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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Zanettacci, Comolli, Siriazulli, Cachitolo. Ces noms, aux terminaisons adoucies de voyelles i et o, étaient jadis courants à Jijel. Chassés de chez eux par la misère ou fuyant la peste brune du fascisme, des Italiens s’installèrent sur la côte de l’Est algérien.

 

Au début de la deuxième guerre mondiale, des Européens furent arrêtés par la police : ils étaient italiens. L’Italie, alliée des Allemands faisait partie de l’Axe. Ils n’étaient pas naturalisés. C’était peut-être pour cela que les Jijéliens distinguaient houm’th Enssara et houm’etaliane pour distinguer leurs quartiers respectifs.

Ils étaient tailleurs, pâtissiers, mais beaucoup d’entre-eux étaient pêcheurs. Chez nous, houm’th etaliane se situait sur la rue Didouche-Mourad, ex rue de L’Yonne.

 

Chpernouk

 

Le passage des Italiens à Jijel a laissé ses empreintes. On continue aujourd’hui encore, bien après leur départ, à désigner les repères des viviers de poissons par des noms à connotation italienne : casa bianque, grégoire, Maria, etc. Et à nommer certains poissons en dérivé du sarde ou du sicilien : sardina, santa maria, len’pouk, chpernouk, fradech… Les Italiens nous ont transmis le savoir faire de leur art culinaire. La pâtisserie jijélienne est très prisée par les fins gourmets. A Jijel, les spaghettis, où l’ail et le cèleri prédominent, semblent être mijotés par des mammas.

 

Pizza chorba

 

Beaucoup d’estivants de passage à Jijel apprécient notre pizza (dite pithzz) préparée toujours à l’ancienne et seulement avec les ingrédients originels : farine, olives noires, tomate et naturellement anchois. La pizza est tellement ancrée dans les mœurs que le Jijélien qui se respecte ne peut passer les trente jours du ramadhan sans qu’ils soient trente jours pizza-chorba.

Ceux de ma génération ne peuvent oublier les escabèches servis froids, les macaronis aux arapètes (merchel) venus de Toretta ou les macaronis au poulpe levé à Scala. Ces plats du pauvre aidaient à surmonter le dur quotidien. En outre, pour ajouter encore une touche italienne, certains Jijéliens continuent toujours à utiliser th pour dire oui, th-th pour dire non.

 

Hamid Fradj, 22 août 2001. Jijel Infos

 P.S. Après cette incursion dans la mémoire, qui ne se veut pas oublieuse, une blague bien de chez nous. Un pêcheur à la ligne-un passant curieux. Le curieux : bonjour ! ça touche ? Le pêcheur : Ah !cher frère, le poisson est devenu tellement fine bouche que même un appât de mille-feuilles ne le tenterait pas.

 

Note

 Hamid Fradj, décédé depuis, était membre de l’équipe de l’hebdomadaire local bilingue Jijel-Infos, qui a paru durant tout le deuxième semestre de 2001. Ce journal fondé, par Saoudi Abdelaziz, a cessé de paraître, victime du boycott publicitaire de l’Anep et des gros annonceurs locaux, à l’instigation des services de sécurité.

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