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Publié par Saoudi Abdelaziz

La chronique du Condjador (47)

 

 Jijel, le 20 mai 2012

 

 

Ces nouveaux débarquent à la tombée de la nuit, dans notre missa à la réputation respectable. La peur de rester isolés sous un buisson les pousse à se joindre à notre groupe, qui, par l’ancienneté ou par l’expérience de ses membres, inspire confiance et sécurité. La sekra semble apporter du bien à ces personnes.

 

 

 On s’attend toujours, à voir surgir un de ces intrus, quand le soir tombe. Sur quel sujet va-t-il se brancher ? Cela peut être un blagueur qui va enflammer la soirée, mais nous avons parfois écouté des confidences d’un genre un peu particulier, celles d’un terroriste repenti, d’un policier démissionnaire, d’un gendarme licencié, d’un militaire sorti des rangs sans attendre les galons.

 

 

J’évoque ces gens, parce qu’ils ont en commun d’avoir tous quitté leurs fonctions pendant la Décennie Noire. Ils partagent le même caractère, d’après mon analyse. Ils ont la fibre rebelle et un grand penchant pour l’anarchisme. Ils s’en foutaient du nationalisme et de l’amour de la patrie, ils se sont engagés pour une paye assurée et les avantages de la fonction. Le terroriste qui, lui, était bénévole, s’était repenti dès que la chance lui a souri, dit-il. Il était jeune et voulait un changement dans sa vie et être terroriste c’était la mode des années 90. Le point commun de ces quatre histoires c’est qu’elles sont racontées avec presque les mêmes mots à la fin des confidences : « je n’accepte pas de mourir pour un supérieur bien protégé dans sa villa », « je ne veux pas qu’ils clôturent avec ma personne, ya zarbo biya ».

 

 

Cette génération, celle du Condjador, est celle aussi des immolés, ces brûlés vifs qui essayent de reconquérir la place de humain. On ne veut plus être un chiffre ou un numéro, un fait divers qu’on jette dans des archives non consultables ou inaccessibles. Toutes ces personnes, que le hasard m’a donné l’occasion de rencontrer, veulent la justice dans la vie ou la justice dans la mort, avec l’espoir d’abolir demain ces nouvelles castes non déclarées, celles des pachas et de leurs serviteurs.

 

 

Il faut faire tomber le rideau sur la pièce théâtrale, me dira un de ces invités d’après le coucher du soleil, il faut terminer.

 

 

 

Le Condjador, Jijel, 20 mai 2012

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