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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

 

 

 

 

Par Saoudi Abdelaziz

 

 

 

 

« Elles servent à acheter la paix sociale. L’Etat peut-il s’attaquer aux subventions ? ». Ce titre accrocheur d’El Watan aurait sans doute fait la une ce matin, s’il n’y avait eu les attentats américains. La campagne médiatique enfle. En substance : des sommes considérables sont dépensées, au détriment de la Nation, pour soutenir les prix du pain, du lait, de l’eau et d’électricité. Ce soutien, on le sait, bénéficie encore aux ménages les moins favorisés, c'est-à-dire à l’immense majorité du peuple. Chômeurs compris. Melissa Roumadi rapporte : « Que ce soit du côté du ministère des Finances, du département du Commerce ou encore de celui de l’Agriculture, il y a consensus à dire que les subventions profitent aussi bien aux riches qu’aux pauvres ». La journaliste nuance : « En regardant le verre à moitié plein, on dira que les subventions aident les ménages à joindre les deux bouts ».

 

 

 

L’ordre du jour semble donc avoir été fixé par le gouvernement, qui tâte le terrain depuis quelques semaines. Ce matin, Le Quotidien d’Oran entre aussi dans le chœur de la vérité des prix. Il énumère consciencieusement « les arguments les plus sérieux » contre « la subvention utilisée pour acheter la paix sociale » : les prix de l'eau, de l'électricité et du gaz domestique « ont perdu tout contenu économique ».  Il pointe du doigt le prix du pain qui « s'est tellement éloigné de sa vraie valeur ». A quoi s’ajoute -argument bonus-, pour l’ensemble des produits, « une forte contrebande destinée aux pays voisins ». Abed Charef clôt son article par un témoignage de choc : « Issaad Rabrab, considéré comme la première fortune d'Algérie, parle quant à lui de 12 millions de personnes dans les pays voisins, qui bénéficieraient de ces subventions, grâce à toutes formes de trafic ».

 

 

Le Quotidien d’Oran nous apprend que « La centrale syndicale UGTA, traditionnellement docile envers le gouvernement, a gardé une certaine discrétion, alors que les organisations patronales sont montées au créneau. Le FCE d’abord. « Son président Rédha Hamiani, reproche au gouvernement de maintenir les subventions pour préserver la paix sociale, mais jusqu'à quand ? Il prône de remplacer la subvention par une aide ciblée, destinée aux plus démunis, et un encouragement des producteurs ».

 

 

 

« Contenu économique », « vraie valeur », « vérité des prix », ce sont des crédos libéraux « sérieux ». Coincés entre Redha Hamiani et Sidi Saïd, les classes inférieures, qui ne sont pas « installées à leur compte », n’auront d’autre choix que d’imposer la vérité du prix de leur force de travail et de monnayer la valeur qu’elle crée dans les usines de M. Rebrab. Ce sera cette « l’aide ciblée » que choisirons sans doute les ouvriers algériens, de préférence à l’inscription, comme au temps du colonialisme, sur la liste des « indigents » que la FCE suggère. La lutte des classes -que le FCE déteste- va sans doute prendre une ampleur insoupçonnée. Le Patronat veut comme « encouragement » les sommes allouées au soutien des prix puisées dans la rente pétrolière. Redha Hamiani ne veut plus que le gouvernement « achète la paix sociale » ? Ils auront la lutte des classes, dans toute la vérité de sa nudité. Avec l’inflation en prime.

 

 

Melissa Roumadi met en garde dans El watan : « Aussi, une question demeure : un retour vers la vérité des prix sera-t-il admis par la population même s’il doit s’accompagner d’une augmentation des salaires et de la mise en place d’un filet social ? »

 

 

Car, au-delà du monde ouvrier, il y a la « vérité » profonde de l’Algérie plébéienne. Comme on le sait, le soutien des prix de large consommation populaire est une des conséquences essentielles de « l’option sociale» de la lutte pour l’indépendance, imposée par la plèbe algérienne. « La république démocratique et sociale », objectif proclamé par la déclaration du 1er novembre. La première remise en cause de cette ligne a été enregistrée dans les années 80 sous la présidence Chadli, avec la remise en cause de gratuité des soins, introduisant « la santé à deux vitesses » actuellement en vigueur dans le pays.

 

 

 

Le peuple algérien acceptera-t-il que soit définitivement enterrée une de nos constantes nationales, cette « république démocratique et sociale », proclamé par la déclaration du 1er novembre. En ces temps où l’argent des hydrocarbures est détourné vers les chkara nationales, les comptes à l’étranger des corrompus et les profits des multinationales, est-ce vraiment une priorité nationale d’empêcher les classes inférieures de joindre les deux bouts, face au mode de vie de plus en plus somptuaire des privilégiés. C’est en tout cas une opération risquée...

 

 

 

Saoudi Abdelaziz, 16 avril 2013

 

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Sakhra 16/04/2013 14:19

Excellent article, Abdelaziz Saoudi. Merci.