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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

K. Selim rapporte aujourd’hui dans son éditorial ces propos de Noam Chomski : « La propagande est à la démocratie ce que la violence est à la dictature».

 

 

 

FAUSSES EVIDENCES, VRAIS MENSONGES

 

par K. Selim

 

 

 La campagne de préparation à la guerre contre l'Iran, lancée depuis plusieurs semaines, gagne en intensité. Pas un jour ne passe sans que plusieurs médias occidentaux se fassent l'écho des préparatifs israéliens à une attaque des sites nucléaires iraniens ou que soient «fuitées» des informations sur la fourniture d'armements susceptibles de détruire des installations souterraines pouvant abriter des centres atomiques.

La «fabrication de l'ennemi» - c'est-à-dire la représentation déformée et très exagérée de la prochaine cible des Occidentaux - en cours depuis plusieurs mois, prend une tournure ouvertement belliciste. C'est ainsi que plusieurs journaux anglais et américains font état des «inquiétudes» américaines sur la probabilité d'une frappe israélienne dans les mois qui viennent, avant que, selon ces mêmes sources, l'Iran ne soit effectivement en mesure de produire des ogives nucléaires, ce qui sanctuariserait le pays.

Pour rappel, aucune preuve n'a été établie que l'Iran possède un programme militaire atomique et qui viendrait corroborer les «craintes» martelées comme des évidences par les médias occidentaux. L'AIEA, malgré des pressions gigantesques, n'a pas étayé ces accusations. Les experts mis en demeure de conforter les thèses occidentales préfèrent mettre en avant l'éventuel usage militaire des technologies atomiques. Il n'empêche : Téhéran, qui excipe de son droit, internationalement reconnu, de développer le nucléaire civil, a beau insister sur le caractère pacifique de son programme nucléaire, les médias relaient sans sourciller la théorie de la «menace iranienne». Le pays des ayatollahs se trouve ainsi diabolisé et désigné comme cible légitime par une propagande inlassable.

Mais ces ardeurs bellicistes sont freinées par beaucoup de cercles, y compris militaires, aux Etats-Unis et en Angleterre notamment. Ils s'inquiètent des conséquences d'un conflit avec l'Iran. Des voix discordantes, mais nettement minoritaires, mettent en garde contre la «folie» d'une aventure guerrière qui pourrait déboucher sur un conflit majeur régional et peut-être au-delà. Le quotidien britannique The Independent, dans sa livraison de samedi 4 février 2012, illustre parfaitement une situation où le conditionnement des esprits par la manipulation se heurte à un autre son de cloche beaucoup plus mesuré. Un article intitulé «Les tambours de la guerre battent plus fort à mesure que l'Iran et Israël se livrent à une surenchère rhétorique», signé par Donald Mac Intyre, est un modèle de représentation habilement biaisée de la réalité. A lire l'article, illustré par une photo de soldats iraniens, l'impression se dégage que la puissance menaçante est bel et bien l'Iran et qu'Israël est dans son droit d'envisager une agression contre son rival régional.

L'article, sur le même thème, de Robert Fisk est quasiment une lecture impitoyablement critique du papier de son confrère. Le titre, déjà éloquent - «Une attaque contre l'Iran serait une folie. Donc, ne l'excluez pas !», - est renforcé par un sous-titre explicite : «Après avoir envahi l'Irak pour des armes de destruction massive, nous avons l'intention d'applaudir aux bombes d'Israël sur l'Iran». Fisk déploie un argumentaire factuel et, de manière un peu perfide en faisant mine de s'adresser aux journalistes israéliens, se demande si les journalistes sont au service de leur journal ou du gouvernement.

Des journalistes, rares, comme Robert Fisk, en déconstruisant la manière dont on fabrique les fausses évidences et les vrais mensonges, confirment sur le fond le rôle que joue la presse occidentale. Noam Chomsky a choqué en affirmant que la «propagande est à la démocratie ce que la violence est à la dictature». Pourtant, il suffit de taper Iran sur Google pour en avoir une illustration massive.

 

K. Selim, 5 février 2012. Le Quotidien d’Oran

 

 

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