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Publié par Saoudi Abdelaziz

Le cycle de la violence est-il en train de reprendre entre les communautés irakiennes ? Proche du général David Petraeus, expert de la contre-insurrection, président du Center for a New American Security, un centre de recherche proche de l'état-major, le colonel John Nagl confiait ses espoirs, il y a une semaine, à Laure Mandeville du Figaro. (voir blog du 17/12) 

 

Ce militaire est cynique : « Les Irakiens en sont aujourd'hui à célébrer notre départ et leur souveraineté retrouvée. Mais j'espère que dans quelques mois, en 2012, ils nous demanderont de renvoyer ce corps de conseillers pour consolider cette souveraineté fragile ».

 

Souveraineté fragile ? Regardons avec Gilles Paris du Monde ce que l’Amérique démocratique a laissé à l’Irak avant de faire déguerpir ses GI’s

 

 

L'Irak, 3 196 jours plus tard...

 

La discrétion qui a accompagné le départ du sol irakien des derniers soldats américains, dimanche 18 décembre, après huit ans et demi de présence, en dit long sur la volonté des Etats-Unis de tourner la page après leur plus grand fiasco des trente dernières années sur la scène internationale.

Rarement, en effet, grande puissance se sera autant fourvoyée dans un conflit décidé à froid, dans lequel elle devait perdreune part considérable de son crédit.

Le 17 mars 2003, dans une allocution à la nation américaine, le président des Etats-Unis, George Bush, justifiait ainsi l'invasion de l'Irak qu'il était sur le point de déclencher: "Les renseignements que notre gouvernement et d'autres ont recueillis ne laissent aucun doute sur le fait que le régime irakien continue de posséder et de dissimuler certaines des armes les plus mortelles qui aient jamais été mises au point. (...) Il a aussi aidé, formé et abrité des terroristes, y compris des agents d'Al-Qaida."

L'histoire montra par la suite que le régime dictatorial de Saddam Hussein, affaibli par sa défaite lors de la guerre du Koweit, en 1991, et soumis à de nombreuses sanctions internationales, ne disposait plus d'armes de destruction massive, et que c'est au contraire à la faveur du chaos provoqué par le démantèlement des infrastructures étatiques qu'al-Qaida a pu trouversur le sol irakien un terrain propice à la guerre confessionnelle à outrance. Aux mensonges américains sur les armes irakiennes vint ensuite s'ajouterle discrédit moral engendré par la révélation des sévices endurés par les prisonniers irakiens dans la prison d'Abou Ghraib, contrôlée par les Américains, dont les images ont provoqué l'indignation du monde entier. Ce discrédit prit l'apparence d'une faillite totale à mesure qu'apparaissait au grand jour l'incapacité américaine à remettresur pied un pays dont le sol renferme pourtant des gisements pétroliers considérables.

A l'heure de ce retrait sans gloire, le bilan géostratégique de cette guerre idéologique est plus calamiteux encore : le renversement de Saddam Hussein, condamné à mort et exécuté le 30 décembre 2006, a ravivé les ambitions régionales de la République islamique d'Iran, soudain débarrassée de son pire ennemi et, par la même occasion, d'un verrou historique à l'ouest, alors que Téhéran devenait entre-temps le principal adversaire des Etats-Unis au Proche Orient.

 

Trente années infernales

 

Reste aujourd'hui un pays morcelé entre ethnies et confessions, toujours en proie à de violentes tensions interreligieuses. Un pays devenu le théâtre de l'affrontement indirect des ambitions concurrentes de ses principaux voisins, qu'il s'agisse de l'Iran, mais également de la Turquie et de l'Arabie saoudite.

Un pays qui aura expérimenté au cours de ces trente dernières années un long conflit meurtrier avec son voisin iranien (1980-1988), une guerre aérienne dévastatrice à la suite de l'invasion du Koweït en août 1990 (janvier-février 1991), un interminable embargo international, de 1991 à 2003, qui épuisa une population déjà éprouvée, sans fragiliseroutre mesure le régime, avant que ne commence une occupation américaine chaotique de plus de huit ans qui provoqua le départ d'une bonne partie de ce qu'il restait des élites.

On aimerait espérerque ces années infernales pour les Irakiens puissent appartenirdéfinitivement au passé.

Gilles Paris, 21 décembre 2011. Le Monde.fr

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