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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

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Israël  est l’allié des États-Unis au Proche-Orient. Tout le monde le sait. Il est chargé d’exécuter les ordres de l’empire. Mais deux plus deux ne font pas toujours quatre. Comme l’a dit José Marti, toujours visionnaire malgré le passage du temps : « En politique, le réel c’est ce qui ne se voit pas ».

 

Même si dans certains cas cela pourrait paraître scandaleux, c’est bel et bien la superpuissance mondiale qui se plie aux exigences d’Israël.

 

Washington verse à Israël une aide économique plus importante qu’à n’importe quel autre pays : plus de 3 milliards de dollars en assistance directe chaque année, et lui assure un soutien diplomatique permanent. Depuis 1982, les USA ont exercé leur droit de veto contre 32 résolutions du Conseil de Sécurité de l’ONU condamnant Israël, plus que le nombre total des vetos exercés par les autres membres du Conseil de Sécurité.

 

 

Pourquoi tant de générosité ?

 

 

En 1982, Stephen Walt, professeur de Relations internationales de l’Université de Harvard, et John J. Mearsheimer, professeur de Sciences politiques de l’Université de Chicago, publièrent l’ouvrage Le lobby israélien et la politique étrangère des États-Unis. Ils proclament que le soutien des États-Unis à Israël ne peut s’expliquer du point de vie stratégique, et qu’il tient, dans une large mesure, à l’influence politique du lobby israélien aux USA, « une coalition flexible d’individus et d’organisations qui travaillent activement à modeler la politique étrangère du pays en faveur d’Israël ».

 

Avant de procéder à toute analyse, il est bon de préciser que Juif n’est pas synonyme de sioniste, et qu’on ne saurait en conséquence associer le peuple juif aux politiques de l’actuel gouvernement israélien.

 

 

Manipuler les fils du pouvoir

 

 

Les États-Unis ont un gouvernement divisé qui offre de nombreuses possibilités d’influer sur le processus politique. Ainsi, des groupes d’intérêts concrets s’y prennent de différentes façons pour manipuler cette politique, faisant pression sur des représentants élus et des membres de l’exécutif, organisant des campagnes de contribution, votant aux élections, influençant l’opinion publique…

 

Quatre secteurs clés du pouvoir US constituent les domaines d’intervention du lobby israélien : la défense, le complexe militaro-industriel, Wall Street et les médias liés aux consortiums de l’armement, pétroliers, financiers et technologiques, via un enchevêtrement infini de réseaux et de vases communicants.

 

C’est le cas des quotidiens The Washington Post, The New York Times et des principales agences et chaînes de radio et de télévision, dirigés par des membres proéminents de la communauté juive des États-Unis.

Ils ont formé une impressionnante série d’organisations prêtes à influer sur la politique étrangère US, dont le comité Israélo-Nord-Américain des affaires publiques (AIPAC) est le plus puissant et le plus connu.

 

L’argent joue un rôle clé dans les élections aux États-Unis, et l’AIPAC prend garde de faire en sorte que ses amis au Congrès reçoivent un soutien financier puissant de la part de la myriade de comités d’action politique pro-israéliens. Par ailleurs, ceux qui pourraient être considérés comme hostiles à Israël peuvent être certains que l’AIPAC dirigera et financera la campagne de leurs opposants politiques.

 

Le lobby a également une influence significative sur la branche exécutive. Même si aux élections présidentielles les votants juifs ne représentent que 3% de la population, ils font d’importants dons aux campagnes des candidats des deux partis. Le Washington Post estime que les candidats démocrates à la présidence « dépendent jusqu’à 60% du soutien financier juif ». Et qui est plus, les votants juifs sont concentrés dans des États clés tels que la Californie, la Floride, l’Illinois, New York et la Pennsylvanie.

 

 

Le lobby décide-t-il ?

 

 

Le lobby s’est appliqué à contrôler les principaux domaines de la politique étrangère US, notamment la politique proche-orientale du pays. Il est notamment parvenu à convaincre les dirigeants des États-Unis de soutenir Israël dans sa répression contre les Palestiniens, et de s’en prendre à ses principaux adversaires dans la région : l’Irak, l’Iran et la Syrie.

