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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Contrainte par l'explosion de ses importations alimentaires, l'Algérie vise l'autosuffisance

 

par Antony Drugeon

 

L’agriculture, parent pauvre de l’économie algérienne ? Le potentiel du secteur, sous-exploité, intéresse le ministre de l’Agriculture, qui rêve de réduire de 30% la part des importations dans les dépenses alimentaires nationales.

 

C’est tout le paradoxe algérien : alors que le pays exporte du pétrole et du gaz, notamment à la France (son premier partenaire commercial), le solde commercial franco-algérien est nettement favorable à Paris… En 2011, c’est € 1,3 milliard d’excédent commercial que la France a enregistré dans ses échanges avec l’Algérie. Derrière les biens d’équipement, les produits agricoles et agroalimentaires, emmenés par les céréales et les produits laitiers (50 % des importations agroalimentaires), y sont pour une part non négligeable. Toutefois, ils sont encore loin derrière les biens d’équipement, qui représentaient 39 % des importations algériennes en 2010, contre 15 % pour les biens alimentaires.

La situation n’est a priori pas alarmante, d’autant que la balance commerciale algérienne est largement excédentaire. Mais cela est dû aux recettes pétrolières, qui constituent 97 % des exportations algériennes, tandis que les importations de biens agricoles et agroalimentaires sont clairement orientées à la hausse : + 59 % au premier semestre 2011, du fait de graves carences en blé.

 

Acheter la paix sociale en maîtrisant le prix du pain

 

Or les autorités algériennes s’attendent à voir augmenter la demande en produits agricoles au cours des prochaines années. « La croissance de la demande (de produits agricoles) est beaucoup plus forte que la croissance démographique et de l’offre », a officiellement averti le secrétaire général du ministère de l’Agriculture, Sid Ahmed Ferroukhi.

L’indépendance alimentaire algérienne devient un objectif affiché du gouvernement, alors qu’une hausse non maîtrisée du coût de l’alimentation de base pourrait être source de troubles politiques, surtout depuis les exemples données par les révolutions arabes. Rachid Benaïssa, le ministre algérien de l’agriculture, a fixé fin avril, lors du 10e Salon international de l’agroalimentaire et de l’agriculture Djazagro/Djazagri, à Alger, l’objectif de réduire de 30 % la part des importations dans la consommation alimentaire nationale, en favorisant l’investissement dans ce secteur. « Notre priorité est d’accroître les investissements agricoles», a répété à l’envi R. Benaïssa jusqu’en mai, vantant les « conditions vraiment favorables » pour investir tout particulièrement dans l’agriculture et l’agroalimentaire.

 

Une production de blé insuffisante

 

La hausse de la facture des importations alimentaires algériennes n’est pas due qu’à une hausse du prix de ces matières premières, puisqu’une hausse en volume des importations est également à signaler. Les importations agricoles sont ainsi passées de 6,8 millions de tonnes en 2000 à 11,55 Mt en 2011. Une hausse tirée en particulier par le blé, dont les importations ont atteint sur les dix premiers mois de 2011 un record de 6,35 Mt, contre 4,52 Mt en 2010. En valeur, cette hausse des importations de blé s’élève à + 139,9 %, passant de $ 1,02 milliard à 2,42 milliards.

Dans la filière laitière, la situation est elle aussi alarmante. « Actuellement, l’Algérie importe autour de 50 % de ses besoins en lait et produits laitiers », s’inquiète Rahal Karim, professeur au département de vétérinaire de l’université de Blida, interrogé par El Watan.

Avec près de 25 % de la population active occupée dans l’agriculture, le déficit de production agricole tient davantage d’une carence en investissement, d’où les tentatives répétées de R. Benaïssa d’encourager l’investissement agricole.

 

Le poids des micro-exploitations

 

Le ministre a ainsi brandi la réforme du foncier de 2010, par laquelle l’État accorde un terrain par concession de 40 ans en contrepartie de l’acceptation par l’agriculteur d’un cahier des charges encadrant la modernisation de l’exploitation ; des dispositifs d’accompagnement technique et financier doivent y contribuer. Les crédits à taux zéro R’fig et Ettahadi, destinés aux exploitants agricoles lançant de nouvelles exploitations et activités d’élevage, sont les arguments-clé du ministre. « Tout l'environnement a changé », s’est ainsi félicité le ministre.

Si les nouveaux dispositifs de subvention et de crédit mis en place par le gouvernement font relativement consensus, la lacune serait sur l’accompagnement technique : « le producteur n’est pas soutenu sur le plan technique et ne cherche souvent pas les moyens d’améliorer les performances de sa production », regrette R. Karim.

Conséquence : certaines micro-exploitations produisent à des coûts élevés. « 90 % de nos producteurs ne sont pas spécialisés dans le domaine de la production, ils font cela avec d’autres activités complémentaires, explique R. Karim. La petite taille de ces exploitations les oriente vers des cultures hors-sol, ce qui les oblige à acheter cette nourriture qui coûte cher sur le marché, et qui réduit d’autant plus la marge bénéficiaire. »

 

Gaspillages

 

Dans d’autres cas, l’investissement est excessif, de l’avis d’Adel Djallal, membre du laboratoire de biotechnologie de la reproduction animale de l’université Saâd Dahlab de Blida :

« Le rendement d’une vache Holstein peut atteindre 12 000 litres de lait annuellement alors que nous n’utilisons, en réalité, que 30 à 40 % de ce potentiel de production et ceci pour les meilleurs élevages. […] On paye finalement un potentiel sans pour autant le rentabiliser. Il serait plus judicieux d’opter pour l’importation de vaches de race mixte, laitière et viandeuse, à potentiel laitier moins important, mais avec une rusticité et une résistance aux maladies plus importante. »

Car l’investissement public en soutien à l’agriculture n’en est pas à ses balbutiements, depuis le Plan national de développement agricole lancé en 2000, jusqu'au plan quinquennal 2010-2014. Tout l’enjeu est donc désormais d’orienter l’investissement vers un renforcement effectif de la productivité.

 

Antony Drugeon, 15 mai 2012. Marchés tropicaux

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