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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

DR-Lahouari Addi est sociologue, professeur invité au Center for Contemporary Arab Studies à Georgetown University à Washington DC (Etats-Unis).

 

 

 

El Watan, 9 février 2013 

 

 

 

Amar Saadani, secrétaire général du FLN, a ouvertement critiqué le général de corps d’armée Mohamed-Lamine Médiène dit Toufik, directeur du Département du renseignement et de la sécurité (DRS). Pourquoi ces critiques sont-elles faites maintenant ? Existe-t-il un lien avec la prochaine élection présidentielle ?

Lahouari Addi. Avant de répondre à vos questions, il faut rappeler quatre caractéristiques du système de pouvoir algérien. Premièrement, il a sa propre rationalité héritée de l’histoire. Deuxièmement, il est opaque et, pour le connaître, il faut analyser les symptômes étalés dans la presse nationale. Troisièmement, l’armée est au cœur de ce système de pouvoir. Quatrièmement, elle (l’armée) interdit aux Algériens de faire de la politique parce qu’elle considère que la politique divise le peuple. Elle a mis sur pied un service – le DRS – qui régule le champ politique en noyautant les partis, les syndicats, les médias, etc. Mais en interdisant la politique, l’armée se politise et c’est ainsi que des généraux, certains appartenant au DRS, ont été critiques de ce dernier service. La crise couvait depuis des années et elle a éclaté au sein de l’état-major après l’attaque terroriste contre le complexe d’In Amenas (janvier 2013, ndlr). Il y a eu alors un réajustement opéré par l’état-major qui a restructuré le DRS, en juin dernier, avec la mise à l’écart de Tartag, de Fawzi, de Mehanna, etc. Il a été en somme reproché au DRS d’être plus efficace à surveiller les syndicats autonomes et Ali Yahia Abdennour qu’à protéger les complexes pétroliers.

 

 

Sommes-nous face à une lutte de clans autour de l’élection présidentielle qui déborde sur l’espace public ?

Il n’y a pas eu de lutte de clans, il y a eu un réajustement dans l’organigramme de l’armée. Il faut rappeler que le DRS est un service qui dépend de l’état-major au même titre que la marine, l’aviation, les transmissions, la gendarmerie, etc. La lutte contre la violence islamiste dans les années 1990 avait donné un grand poids politique au DRS, qui avait pris de l’ascendant sur l’état-major. Un colonel à la tête d’une unité opérationnelle avait peur d’un lieutenant du DRS, pourtant son subordonné. Il pouvait faire sur lui un rapport l’accusant de sympathies pro-islamistes. Cette situation ne pouvait plus durer parce qu’elle remettait en cause le principe même de hiérarchie des grades sur lequel repose l’armée. Par ailleurs, les officiers de la troupe nourrissaient un ressentiment à l’égard de leurs collègues du DRS quant à leur situation sociale. Un commandant du DRS possède un restaurant à Alger sous le nom de son cousin, il est associé avec son beau-frère dans une affaire import-import, et il est propriétaire d’une villa à Blida louée à une entreprise étrangère sous le nom de sa femme. A l’inverse, un colonel qui commande une unité de blindés à Tindouf, vivant de son traitement, n’a pu faire construire une maison pour sa famille à Bouira que grâce à un prêt du service social du MDN. Les militaires sont des êtres humains comme vous et moi, et ont les qualités et les défauts des personnages des Fables de La Fontaine.

 

 

Est-il juste de conclure que le général de corps d’armée Mohamed-Lamine Médiène est hostile à un quatrième mandat pour le président Bouteflika après l’avoir soutenu par le passé ?

L’opposition de Médiène à un quatrième mandat est un écran de fumée. Bouteflika n’est pas candidat et personne, dans la hiérarchie, ne soutient sa candidature. Bouteflika attend les instructions pour se porter candidat ou pour déclarer son retrait de la vie politique. C’est une décision qui ne dépend pas de lui.

 

 

Il se dit que Saïd Bouteflika, frère du Président, fait pression pour que le président de la République actuel brigue un quatrième mandat. Quel serait l’intérêt de Saïd Bouteflika de garder son frère, malade, au pouvoir ?

Saïd Bouteflika n’a pas l’influence que lui prête la rumeur rapportée par la presse privée. Il ne lui est même pas permis de démentir les mensonges le concernant. Si Bouteflika n’a pas de pouvoir (c’est moins qu’un trois quart de Président), je ne vois pas comment son frère pourrait en avoir. Par ailleurs, les mœurs politiques chez nous font que la candidature du chef de l’Etat n’est pas une affaire de famille.

 

 

Selon vous, pourquoi Abdelaziz Bouteflika hésite-t-il encore à annoncer sa candidature pour un quatrième mandat présidentiel ? Ou faut-il penser à un retrait de l’actuel chef de l’Etat ?

Bouteflika souhaite se faire réélire parce qu’il veut mourir au pouvoir et avoir des funérailles nationales. Mais la date de son décès dépend de Dieu, qui peut décider qu’il vive encore vingt ans, et la décision de sa reconduction dépend de l’armée.

 

Source: elwatan2014.com

 

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