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Publié par Saoudi Abdelaziz

 
 
 
 
 

 

"Les Mystères de la gauche, de l’idéal des Lumières au triomphe du capitalisme absolu", c'est le titre du petit livre de Jean-Claude Michéa a publié en mars dernier, chez Climats, son éditeur habituel. Depuis que j'ai commencé à suivre cet auteur dans les années 90, j'ai noté que les rapports aux médias du philosophe obéissent aux normes qui sont appliquée à Guy Debord, son prédécesseur en subversion philosophique, dont je possède tous les ouvrages. Lorsqu'ils publient quelque chose, on en parle, toujours avec considération et respect, puis on fait retomber le voile du silence, entrecoupés de resucées rageuses d'aspirants médiatiques qui veulent se faire bien voir par les dispatcheurs.

Quand un philosophe comme Michéa est interviewé, s'il ne court pas vraiment le risque que ses propos soient tronqués, il n'est évidemment pas maître des titres. «Pourquoi j’ai rompu avec la gauche». C’est ainsi que Marianne titrait de manière étriquée un entretien avec Jean-Claude Michéa, l'extraordinaire richesse de la démarche du philosophe. Le titre de l'interview dans  l'Humanité s'efforce davantage de capter la substance : «Pas de société socialiste sans valeurs morales communes». Dans une note suivant l'interview, le journal précise prudemment à propos du rejet du concept de gauche: "Mais, attention, ce n’est pas là un jugement abstrait, encore moins une concession au « ni gauche ni droite » de l’extrême droite ou d’un quelconque centrisme. Il n’a de sens que par rapport à un enjeu : la sortie du capitalisme, qui reste la boussole du philosophe". C'est d'ailleurs sur ce rejet de la validité du concept de gauche que Jean Claude Michéa est sommé de s'expliquer d'emblée (extraits):

 

"Le nom de gauche ne me paraît plus suffisamment rassembleur aujourd’hui. Pour deux raisons, l’une conjoncturelle, l’autre structurelle. La raison conjoncturelle, c’est que trente ans de politique mitterrandiste ont massivement discrédité ce nom aux yeux des classes populaires.

Pour un nombre croissant de gens, et notamment dans cette France « périphérique » abandonnée et méprisée par les élites, il se confond désormais, avec ce libéralisme culturel – omniprésent dans le monde du show-biz et des médias – qui ne représente que la face « morale » de l’économie de marché. L’autre raison, c’est qu’au XIXe siècle, la droite, ou « parti de l’ordre », désignait d’abord les nostalgiques de l’Ancien Régime et du pouvoir absolu de l’Église, alors que la gauche, ou « parti du mouvement », regroupait essentiellement les « classes moyennes » – depuis la grande bourgeoisie libérale et industrielle jusqu’à la petite bourgeoisie jacobine et républicaine. Quant au mouvement ouvrier, il ne songeait, à cette époque, qu’à préserver sa précieuse indépendance politique et culturelle.

C’est pourquoi Marx ne s’est jamais défini comme un homme de gauche ! Ce n’est que lors de l’affaire Dreyfus, face à la menace imminente d’un coup d’État réactionnaire, qu’un compromis historique dit de « défense républicaine » s’est noué –  sur des bases au départ strictement défensives –- entre cette gauche originelle et le mouvement ouvrier socialiste. Ce compromis défensif – réactualisé dans les années trente face au péril fasciste – avait évidemment ses vertus et il reste à l’origine de la plupart de nos conquêtes sociales – du Front populaire à la Libération. Le problème, c’est qu’au fur et à mesure que la vieille droite « historique » disparaissait du paysage politique – la droite moderne ne se réclame plus de l’Ancien Régime, mais bel et bien du libéralisme économique des Lumières –, il était condamné à perdre peu à peu sa cohérence initiale.

Car l’ennemi principal des peuples, aujourd’hui, ce n’est évidemment plus « l’alliance du trône et de l’autel ». C’est l’accumulation illimitée du capital, c’est-à-dire ce processus d’enrichissement sans fin de ceux qui sont déjà riches, dont la critique définissait le sens même du projet socialiste.

En validant progressivement l’idée que cette critique conduisait inexorablement au « goulag », la gauche se condamnait donc à redevenir ce simple parti du « progrès » et du « mouvement » comme fin en soi qu’elle était déjà avant l’affaire Dreyfus. C’est ainsi qu’on est logiquement passé de l’idée qu’« on n’arrête pas le progrès » à l’idée, aujourd’hui dominante, qu’on n’arrête pas le capitalisme".

 

"LA RICHESSE ET LE POUVOIR NOUS COUPENT DE NOS SEMBLABLES"

 

 

 

 
 
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