir dans la lutte contre la réforme du travail. Des centaines de milliers de salariés sont descendus dans chacune de ces deux villes. Des manifestations sont par ailleurs organisées localement, comme à Valence, pour protester contre la politique d’austérité. La question de la grève générale est désormais évoquée, soutenue par les Commissions ouvrières, mais pas encore par les dirigeants de l’UGT. Soumis à une forte pression de la base, les deux centrales se trouvent dans l’obligation d’apporter des réponses concrètes afin de contrer la réforme du travail.

A Lisbonne, capitale du Portugal, ce sont pas moins de 300 000 manifestants qui ont battu le pavé, dernièrement, à l’appel de la Confédération générale des travailleurs portugais (CGTP) pour dénoncer l’austérité et les plans de rigueurs qui frappent les plus démunis. Il s’agissait du plus puissant rassemblement organisé dans le pays depuis 30 ans. Une nouvelle journée de manifestations se déroulera le 29 février.

Mais c’est en Grèce que la révolte est la plus spectaculaire. Les manifestations de rue se multiplient et deviennent violentes du fait des provocations policières (incendies d’immeubles et de magasins…) visant à déconsidérer les protestations et les protestataires. Le peuple grec est entré en résistance. Il dispose de solides traditions en la matière. Le pays a connu une douzaine de grèves générales en deux années. Les grèves se multiplient dans tous les secteurs ainsi que les occupations d’entreprises et d’établissements scolaires (universités…), voire de ministères. Le mouvement des Indignés (Aganaktismeni) s’est étendu à tout le pays alors que nombre de ministres et députés n’osent plus sortir de chez eux de peur d’être insultés ou agressés par les citoyens. Des comités contre la coupure des compteurs électriques de ceux qui ne peuvent plus payer leurs factures ont été mis en place. Des structures de solidarité se créent au niveau des quartiers pour venir en aide aux plus démunis. Plus de 100 000 personnes ont manifesté le 19 février à Athènes devant le Parlement grec qui votait les mesures d’austérité imposées par les marchés financiers et l’UE. Les couches populaires étant laminées, un climat pré-insurrectionnel se répand dans le pays. On imagine mal que la situation qui empire ne débouche pas sur une révolte généralisée. Les semaines et mois qui viennent s’annoncent décisifs pour l’avenir de ce pays et, au-delà, pour celui de tout le Vieux continent.

Hocine Belalloufi, 21 Février 2012. La nation.info

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