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Publié par Saoudi Abdelaziz

par Kharroubi Habib

 Les pays industrialisés, englués dans la crise, la récession et le chômage et ne sachant quoi faire pour se sortir de cette situation, n'ont qu'à se mettre à l'exemple de l'Algérie qui, à en croire le bilan rendu public par les services de son Premier ministre, nage dans la croissance et serait sur le point d'atteindre au plein emploi.

 L'exemple s'impose, d'autant que la prouesse algérienne, argumentée par des chiffres qui laissent pantois, aurait été réussie en un semestre. Comme quoi, l'Algérie est vraiment cette nation où le miracle est chose naturelle.

 Il y a cependant que les Algériens eux-mêmes ont été sidérés par les performances déclinées par les services du Premier ministère. Ils ont ri jaune à leur annonce, car totalement en déphasage dans leur triomphalisme avec les réalités de la situation du pays telles que perçues par eux. Qui peut croire en effet que plus d'un million d'emplois ont pu être créés en à peine six mois et que les investisseurs, qui boudent ostensiblement le pays depuis des années, se bousculent maintenant pour participer à son développement, et cela alors que les autorités ont édicté des règles du jeu plutôt dissuasives pour cette participation.

 Le bilan endossé par le Premier ministre a été sans nul doute perçu comme une mystification par les experts étrangers, au fait de l'incompétence des autorités algériennes à réunir les conditions pouvant rendre possible un pareil exploit.

 Dans le pays, il a soulevé un tollé d'indignation. Politiques, experts et commentateurs nationaux n'ont pas lésiné sur les qualificatifs pour faire entendre ce qu'ils pensent du bilan surréaliste fabriqué par les services officiels du Premier ministère. «Blague ramadhanesque, mensonge d'Etat, couleuvre trop grosse à avaler, insulte à l'intelligence des citoyens», voilà quelques-uns des qualificatifs qui lui ont été accolés. Ils rendent bien compte de l'ahurissement provoqué par le surréalisme des chiffres et assertions avancés dans ce bilan.

 S'ils ne croient pas un tant soit peu à la réalité du contenu de ce bilan, les Algériens se posent néanmoins la question de savoir quels sont les motivations et les calculs qui ont poussé le Premier ministre à assumer le risque de susciter un débat susceptible de réduire à néant la belle représentation faite par ses services de la situation économique et sociale de l'Algérie.

 Ils s'interrogent d'autant sur son initiative qu'elle est survenue au moment où le chef de l'Etat préside aux traditionnelles auditions annuelles du staff gouvernemental. Exercice à travers lequel les Algériens sont censés être mis au courant du bilan de l'action gouvernementale. Or, bien que n'étant pas exempt d'autosatisfaction, le bilan qui se dessine au fur et à mesure de ces auditions apparaît tout de même nettement moins triomphaliste que celui avancé par le Premier ministre. A croire qu'Ouyahia s'est senti dans l'obligation de faire un plaidoyer de l'action gouvernementale, car certainement informé du mécontentement qu'elle inspire au chef de l'Etat. Il aurait donc pris les devants en brossant un tableau de la situation du pays qui, quoique mystificateur, ne peut être ouvertement contredit par le Président.

 Sauf que le Premier ministre a dépassé en terme de démesure ce que les Algériens peuvent «avaler». Il se peut alors que Bouteflika prenne prétexte de son opération de communication si contreproductive pour le pouvoir pour se démarquer de son Premier ministre et lui signifier la fin de sa mission.

 Ce qu'Ouyahia a cru manœuvre habile et «moussante» pour son action à la tête du gouvernement risque au final d'être le «pétard» qui va exploser sous ses pieds. Quant aux pays industrialisés, la seule perception qu'ils ont de l'Algérie est celle d'un pays qui dort sur un mirifique matelas de réserves financières qu'il ne sait pas faire fructifier.

 Le Quotidien d'Oran, 13 août 2011

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