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Publié par Saoudi Abdelaziz



"Dès les premières années de l’indépendance, Benzine et ses compagnons ont dû faire résistance encore contre l’autoritarisme des nouveaux dominants. L’un des coups féroces reçus en a été la mise à mort du quotidien “Alger Républicain”.

 

 

Par Belkacem Mostefaoui, professeur à l’Ecole nationale supérieure de journalisme d’Alger, président de l’Association “les Amis de Abdelhamid Benzine”

 

Aujourd’hui, l’occasion m’est donnée pour remémorer l’œuvre de Abdelhamid Benzine. Avec les amis de l’association et de nombreux citoyens, nous avons eu comme préoccupation, depuis 2004, d’inscrire dans l’espace public, au moins une fois par année, une action qui a été au cœur de l’algérianité chère à Benzine.

 

Séminaires et Prix de journalisme Benzine ont alterné dans nos activités. L’édition d’actes de séminaires et d’autres ouvrages a accompagné nos activités. Délaissant la facilité de la "commémorite", nous sommes allés dans le travail de régénérescence des idéaux portés par Benzine et ses compagnons de libération nationale et de reconstruction de l’Algérie indépendante.

 

Rude programme, mais si stimulant d’utilité pour notre pays d’aujourd’hui, que de retracer cet espoir porté par eux. Officier de l’Armée de libération nationale, communiste et journaliste, Benzine a rêvé et combattu, de conviction, pour une Algérie plus juste, démocratique et prospère. Que ce fût dans les maquis, au journal “Alger Républicain”, dans les lieux de travail et leurs grèves, ces combattants ont eu à cœur de participer à mettre fin au régime colonial et d’édifier les bases d’une société de progrès.

 

Dès les premières années de l’indépendance, Benzine et ses compagnons ont dû faire résistance encore contre l’autoritarisme des nouveaux dominants. L’un des coups féroces reçus en a été la mise à mort du quotidien “Alger Républicain”, un journal qui a lutté contre la colonisation, avec des plumes combatives et de talent : Henri Alleg, Albert Camus, Kateb Yacine, Mohamed Dib, et bien d’autres.


Pluralité de pensée des figures de la Révolution

 

Je disais "commémorité" tout à l’heure, c’est pour caricaturer un autre ressort du "fleuve détourné" qui a travaillé ce demi-siècle d’indépendance. La tendance est de gommer la pluralité de pensée et de conviction des figures de la Révolution. L’image frappante est qu’à la gloire de certaines figures du mouvement national, des budgets faramineux de commande d’État pour des réalisations de films sont débloqués sur décision de "comité de lecture/censure" reclus au "Château". On disait en 1962 "Un seul héros le peuple", une production d’icônes est venue bétonner des héros Batman, à l’image trafiquée / usurpée des nouveaux dominants. C’est à croire que ces héritiers-là ont résolument recherché aussi l’éradication de tout espoir chez les Algériens. L’Algérie d’aujourd’hui nous montre hélas qu’ils ont bien réussi leur coup. Reconnaissons aux dominants du pouvoir politique, des armes et de l’argent qu’ils ont réussi aussi à s’allier de bons scénaristes pour leur mise en scène.

 

Un signe est frappant des causes de désespérance qui inhibe la société algérienne : quand, dans la capitale Alger, de nombreuses tentatives de marches pacifiques pour des revendications de droits humains sont férocement réprimées, 50 ans après l’indépendance, on a toutes les raisons de penser que l’espoir au moteur du combat pour l’indépendance s’est éteint.

 

Pessimisme, mais en même temps notre humanité nous met en devoir de ne pas désespérer. Cet "optimisme de la volonté" se fonde sur deux socles solides au moins. Un : l’histoire nous apprend que toutes les idéologies dominantes du moment viennent à se dégonfler en ballon de baudruche. Le fatras d’idéologie, injecté par le FLN dans les appareils idéologiques d’État (école, mosquée, médias, etc.), a suivi cette déchéance dans la production et la circulation des valeurs symboliques de la société algérienne, notamment depuis le séisme d’Octobre 1988. Dans le fond, avec Internet et les réseaux sociaux, les miasmes qui en restent sont au même titre que ceux de l’intégrisme islamiste, mis au ban des attentes de la nouvelle société algérienne. Deux : comme tout corps sain, l’Algérie continuera à fabriquer ses ressources de résistance aux nouvelles formes d’oppression.

 

Propos recueillis par Hafida Ameyar, 18 juillet 2012. Liberté

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