Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Saoudi Abdelaziz

La chronique du condjador (8)

 

 

 

C’était le filet d’une certaine catégorie d’amateurs de pêche de rivage. Sous d’autres cieux, la zaraka est appelée épervier. Comme des guetteurs, les mordus de zaraka pouvaient passer des heures à scruter la surface des eaux, entres les rochers, à attendre un petit mouvement de tchalba et de bouri. Par mer calme ou houleuse, qu’il neige ou qu’il vente, le pêcheur à la zaraka patiente. Il n’est satisfait que lorsqu’il jette sa zaraka et la voit s’étaler en s’ouvrant en l’air et envelopper un petit banc de poissons. Il la ramène ensuite pleine de poissons qui se débattent, piégés dans les mailles de la zaraka. Leurs vibrations lui traversent tout le corps, transmises par le fil attaché au poignet de sa main qui le relie à sa zaraka.

 

  Le filet sur mesure

 

Mais, même lorsqu’ il n’y a pas de poisson à pêcher à la zaraka, ces mordus la jette pour     rien, au moins une fois. Pour le plaisir, car cette petit activité occasionnelle procure à son amateur à la fois un passe temps agréable et un plus de poisson à la famille. Cette activité était transmise généralement par initiation, elle demande en effet un petit apprentissage du mouvement de jeté. Les mordus de la zaraka exerçaient différents métiers. Cette passion n’était pas spécialement réservée au cercle des marins.

 

La vrai zaraka, filet de pêche traditionnel, était fabriqué à la main par le condjador, qui y passait plusieurs jours. Il tressait les mailles avec un gabarit en bois, pour avoir les mesures voulues de la longueur des mailles, un travail de précision. Les mailles du filet sont fabriquées l’une après l’autre. La longueur de la zaraka traditionnelle est égale à la taille de son utilisateur, son diamètre est de 4 mètres environ. De forme conique, la zaraka est donc un outil de pêche personnalisé dans ses dimensions et dans son poids. Une zaraka ne ressemblait pas à une autre.

 

Tout ça c’est du passé, du folklore !

 

Maintenant la zaraka est vendue dans le commerce. Elle est faite de nappes de filet en plastique, avec un diamètre d’ouverture plus grand pour ramasser plus. Les zarakas du commerce sont toutes pareilles. Le filet traditionnel en coton était conçu pour pouvoir, à son ouverture, s’étaler entre les rochers, là où les poissons viennent brouter les algues.

 

De jeunes débrouillards, diplômé universitaire, faute de pouvoir sortir en mer et de travailler comme moussaillons, achètent une zaraka. On les voit de bon matin au port de Boudis, à la rentré des ring-nets, au moment ou les marins rangent le filet sur le quai, et l’étale pour le nettoyer des dernière sardines resté accroché à ses mailles. Ces restes sont alors une sorte d’appât pour les poissons qui viennent habituellement  s’alimenter autour du quai et sous les bateaux. Les jeunes, jette sans arrêt leurs zarakas modernes, sans attendre comme les anciens que le poisson brille entre les rochers et reflète la lumières du soleil levant. Mais pour ces jeunes universitaires au chômage, c’est comme si c’était la course à la finance, avant que la source ne soit tarie.

 

Les pêcheurs à la ligne  et au lancer sont leurs premières victimes de cette sorte de concurrence délayable. Au port, j’ai assisté à des pêches à la zaraka, où pour deux heures de jeté on ramasse 60 kilogrammes. La moyenne journalière est de 20 kilogrammes, mais seulement pendant  l’été. De telles quantités ne sont obtenues qu’au port de Boudis. Le poisson le plus présent est l’étoile (nadjma). Le mulet se fait de plus en plus rare ; très demandé par les touristes, son prix est monté à 500 dinars cet été.

 

 

 

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article