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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Par Abed Charef

 

 

Les résultats de l’économie algérienne durant le premier semestre 2012 sont contrastés. Si quelques paramètres, comme la balance commerciale et les recettes extérieures, se maintiennent, d’autres sont inquiétants. Mais le plus préoccupant demeure l’absence d’impact de l’action gouvernementale sur l’économie, qui reste tributaire de facteurs exogènes.

 

 

Dans la salve de chiffres sur l’économie algérienne rendus publics cette semaine, une évidence s’impose : les résultats obtenus, bons ou mauvais, doivent peu à l’action gouvernementale. Ce sont, en fait, des éléments externes, sur lesquels le gouvernement n’a aucune prise, qui ont déterminé ces résultats : il s’agit essentiellement des prix des hydrocarbures, des fluctuations monétaires internationales et de la pluviométrie. Dans les statistiques rendues publiques par l’Office national des statistiques (ONS) et les Douanes algériennes, on trouve, a contrario, des résultats décevants là où l’action du gouvernement était attendue pour impulser une dynamique, corriger des tendances, favoriser une activité ou encore freiner un dérapage.

 

Le résultat le plus attendu était celui des recettes extérieures du pays liées aux exportations d’hydrocarbures. Elles ont atteint 37,28 milliards de dollars, en légère augmentation par rapport à 2011, malgré une baisse des prix du pétrole. C’était la première bonne surprise, car les fluctuations du marché pétrolier laissaient planer une menace qui avait forcé les dirigeants algériens à évoquer la possibilité de revoir les dépenses publiques.

 

Dans la foulée, les importations ont enregistré une baisse au premier semestre 2012, la première depuis une dizaine d’années. Elles sont passées à 23,03 milliards de dollars, contre 24,29 milliards durant la même période de 2011, ce qui représente une baisse de 5,21%. Résultat direct de ces deux chiffres, l’excédent de la balance commerciale s’est amélioré pour s’établir à 15,78 milliards de dollars, contre 12,45 milliards un an plus tôt.

 

Que cachent ces chiffres ? D’abord que l’Algérie tire 97,58% de ses recettes en devises de la vente d'hydrocarbures, alors qu’elle n’a aucune maîtrise du marché. Ensuite que le dollar, monnaie quasi-exclusive des exportations algériennes, a fortement augmenté, au détriment de l’euro, monnaie d’importation par excellence. La simple fluctuation des deux monnaies dans un sens favorable à l’Algérie est à l’origine d’une partie de ces résultats, nous dit un économiste, pour qui la baisse des importations est le résultat d’une baisse de l’euro et non d’une quelconque politique gouvernementale.

 

Mais cette baisse des importations elle-même est inquiétante. Car s’il faut se féliciter d’une baisse des importations de produits agricoles, la baisse des biens d’équipement, quant à elle, constitue plutôt une alerte. L’industrie algérienne, soumise à un climat très défavorable, peine à décoller. La chute des importations des équipements industriels signifie qu’il ne faut pas s’attendre à une amélioration spectaculaire de la production industrielle à moyen terme.

 

 

Les points faibles de l’économie : informel, inflation, exportations

 

 

Le gouvernement était attendu sur d’autres terrains. Donner un coup de pouce aux exportations hors hydrocarbures, par exemple. Sur ce terrain, l’échec est patent. Les mesures bureaucratiques décidées n’ont strictement rien donné. Non seulement les exportations hors hydrocarbures restent marginales, sous le seuil des 3% du total des exportations, mais elles ont aussi baissé de 7,5% au premier semestre 2012 par rapport à la même période de 2011.

 

Il en est de même de la maîtrise de l’inflation, qui progresse de manière inexorable, d’un mois sur l’autre, depuis décembre 2011. En juin 2012, elle a atteint le chiffre record de 7,3% en tendance annuelle, un seuil que le pays n’avait pas connu depuis une décennie. Selon toute vraisemblance, elle va se maintenir au même rythme pendant au moins un trimestre.

Tous les chiffres sur l’informel indiquent, eux aussi, une tendance vers la dégradation. L’emploi dans l’informel, hors agriculture, a ainsi doublé en dix ans. Désormais, c’est presque la moitié des travailleurs qui se retrouvent dans ce cas, avec 45,6% de la main-d’œuvre non agricole, soit 3,9 millions de personnes, qui ne sont pas affiliés aux différents régimes de sécurité sociale, selon l’Office national des statistiques. Le commerce informel a atteint, quant à lui, des proportions dont les chiffres ne donnent plus vraiment une idée. La fraude fiscale, qui a fait l’objet de certaines statistiques, connaît la même évolution.

 

Mais le pire est que le gouvernement semble avoir renoncé à s’attaquer à l’informel depuis que le ministre de l’intérieur, Daho Ould Kablia, avait déclaré, début 2011, que la sagesse recommande de n’engager que les batailles qu’on est sûr de gagner. Ce qui signifie clairement que l’Algérie n’est pas armée pour s’attaquer à l’informel. Le clou a été enfoncé par le Premier ministre Ahmed Ouyahia, qui a affirmé, en mai dernier, que les forces de l’argent, d’origine mafieux, ont pris le contrôle du pouvoir en Algérie.

 

Il faut se rabattre sur la production agricole pour trouver des chiffres évoluant de manière positive. Mais là encore, c’est l’effet de la nature plutôt que la conséquence d’une politique gouvernementale. La production de céréales, qui devrait atteindre 52,8 millions de quintaux, doit peu au gouvernement. Elle est essentiellement le résultat d’une pluviométrie abondante et régulière. Conséquence directe de cette évolution, la facture alimentaire de l’Algérie a baissé de 12%, avec une pointe pour les céréales, dont les importations ont baissé d’un tiers.

 

Ces résultats montrent, au final, que le marché et la nature ont été cléments pour l’Algérie durant le premier semestre 2012. Quant au gouvernement, son bilan est plutôt mitigé.

 

 

Abed Charef, 26 juillet 2012. maghrebemergent.info

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