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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

La chronique du condjador (35)

 

 

 

Les gens chargé d’appliquer les lois  n’acceptent nos avis que lorsque nous sommes d’accord. En cela ils s’inspirent de la médecine moderne. Mais, un suppositoire par jour ça passe, mais tout le paquet à la fois cela fait mal.

 

Prenons le cas de l’huissier de justice. On le sait, son travail est très différent de celui de l’ouvrier. Les administrations prennent tous les gens pour des menteurs. Ils exigent des preuves matérielles, c’est à dire du PV d’huissier.

 

L’huissier est donc l’œil du juge et des administrations. Son métier est de relater les faits contre argent content. Faute d’argent, on est donc toujours menteur. Pour l’huissier, la vérité est donc payante.

 

Mais, la vérité est plus chère à la périphérie de la ville qu’au centre, car le prix à payer augmente avec la longueur du déplacement de ce serviteur de la Justice. Conclusion : l’accès à la vérité est soumis à un barème.

 

Contrairement à l’huissier, la longueur du déplacement est une charge pour l’ouvrier. Il lui faut payer le bus ou l’essence pour sa mobylette. En plus, le condjador est soumis à la dictature du soleil, il n’a pas le droit de perdre des heures de travail le matin, il a besoin de lumière pour remailler les filets et doit donc commencer de bonne heure. C’est la clémence de la météo qui rentabilise les journées du condjador. L’huissier, lui, ne dépend que du tribunal et de ses réseaux pour rentabiliser son temps.

 

C’est grâce à son filet de pêche que le marin tire des produits qui seront ensuite vendus et transformés en argent donné à l’huissier, ce qui lui servira d’abord à graisser la patte de son « entourage », puis à acheter du papier A4, qu’il vendra 1500 dinars la pièce après l’avoir fait tamponner chez le procureur de la république.

 

Mais, diront certains, l’huissier produit de la richesse au profit de l’Etat.

 

Et c’est là le cauchemar. On se dit que cette mascarade juridique va s’arrêter aux premières lueurs d’un nouveau jour. Mais en réalité cette bureaucratie à la con ne fait que se ramifier. L’Etat a fragmenté les rues en impasses et en couloirs étroits. Avant, le citoyen se fracassait la tête sur le mur, maintenant, il se fait écraser comme un citron dans d’étroits couloirs coniques, finissant dans une sorte de nasse.

 

On peut donc dire que la différence entre ce pêcheur et l’huissier de justice c’est que l’effort du marin augmente la production de poissons tandis que l’effort de l’huissier de justice diminue la production de l’espoir, que chacun porte en lui, de ne plus être le nègre de personne.

 

Plus la part de l’huissier de justice augmente, plus le malheur du citoyen est en hausse. Pour les marins c’est le contraire : plus la pêche et bonne et plus  le prix de la sardine diminue, cassant les prix de la viande rouge et du poulet. Le marin pêcheur ne cause jamais de malheur à ses semblables ouvriers.

 

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Phil 03/02/2012 18:28

Excellent article et très bien écrit ...