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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

L’inertie dure depuis de trop nombreux jours, révélant la nature d’ectoplasme de l’Etat, sans noyau d’impulsion nerveux et sans relais efficaces, quand surviennent des catastrophes naturelles. Après l’intervention appréciée des unités de l’ANP dans plusieurs régions, on observe, depuis hier, un début de déplacements de responsables du gouvernement vers les régions les plus touchées. Les mises en garde pressantes des articles de presse et des réseaux du net ont fait bouger les choses, mais aussi les manifestations populaires protestant, comme à Tizi-Ouzou, contre l’incurie au plus haut niveau, notamment dans l’ouverture des voies de communication, les secours d’urgence aux personnes et les approvisionnements vitaux. Il faut aussi relever, à contrecourant de l’inertie gouvernementale et wilayale, l’élan de solidarité à la base pour suppléer à cette absence d’initiative venant d’en haut, comme dans la région de Sétif.

 

Synthèse blog

 

 

 

 

Tizi-Ouzou : Solidaires des villageois, les étudiants observent un rassemblement devant la wilaya

 

 

Les étudiants de l'université Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou sont sortis jeudi dans la rue pour crier «la détresse des villageois isolés dans les régions montagneuses de Kabylie» suites aux intempéries. Ils étaient près de 300 étudiants à marcher en début de matinée depuis le portail principal du campus Hasnaoua jusqu'au siège de la wilaya.

 

Empruntant la rue Lamali, les marcheurs ont scandé des slogans hostiles aux pouvoirs publics, dénonçant leur «inertie» face à la tempête de neige qui a enclavé quasiment toutes les régions de Kabylie. «Nous sommes sortis exprimer notre colère contre les autorités qui se vantent sur les ondes de notre radio locale d'avoir réussi à ouvrir la majorité des routes, alors qu'en réalité nos familles souffrent le martyre, privées qu'elles sont de tous moyens de vie», dénonce l'un des étudiants.

 

Dans l'après-midi, les étudiants sont revenus à la charge, avec plus de mobilisation. D'Oued Aïssi, de Hasnaoua et de Boukhalfa, ils étaient plusieurs centaines à se donner rendez-vous devant le portail de l'hémicycle Aïssat-Idir. Amirouche K., membre de la CLE et résident à la cité universitaire de Boukhalfa, nous a dit que leur bus a été arrêté par les services de sécurité au niveau du pont de Boukhalfa.

 

«On a été contraints de continuer à pied», précise-t-il. Et d'expliquer que la situation des villages kabyles est au «rouge». C'est pourquoi, ajoute-t-il, «il faut que les pouvoirs publics acheminent plus de denrées alimentaires pour secourir les villageois. Plusieurs routes sont toujours fermées, contrairement aux déclarations des responsables. Une intervention par voie aérienne (hélicoptère) s'impose».

 

Aïssa Moussi, 11 février 2012. Le Temps d’Algérie

 

 

 

En attendant l’aide de l’État

 

Des villages isolés de SÉTIF et de BORDJ BOU-ARRÉRIDJ résistent grâce à la solidarité

 

 

Dans un élan de solidarité sans précédent, la population de Sétif et de Bordj Bou-Arréridj s’est mobiliséee afin de venir en aide aux habitants, de Bouandas et Tizi n’Barbar notamment, où l’on a même collecté de l’argent pour les ravitailler en denrées alimentaires.

Les habitants de Bouandas ont, dans une opération de solidarité, envoyé du ravitaillement aux habitants d’Aït Naouel M’zada, Aït Tizi et Béni Khellad. “Ici à Aït Naouel M’zada, nous sommes sans électricité, sans eau, sans vivres et nous manquons même de médicaments, heureusement que les habitants du chef-lieu de daïra ont collecté de la farine, de la semoule, des spaghettis, des légumes secs et des médicaments dont de l’insuline pour les diabétiques qu’ils ont transportés à pied dans des sacs à dos. Ils ne sont rentrés à leur maison que vers minuit”, nous a affirmé Mohamed, un habitant d’Aït Naouel M’zada, qui s’est réjoui de cet élan de solidarité.

“Le problème qui se pose avec acuité c’est l’absence de gaz butane et de fuel. Nous avons faim et nous sommes terrorisés par le froid”, s’est indigné notre interlocuteur.
Il faut noter qu’une coupure d’électricité à ladite commune a duré plus de cinq jours. Ce n’est que dans la nuit de jeudi à vendredi que le courant électrique a été rétabli. La contribution d’un industriel de la région est à souligner.

Par ailleurs, nous avons appris que pas moins de 1 000 habitants de Bouandas et Tizi n’Berber ont organisé une marche de solidarité pour venir en aide à leurs concitoyens d’Aït Tizi. En effet, ils ont collecté plus de 30 000 DA pour acheter des denrées alimentaires, qu’ils ont fait parvenir à pied à cette localité qui souffre énormément depuis plus de dix jours. Pour évacuer leurs malades dans un état grave, les habitants de plusieurs régions dont Dehamcha, Béni Fouda, Oued Bered, Lehdada, Takhroubt, Béni M’sali, Ouled Ayed, Iamranène, Taghzout, Ledjouada, Ouled, Aïn Beïda, Nemara, Cheurfa, Ouled Ayed, Aït Saïdi, Ikhanichène Hlima, Bouhsane et Idjissène, respectivement dans les communes d’Aïn El-Kébira, Draâ Kébila et Bouandas, utilisent des tracteurs ou des ânes.

