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Publié par Saoudi Abdelaziz

 A la veille de l’été, les clans se livrent bataille. Les luttes de clans dont le dénominateur commun reste l’endiguement des forces de contestation indépendantes du pouvoir, ont rebondi  dès le mois de mai, avec le lancement de la campagne officieuse en faveur d’un troisième mandat présidentiel pour Bouteflika. Cette annonce coïncide avec un accroissement considérable des recettes des hydrocarbures et donc du gâteau à partager.

 

Les clans n’agissent pas sur l’opinion par le biais des partis politiques, mais essentiellement à travers leurs réseaux occultes en compétition, traversant obliquement les institutions, les services et les médias. Les Algériens le savent. Autrefois, on ne conspirait jamais que contre un ordre établi. Aujourd’hui conspirer en sa faveur est un nouveau métier en grand développement.

La violence de rue se déchaîne à Oran. Les forces de police ont laissé faire les jeunes pendant deux jours. Ces émeutes qui cesseront le 29 mai, ont pour détonateur la relégation du club local de foot, le MCO. Les rumeurs les plus contradictoires se développent, en partie suscitées par la curieuse absence des forces de police.  Le 28 mai, le Quotidien d’Oran «révèle» : « De forts échos de la présidence de la République laissent entendre que le ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur et des Collectivités locales aurait émis, récemment, de grandes réserves quand à la mise en branle de la machine administrative et électorale en faveur d'un troisième mandat présidentiel pour Bouteflika ».

Le Monde reprend cette analyse : « Selon Le Quotidien d'Oran, "l'intensité dramatique des émeutes" va imposer un "changement radical" dans les prévisions du pouvoir. A en croire ce journal, le ministre de l'intérieur, Yazid Zerhouni, "aurait émis des réserves" à l'idée d'un troisième mandat de M. Bouteflika ».

Qu’en est-il vraiment ? On sait que l’utilisation de la rumeur à partir de sources sûres est devenue en Algérie, un des leviers de la compétition entre les clans.

«Nous sommes loin de la rue, nous ne savons pas ce qui se passe», confie à la presse, Daho Ould Kablia, ministre délégué aux collectivités territoriales, en marge de la séance plénière du Conseil de la nation. Ould Kablia affirme que les autorités s’attèlent «à éteindre le feu».

De son côté la ministre de l’Intérieur Zerhouni, qui sera ensuite remplacé à son poste par son subalterne, précédemment cité, fait sa pirouette : « Devant cet état de fait, il faut le dire malheureusement, le mouvement associatif et la société civile n’ont absolument rien fait et n’ont déployé aucun effort afin de rendre à la raison les jeunes émeutiers affolés dans leurs actes néfastes ». (Liberté 29 mai). Quelques jours plus tard, le ministre, qui semble avoir été «doublé» dans cette affaire, affirmera que les émeutes sont des actes de hooligans “une situation normale générée par un match de football, comme il en arrive souvent de par le monde”

Le 31 mai, dans sa chronique au Soir d’Algérie Mohamed Bouhamidi conteste cette version : « Beaucoup de signes indiquaient l’imminence et la violence extrême d’une explosion sociale (…). A aucun moment, le pouvoir n’y a prêté attention, occupé qu’il était à renforcer son emprise sur le pays et ses ressources, au point de donner l’impression qu’il souhaitait ces explosions et qu’il préfère gérer le pays par séismes successifs plutôt que de partager la moindre parcelle de son autorité.

Au 3ème jour des émeutes, Amel B. la correspondante du Soir d’Algérie (29 mai) note : « Alors que tout semblait calme et rentrer dans l’ordre, même si rares sont les commerces qui avaient ouvert, les Oranais vaquaient à leurs occupations tout en évoquant les évènements de la veille, quand soudainement, vers 10h30, un mouvement de panique s’est de nouveau emparé de la ville. Des voitures venant à une folle allure conseillant aux passants de rentrer chez eux, ces derniers pris de panique couraient dans tous les sens. De suite, les quelques magasins ouverts ont vite baissé rideau, mais nul ne savait ni ne comprenait d’où venait la menace ».

Cette technique de provocation est on le sait bien rôdée depuis les émeutes d’octobre 1988, où ces voitures spéciales ne se contentaient pas de rouler à vive allure mais tiraient aussi sur les gens.

Le 31 mai, on peut aussi lire dans le quotidien arabophone Echourouk : « Certaines parties indiquent que des groupes d'intérêts sont derrière les incidents, ainsi que des parties de la sphère politique. Un communiqué anonyme, dont Echourouk a obtenu une copie, affirme que les personnes qui ont affiché leur colère le premier jour des incidents lors de la défaite du Mouloudia d'Oran ont été mobilisées et exploitées ensuite par des inconnus qui les ont incitées au saccage. »

Le mois de mai est à peine terminé que la presse annonce, le 2 juin, une nouvelle semblant venir d’une autre époque : « Un militaire a été tué et un autre blessé, dans la nuit de samedi à dimanche, dans une embuscade tendue par un groupe terroriste à Sidi Mansour, dans la commune de Tamalous, au sud-ouest de Skikda. »

... L’été meurtrier vient de commencer (à suivre)

 

 

 

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