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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

«Si le complexe continue malgré tout à tourner, c’est grâce au savoir-faire des Algériens et à leur travail. Ce partenariat ne nous a rien ramené, bien au contraire, et je suis d’avis que l’Etat reprenne le complexe à hauteur de 51%», a confié Smaïn Kouadria le secrétaire du syndicat d’ArcelorMittal Annaba au quotidien Le Jeune Indépendant, qui consacre un reportage, signé Fayçal Abdelghani, aux impasses actuelles de la sidérurgie algérienne.

 

 

El Hadjar : Plan de licenciement, baisse de la production et menace de faillite

 

 

Où va la sidérurgie algérienne ?

 

 

 

La sidérurgie algérienne est en crise. Le complexe d’El-Hadjar, considéré comme l’un des principaux fleurons de l’économie nationale, vit des heures difficiles, avec en filigrane une inquiétude grandissante quant à son sort. Alors que l’on annonce sa mise en faillite, l’Etat, lui, ne compte pas laisser disparaître ce poumon de l’industrie algérienne. Et les pressions sur le partenaire indien Arcelor Mittal pour honorer ses engagements vont de pair avec la promesse d’atteindre l’objectif d’amélioration de la production depuis la signature de l’accord de 2001. En attendant de résoudre ce problème, les autorités s’attellent à diversifier les partenariats pour relancer ce secteur d’activité créateur de richesses tant sur le plan financier qu’en matière d’emploi.

 

La situation de la sidérurgie inspire de légitimes inquiétudes. Le complexe El-Hadjar repris par la multinationale Arcelor Mittal fait face à une crise sur tous les plans. Depuis quelques mois, le syndicat dénonce le manque de vitalité en termes d’investissements qui se répercute négativement sur la santé financière. Ainsi, sur les 12 000 travailleurs qui activaient, il n’en reste que 5 400, toutes catégories confondues.

En termes de production, l’ex-complexe d’El-Hadjar pouvait aller jusqu’à de 2 millions de tonnes d’acier liquides, conformément au plan prévisionnel lancé en 2008. Mais le recul de la production depuis une année fait ressortir des contre-performances. A ce jour, l’on ne dépasse pas 1,2 million de tonnes d’acier liquides et produits plats, sur les 130 millions de tonnes que produit le groupe à travers ses acquisitions au niveau international. Selon une source bien informée, «la production n’est que de 147 tonnes par agent et par an, alors que dans d’autres pays, comme l’Afrique du Sud, elle atteint les 500 tonnes, voire même 1 000 tonnes par agent et par an». Les garanties attendues sur les investissements avaient été pourtant données par le groupe Ispat devenu par la suite ArcelorMittal Annaba qui se déployait avec assurance pour mettre en œuvre son plan d’action. A y voir de près, le quota de production d’El-Hadjar n’est actuellement point suffisant pour couvrir toute la demande interne.

Selon un rapport du ministère de l’Industrie «l’Algérie importe pour près de 10 milliards de dollars de produits sidérurgiques, soit environ 20 % de sa facture d’importation globale». «Sa consommation annuelle avoisine quelque 5 millions de tonnes, une demande en produits sidérurgiques que le complexe d’El-Hadjar ne peut satisfaire même avec sa production appelée à augmenter à 1,5 million de tonnes dans les prochains 18 mois», note le même rapport.

 

Mais ce qui fait surtout craindre le pire, ce sont les annonces récentes de la direction du groupe d’«entamer les procédures de dépôt de bilan». Ce plan avait été établi en raison «objectifs non atteints en 2009 et 2010», selon une source de la direction. Toutefois, ni le directeur général du complexe, ni le syndicat n’avaient déclaré qu’il y aurait une éventuelle procédure de mise en faillite. Et la contradiction est certes là. ArcelorMittal Sider est en négociation avec la BEA pour un prêt destiné à appuyer un plan d’investissement de 270 millions de dollars qui s’étalera jusqu’à 2015. Lors d’une conférence de presse tenue à Annaba, le ministre de l’Industrie avait assuré, sur un ton optimiste, que les négociations avec la BEA iraient dans le bon sens et que la banque chercherait des garanties qu’elle n’avait pas. En effet, la BEA ne peut libérer les prêts demandés que si les sûretés sur les crédits sont assurées. En outre, le complexe promet une reprise de la production en la conditionnant par le nouveau plan de modernisation des équipements qui, selon la direction d’un pôle technologique, sera du même acabit de ce qui se fait ailleurs.

 

 

L’Etat prêt à sauver El-Hadjar

 

En ce début d’année, le spectre de la fermeture du complexe ArcelorMittal Sider se fait oppressant. L’inquiétude est partagée par l’ensemble des travailleurs qui se demande si la dernière procédure juridique lancée au niveau du tribunal d’Annaba pour entamer la mise en faillite est justifiée. Pour les gestionnaires du complexe, l’idée peut être évitée si «les conditions de financement du complexe trouvent des issues». Il faut savoir qu’à ce niveau, la BEA avait débloqué un prêt de 5 milliards de dinars, dont 1,5 milliard récemment libéré. La demande globale en crédits d’investissements est de l’ordre de 13 milliards de dinars. La banque attend, en effet, les garanties d’hypothèque sur les terrains ou équipements pour libérer les 8 autres milliards de dinars.

