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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Le sociologue Addi Lahouari est interviewé par Hafida Ameyar dans Liberté du 7 mai 2012.

 

Extraits

 

Vous abordez également la question de la modernité en Algérie et insistez sur la nécessité d’une “réflexion audacieuse et profonde”. Que voulez-vous au juste ?

La construction de la modernité n’est pas une phase historique aisée comme l’attestent les expériences européennes des siècles passés. La modernité remet en cause nos représentations et suscite des peurs, notamment celle de perdre notre identité. Je prendrais deux exemples. L’islamisme est l’expression de la peur que dans l’Algérie moderne où l’individu serait libre et la femme serait juridiquement l’égale de l’homme, l’islam disparaîtrait. En tant que sociologue, j’affirme que c’est une peur infondée. Dans une Algérie moderne, les Algériens vivront leur foi sur la base de la liberté de conscience. L’islam n’aura pas disparu mais le vécu religieux changera.

L’autre exemple est le DRS qui est l’expression de la peur des militaires qui pensent que s’ils ne contrôlent pas le champ politique par ce service, le pays éclaterait ou la paix civile serait en danger. En tant que sociologue, je dis que c’est une croyance infondée. L’unité nationale est désormais irréversible et la société contient en elle-même un puissant désir de paix civile. Le champ politique algérien peut comporter des partis politiques autonomes sans que la nation soit en danger.

En votre qualité de sociologue, quel regard portez-vous aujourd’hui sur la société algérienne ?
Le sociologue n’a pas de regard sur son objet ; il a une analyse sur son objet. Cependant, en tant qu’universitaire engagé, j’ai un regard. Pour moi, l’Algérie, c’est 70% de malentendus et 30% de sérieux problèmes culturels, économiques et politiques (10% chacun). Les Algériens ont besoin de débattre entre eux publiquement et sans tabous des questions comme l’islam et la sécularisation, la question linguistique, l’égalité entre femmes et hommes, les conditions politiques de l’État de droit, la corruption, la justice, le niveau du salaire en rapport avec la productivité, le rapport à l’histoire, le Sahara occidental, etc. Si ces débats sont menés dans les médias comme la radio et la télévision, il y aura une décantation et le champ politique se divisera sur de vrais enjeux en rapport avec les intérêts idéologiques des uns et des autres. À titre personnel, je suis pessimiste pour le court terme mais optimiste pour le long terme.

 

Texte intégral : Liberté

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