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Publié par Saoudi Abdelaziz

Par Saoudi Abdelaziz

Mis en ligne le 26 août 2011

La vague terroriste de l’été 2008, commencée le 30 mai près de Tamalous dans la wilaya de Skikda par l’assassinat d’un militaire, s’achèvera le 31 août à Tlijène, non loin de Tébessa, par l’assassinat d’un officier de l’ANP.

Entre temps des attentats kamikazes, des embuscades meurtrières sans aucune trace des assaillants, des assassinats individuels  conçus sur le mode aléatoire, ont alterné, ponctuant comme une sorte de contrepoint les luttes ouvertes ou souterraines autour de gros enjeux : les prochaines élections présidentielles, la conférence méditerranéenne de Sarkozy, la manière de répondre à la crise financière internationale qui faisait rage, etc.

Dès le lendemain du dernier attentat de Tébessa, à lire la presse de l’époque, l’actualité devient celle d’une rentrée sociale et politique « normale », comme si cette vague terroriste était qu’une parenthèse au cours de laquelle des enjeux inconnus ont été disputés, la querelle provisoirement vidée et les couteaux essuyés sur le dos du peuple et de ses djounouds. Ténébreux mystères du terrorisme.

De cet été on gardera aussi le souvenir d’un boom de l’activité touristique, avec une affluence record sur le littoral. La population semblait avoir réagi avec un sang froid qui a paru surprenant à l’étranger, surtout à la lecture de la presse algérienne qui toutes langues confondues n’a pas cessé, en général, de vendre l’alarmisme, en amplifiant les actes terroristes et en attisant les tensions idéologiques.

La saison terroriste s’achèvera d’ailleurs par un feu d’artifice médiatique qui évoque l’apocalypse.

On citera quelques bouquets finaux de cette campagne permanente des médiats pendant les trois mois de l’été.

Moins d’une semaine avant le décrochage, El Watan, ne quitte pas encore le créneau. Dans son éditorial du 24 août intitulé « Sortir de l’ornière », on lit notamment : « Ce n’est pas vraiment être alarmiste et vouloir rajouter à l’angoisse des citoyens que d’affirmer pareille chose, mais force est de reconnaître qu’en ce moment, la terreur est totale. C’est le sentiment général. L’Algérie est à ce point violée qu’elle est devenue cette maison où il ne fait plus bon vivre en dépit de l’immense espoir ressuscité après de longues années de violence meurtrière et de douleur intense ».

Six jours plus tard, Le 30 août, le Soir d’Algérie exhibe une impressionnante photo à la une, barrée d’un titre faisant craindre le pire : «Alger sous haute surveillance ». En pages intérieures, sous le titre : « Le Temps de l’isolement », ce quotidien affirme : « L’accélération des évènements ces dernières semaines dévoile toute la fragilité du système Bouteflika, incapable d’y faire face, la déferlante terroriste de ces derniers mois ayant fini par avoir raison de la propagande officielle bâtie autour de «la réconciliation nationale». C’est un véritable retour vers le passé que l’Algérie amorce en ce tragique mois d’août. Un signe qui ne trompe pas : les Etats-Unis, imités par le Canada, classent l’Algérie comme destination à «haut risque».

 

Ce qui est excessif est insignifiant dit l’adage. C’est ce que semblait dire Kharroubi Habib, avec sa sagacité habituelle, dans son analyse du 26 août dans Le Quotidien d'Oran, intitulée « Entre réalité et fantasmes ».

Il écrit : «  A en croire certaines analyses de presse, l'Etat serait sur le point de s'effondrer et le système républicain menacé dans ses fondements. Un discours alarmiste qui donne à comprendre que le pays serait revenu à la sombre situation du début des années 90, quand le soulèvement islamiste avait effectivement failli emporter l'Etat et la République. Rien de plus exagérément faux que cette vision que l'on veut donner de la situation sécuritaire de notre pays (…). Libre à tout un chacun de s'attaquer au pouvoir en place, d'en stigmatiser les tares, d'en dénoncer les fautes, mais pas en «tordant le cou» à la réalité et aux faits. Oui, l'Algérie ne va pas bien; oui, la médiocrité triomphe dans les allées du pouvoir; oui, la corruption et l'injustice sont l'essence de ce dernier. Est-il besoin alors de présenter faussement le pays comme étant à feu et à sang pour pousser les citoyens à la mobilisation ?

 En 2004, les divagations et exagérations d'une certaine presse ont fortement contribué à faire basculer les électeurs en faveur du candidat Bouteflika. La reproduction de ce comportement produira les mêmes effets en 2009 ». (Fin de citation).

Peut-être ne faudrait-il pas juger cette activité profondément secrète qu’est le terroriste, à travers son spectacle médiatique, comportant casting, motivations revendiquées, et signature par modus opérandi.  Les apparences sont trompeuses, presque toujours. Rappelons-nous ce ministre de Moubarak qui supervisait en personne la pose, par un fanatique islamiste, d’une bombe dans une église copte d’Alexandrie. 

Encore que là aussi la question à qui profite le crime n'a pas toujours de la pertinence, car on doit tenir compte de l’existence possible de calculs plus retors, avec recherche d’effets à retardement, ce qui complique beaucoup la réflexion. Mais, à la longue, il ne faut pas exclure qu’après tant de mystères, le recours au terrorisme -par un effet de retour de la sophistication concurrentiel des fabricants de tension- aboutisse au résultat inverse de celui recherché. En Algérie aussi, le peuple pourrait dire un jour faqou !

 

30 août 2008. La une du Soir d'Algérie

30 août 2008. La une du Soir d'Algérie

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