À Béni Khellad (Bouandas) et Serdj El-Goul (Béni Aziz), devant l’absence de moyens de transport, une femme a accouché à la maison comme au bon vieux temps. Dans l’après-midi de jeudi dernier, à Lehdada, dans la commune d’Aïn El-Kébira, un nourrisson de cinq mois a failli mourir, à cause du manque de lait pour enfant. Nous avons appris qu’il a été sauvé in extremis par les éléments de la Gendarmerie nationale.

Trois malades souffrant d’insuffisance rénale ont été évacués à pied à la commune de Boukhlifa, dans la commune de Béjaïa, pour rejoindre ensuite le service d’hémodialyse du CHU de Béjaïa, a-t-on appris des habitants d’Aït Naouel M’zada. Dans la commune de Babor, un nouveau-né a été allaité par une voisine. “Nous devons nous prendre en charge nous-mêmes, nous avons tant attendu les aides de l’État, mais nous n’avons rien eu. Les responsables n’ont même pas pu ouvrir les routes. C’est vrai que la neige a atteint plus de deux mètres et demi par endroits mais le problème qui se pose, c’est que nos communes n’ont pas les moyens nécessaires pour faire face à ces intempéries et même les maisons cantonnières sont des structures sans âme”, nous dira un autre habitant outré d’Aït Naouel M’zada. “Nous tenons à remercier vivement les responsables de la cimenterie d’Aïn El-Kébira, qui ont fait preuve d’un élan de solidarité sans précédent. C’est une société citoyenne au sens propre du terme. Nous lui devons beaucoup. Ils ont énormément aidé la population et sauvé des vies humaines”, diront plusieurs habitants de la région.

L’anachronisme des autorités de la wilaya et l’incapacité des présidents d’APC qui n’ont pas les moyens nécessaires pour faire face à des intempéries pareilles et venir en aide à la population, notamment dans les zones les plus reculées, à cause des difficultés rencontrées pour ouvrir les routes, ont créé un climat d’inquiétude et de panique qui a plongé la population dans la peur.                                                                                    

Par ailleurs, durant cinq jours, la wilaya de Bordj Bou-Arréridj a connu une vague de froid et des chutes de neige, coupant des routes, isolant des villages et privant de courant plusieurs bourgs. Plus de 70 localités dans les régions de Djaâfra, Bordj Ghedir, Medjana et Mansourah sont restées isolées. La daïra de Djaâfra, située à 45 kilomètres au nord de la wilaya, classée domaine forestier de l’État, est l’une des premières à être touchée par la dégradation des conditions atmosphériques.

Étendus sur une surface de 283,98 km2, sa population s’élève à 22 591 habitants. Son territoire se compose de quatre communes : Djaâfra, El-Main, Teffreg et Colla, et de 48 villages. La neige y a atteint dans certains endroits 1,5 m. Aussi, l’arrivée de ce tapis blanc a lieu dans une atmosphère d'austérité qui cadre merveilleusement avec la rigueur de la nature. Les axes routiers qui traversent et desservent la région (RN106, CW43 et CW44) ont été coupés, ce qui a provoqué l’isolement de presque tous les villages.

D’habitude, les villageois attendent la fonte des neiges mais, cette année, malgré un peu de retard, des moyens humains et matériels ont été engagés, ce qui a permis le déneigement rapide des routes et le désenclavement des villages.

Pour les nombreux villages qui n’ont pas encore été raccordés au gaz naturel, ils ont été obligés de revenir aux vieilles méthodes pour se réchauffer, surtout dans ces zones montagneuses, où la bonbonne de gaz est un luxe et couper du bois un délit. “Pour se chauffer, nous nous sommes échangés du bois entre voisins”, dira un habitant du village Colla.  

Au quatrième jour, c’est le marasme général, dans tous les autres villages, les denrées alimentaires commencent à manquer, le combustible (mazout-gaz butane) aussi, parce que très utilisé pour se chauffer et cuisiner. Plusieurs familles seraient mortes de faim, n’était la solidarité de la population. Dans la daïra de Mansourah, située à l’ouest de Bordj Bou-Arréridj, à une attitude de 1 070 mètres, plusieurs villages ont été isolés pendant plusieurs jours, surtout dans les communes de Bendaoud et Harraza, limitrophes avec M’sila et Bouira. La pauvreté de ses habitants, leur éloignement et l’absence de grands axes routiers ont fait d’elles des poches de misère. Là aussi, avec les moyens existants et la neige qui s’amoncelle, impossible de déblayer la route.

Le courant électrique, qui a été rétabli, est de nouveau coupé. Ajouter à cela la rareté du gaz butane car la fermeture de la route complique l’acheminement de ce dernier. “Dès qu’un camion ou une Jeep pointe son nez, toute la population, vêtue de kachabia, accourt, espérant une quelconque aide. Couvertures, vivres, médicaments, produits de première nécessité…”, dira Brahim, un habitant du village Harraza. Les villageois de ces communes ont constaté des carences des services municipaux. Ainsi et d’après plusieurs témoignages, ces services censés redoubler d’efforts en cette période de crise, se cloîtrent carrément dans leurs bureaux, bien au chaud, laissant ainsi les populations livrées à leur triste sort. “Le P/APC a même fermé son téléphone portable”, dira un habitant de la commune de Bendaoud. Pour preuve du laisser-aller des élus locaux de la région, les équipes de déblayage, appartenant à la cette localité, ont carrément attendu plusieurs jours et surtout que les averses s’estompent pour commencer les opérations de déneigement. Il a fallu l’intervention de l’ANP pour dégager les routes et désenclaver les villages Kassabia, Aggar et Samma.

 

Faouzi Senoussaoui et Chabane Bouarissa, 11 février 2012. Liberté.com

 

 

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