 

Gabriel Ash, qui collabore au Yellow Times, s’est dit inquiet de la présence écrasante de l’AIPAC au Congrès et de la tendance générale des représentants à obéir à ses ordres.

Ash a déclaré à Granma que, même s’il estime que le conflit qui oppose les États-Unis et l’Iran répond à des intérêts géopolitiques, et que l’AIPAC n’est pas derrière les agressions contre ce pays, cette organisation constitue un moyen à travers lequel les raisons stratégiques se traduisent en politiques publiques.

 

« L’AIPAC s’est chargé pendant plus d’une décennie de sonner l’alarme sur la menace iranienne, ce qui contribue à créer un certain climat au pouvoir exécutif, notamment au Pentagone, et il risque d’augmenter l’escalade ».

On ne parle pas de menaces contre l’Iran sans mentionner Israël. En 2007, Walt et Mearsheimer signalaient que « si les États-Unis lancent une attaque contre l’Iran, ils le feront au profit d’Israël, et une part de la responsabilité retombera sur le lobby, pour avoir encouragé cette politique ».

 

Dans des déclarations à Granma, Ash a signalé que même si cette affirmation date d’il y a quatre ans, « rien n’a changé depuis. Les groupes les plus importants au sein du lobby en faveur d’Israël figurent parmi les voix les plus fortes qui demandent aux USA de durcir les sanctions contre l’Iran, et de recourir à la force, si nécessaire ».

 

L’influence de l’AIPAC dans la conduite quotidienne de la politique des États-Unis est si puissante que le sénateur démocrate de la Caroline du Sud, Ernest Hollings, a déclaré en quittant son poste : « Il ne peut y avoir de politique envers Israël qui ne soit pas tracée par l’AIPAC ». Le Premier ministre israélien Arien Sharon avait même déclaré un jour publiquement aux États-Unis : « Si vous voulez aider Israël, aidez l’AIPAC ».

 

Avec l’avènement du président Barack Obama, les liens semblent s’être encore resserrés. La base de soutien financier d’Obama s’est développée, allant jusqu’à inclure quelques juifs américains parmi les plus riches dans le Midwest, dont Lester Crown.

À présent, son administration compte plusieurs membres « illustres » de ce lobby, comme Rahm Emanuel, chef de cabinet de la Maison-Blanche ; David Axelrod, conseiller spécial ; et Lawrence Summers, principal conseiller économique.

 

En 2011, le président Obama a assisté à la conférence annuelle de l’AIPAC. Jusqu’à l’arrivée de William Clinton, aucun président en exercice des États-Unis n’avait accepté une invitation à la réunion annuelle du lobby israélien.

 

Mais Obama avait choisi cette voie dès le début, et la première chose qu’il a faite, après avoir obtenu la nomination de son parti, a été de se rendre à la Conférence de l’AIPAC pour prononcer un discours qui a battu tous les records en matière de servilité et de flagornerie.

« (…) nous ne pouvons pas céder, et en tant que président et je ne ferai jamais aucun compromis lorsqu’il s’agira de la sécurité d’Israël ». Et d’ajouter : « L’une des nombreuses choses que j’admire dans l’AIPAC, c’est que sa lutte pour cette cause soit conduite par de simples citoyens (...) afin de faire en sorte que le lien entre Israël et les États-Unis soit enraciné dans des valeurs partagées et les histoires de nos peuples plus que dans les intérêts nationaux (…) Ceux qui menacent Israël nous menacent (…) Israël a toujours fait face aux menaces sur les lignes de front. (…) Notre engagement envers la sécurité d’Israël est inébranlable (…) Je ferai en sorte qu’Israël puisse se défendre contre toute menace, de Gaza à Téhéran (…) Il n’y a pas de plus grande menace pour Israël et pour la paix et la stabilité dans la région que l’Iran ».

 

Il a encore répété ce scénario cette année.

 

L’AIPAC a appuyé la guerre contre l’Irak et n’a pas cessé de faire pression en faveur d’un conflit avec l’Iran. Qui vivra verra, comme dit le dicton. L’omniprésence et l’omnipuissance du lobby juif ne sont plus à démontrer.

 

 

Dalia Gonzalez Delgado, 21 décembre 2011, Granma, La Havane

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