 

Mais cela suffira-t-il pour endiguer le problème ? Apparemment, la réponse se justifie dans les capacités d’engagement du groupe, dont l’objectif de productivité est loin d’être atteint. Il faut rappeler qu’il y a 10 ans, le repreneur d’El-Hadjar, en l’occurrence Ispat, avait promis d’investir 175 millions de dollars sur une décennie afin de renouveler et moderniser la structure et d’assurer la formation et le recyclage du personnel technique. Or actuellement, les signaux sont au rouge avec un «déclin de 30 % de la production sur les produits longs et l’acier liquide». Une situation qui met dans l’embarras les autorités algériennes qui avaient décidé de ce partenariat, et celle du puissant syndicat d’entreprise qui ne cesse de dénoncer la menace de compresser un quart des travailleurs.

 

Le secrétaire général du syndicat d’El-Hadjar révèle que «tous les travailleurs admis à la retraite depuis 2001 n’ont pas été remplacés». La direction, selon la même source, «prépare un plan de départ de 1 200 travailleurs», là où un total de 4 200 personnes employées, surtout dans les usines de fonderie et tuberie, n’arrange en rien le plan de production. «Avec cela, on veut maintenir le niveau de production et l’augmenter, ce qui relève de l’impossible», est-il souligné. L’inquiétude va crescendo lorsqu’on sait, selon une source syndicale, que «la cokerie est toujours à l’arrêt et la décision de sa rénovation ou de son renouvellement n’a pas encore été prise». La direction avait même annoncé, il y a quelque temps, que «l’usine de la tuberie sera fermée». On a d’ailleurs appris récemment, auprès du groupe, que le programme d’investissement de 500 millions d’euros (2011 et 2015) serait sur le point d’être l’objet d’une mise au placard en raison de la cessation de paiement de l’usine d’El-Hadjar. Si cette situation venait à perdurer, les autorités pourraient-elles alors établir un plan de sauvetage ?

 

Pour Smaïn Kouadria, premier responsable du syndicat d’El-Hadjar, il n’y aurait pas de doute là-dessus. «Il y a d’une part ces déclarations sur les intentions de l’Etat de ne pas laisser sombrer le complexe qui sont rassurantes et, d’autre part, la procédure de dépôt de bilan qui suit son cours». Le premier ministre Ahmed Ouyahia aurait déclaré dernièrement que «l’Etat ne laissera pas disparaître le complexe El-Hadjar». Le SG du syndicat ne serait pas contre la règle des 51/49 % pour sauver le fleuron de l’industrie nationale. «Si le complexe continue malgré tout à tourner, c’est grâce au savoir-faire des Algériens et à leur travail. Ce partenariat ne nous a rien ramené, bien au contraire, et je suis d’avis que l’Etat reprenne le complexe à hauteur de 51%», a confié Smaïn Kouadria.

 

Le nouveau plan de relance

 

L’Algérie veut encore une fois augmenter ses chances dans un secteur qui vit pourtant le marasme. Rien n’empêche de chercher d’autres partenaires pour étendre les capacités de production et de satisfaire la demande nationale. En fin d’année écoulée, alors que les regards étaient braqués sur le sort du complexe d’El-Hadjar, le ministre de l’Industrie, Mohamed Benmerradi, annonçait un partenariat avec les Qataris pour l’implantation d’une usine de production d’acier de 5 millions de tonnes par an.

L’étude de faisabilité étant en cours, il ne faudrait pas longtemps pour peaufiner le projet en entier afin de voir la société mixte dans un proche avenir. L’investissement sera réglé dans le cadre de la règle des 51/49 % avec une implantation dans la zone industrielle de Bellara, à Jijel, dont la production sera dans un premier temps de 2,5 millions de tonnes par an. «Les aciers plats et les aciers spéciaux seront prioritaires dans le plan de production avec la création d’un pôle de technologie automatisé», nous révèle un cadre en charge du dossier au niveau du ministère. «Cette production servira en grande partie à l’approvisionnement en acier pour le rail», fait savoir le ministre qui compte s’appuyer sur cette usine pour freiner « l’importation des produits sidérurgiques » qui coûtent à l’Algérie près de 10 milliards de dollars, soit 20 % du total des importations.

En tout et pour tout, l’investissement dans la sidérurgie nécessite, selon les spécialistes, entre 4 et 5 ans avec des coûts de production qui doivent ne pas dépasser les 200 millions de dollars en moyenne. «C’est pour cela que le partenariat avec des grands groupes est rendu nécessaire car les coûts en technologies restent onéreuses», estime un expert en industrie de l’acier. Or dans ce cas de figure, il faut tenir compte de la timide reprise du marché international de l’acier qui avait vécu son pire cauchemar depuis 2008. Pour les perspectives futures, le marché de la sidérurgie s’annonce plutôt favorable malgré les vicissitudes du marché international.

 

La relance de la production des produits plats pourrait inciter à «des débouchés vers l’Europe du Sud et les pays du Moyen-Orient», indique un des responsables de la production au niveau du complexe. Pour compenser les pertes dues à une «crise conjoncturelle», l’Etat veut mettre les bouchées doubles dans les petites usines (laminoirs, production de fer, de rond à béton, produits longs). La région de Bellara s’y prête bien, avec un foncier disponible et des avantages fiscaux qui n’en dissuaderaient pas un. L’investisseur égyptien El-Ezz Steel veut toujours maintenir son projet de construction d’une usine sidérurgique dans la zone de Bellara, pour un montant de 1,25 milliard de dollars. Mais des sources font état d’une défection de l’investisseur qui aurait exigé d’énormes avantages fiscaux et parafiscaux alors que d’autres sources estiment que le projet n’a pas été abandonné totalement.

 

Qui croire dans cette affaire, aucune déclaration officielle n’étant venue conforter cette thèse ?
 

Fayçal Abdelghani, 5 février 2012. Lien : Le Jeune Indépendant

 

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