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Publié par Saoudi Abdelaziz

L’Office nationale de la statistique annonce pour 2010, la baisse de la production industrielle. La descente aux enfers initiée par le FMI, au début des années 90 continue. Les derniers chiffres concernant les premiers mois de 2011 annonce un petit redressement. Sera-t-il amplifié, durable et suffisamment significatif ?

 

C’est sans doute l’enjeu des pressions sociales exercées en premier lieu par la classe ouvrière, les techniciens et cadres, les étudiants, notamment des grandes écoles, et des jeunes chômeurs en mal d’emploi, mais aussi les entrepreneurs désireux de concrétiser leurs ambitions productives.

On se rappelle que les « émeutes contrefeux » du 5 octobre 1988, avaient été déclenchées à Alger, alors que des milliers d’ouvriers de la zone industrielle de Rouiba, se battant pour l’emploi, le pouvoir d’achat et la démocratie, s’apprêtaient à « monter » sur la capitale, située à une trentaine de kilomètres.

Le 17 mai 2011, à Rouiba, devant les 350 travailleurs de la brasserie néerlandaise Heineken, réunis pour imposer l’élaboration d’une convention collective prévue par la loi, le secrétaire de l’union locale UGTA traduit l’état d’esprit des ouvriers de la zone industrielle, lorsqu’il dénonce le pacte social appliqué depuis 2009 en vue de « promouvoir la croissance économique ». Il affirme : « Ce pacte n’a rien apporté pour les travailleurs. Certains responsables l’utilisent comme prétexte pour nous empêcher de revendiquer nos droits ». Le responsable syndical exige l’installation des conseils de participation prévus dans ce fameux pacte : « Le gouvernement n’a pas respecté ses engagements. On a saisi l’inspection du travail à maintes reprises pour intervenir auprès des entreprises qui n’ont pas installé leur conseil d’administration, mais aucune réponse ne nous a été accordée à ce jour. Et à chaque fois qu’on vient réclamer on nous invoque le fameux pacte social ».

Le regain de combattivité de la zone industrielle n’est sans doute pas étranger à l’évolution en cours dans l’entreprise qui constitue le cœur battant du bastion ouvrier de Rouiba : le complexe véhicule industriel (CVI). Les luttes constantes des salariés pour la relance de la production  commencent à y porter leurs fruits, à la faveur du consensus national qui semble émerger en faveur de l’investissement productif. Une extension du complexe a été décidée, en partenariat avec une entreprise allemande, sur l’initiative de l’ANP. On revient de loin. La production industrielle a été laminée depuis le milieu des années 80.

 

        Un retournement est-il en train de s’opérer ?  

On assiste depuis quelques jours à une curieuse partie, par presse interposée, qui continue la tradition consistant pour les groupes de pression à utiliser les journaux pour leurs ballons sondes briffés par des sources sûres. Ainsi, on peut lire dans La Nouvelle République du 30 mai que « Le projet de réalisation d’un complexe sidérurgique dans la zone franche de Bellara dans la wilaya de Jijel connaîtra un début de matérialisation dans les prochains mois. C’est en tous les cas ce qu’ont révélé nos sources sous le couvert de l’anonymat. Sa proposition de réaliser un complexe sidérurgique composé d’une aciérie et d’un laminoir pour une capacité de production de 1,5 million de tonnes/an a été jugée recevable ».

Le surlendemain, autre son de cloche, La Tribune annonce : « Selon des indiscrétions, il est de plus en plus question de la réalisation d’un projet de laminoir à froid et de galvanisation pour fabriquer de la tôle spéciale pour automobile, dans l’ouest du pays, par un groupe turc spécialisé dans la sidérurgie. Les mêmes sources évoquent des contacts entamés en 2008 avec ce groupe turc et qui seraient accélérés ces derniers temps pour l’installation d’une unité produisant quelque 700 000 tonnes par an d’acier et employant pas moins de 1 200 personnes en direct et le double en indirect. Sans compter la main-d’œuvre nécessaire au démarrage de l’industrie automobile projetée dans le pays et évoquée avec insistance ces derniers mois avec des partenaires étrangers, dont les Français ».

Va comprendre ! Deux jours après ces articles, en cette veille de weekend, les autorités gardent le silence. Tout ce qu’on sait de sûr c’est qu’un plan d’investissement de 500 millions d’euros destiné à la rénovation des installations du complexe d’El Hadjar a été annoncé par le ministre de l’Industrie, il y a quelques semaines.

 

A El Hadjar, cet autre bastion ouvrier, près de Annaba, il a suffit, pour les salariés du complexe sidérurgique, d’une journée de grève, le 30 mai, pour imposer 10% d’augmentation à Arcelor-Mittal, qui n’en proposait que 4. Il est vrai que les ouvriers semblaient chauffés à blanc, et que l’on est à quelques mois du renouvèlement du partenariat entre la puissance publique et la multinationale. Le bilan de ce « partenariat » ? Il n’est pas glorieux. Le syndicat d’entreprise l’a établi dans un document rendu public six jours avant la grève, le 24 mai : « Sur les 18000 postes de travailleurs initiaux, il n’en demeure plus que 5600 » (…) « Avant le début du partenariat, l’usine d’El Hadjar figurait parmi, les trois, quatre plus grandes usines d’Afrique. En 1987, cette même usine avait produit 1,6 millions de tonnes d’acier liquide ». Depuis, La production a chute de moitié : « quelques ateliers ont été définitivement ou presque fermés (cokerie, haut fourneau 1, four électrique, fer blanc, tuberie sans soudure) »

 

Il est évident que livrés à leur seules préoccupations de profit, sans stratégie nationale de développement, les entreprise privés, nationales ou multinationales, n’ont pas fait leurs preuves.

A la mi-avril, les ouvriers de l’entreprise Enasucre, (ex-Sogedia) de Guelma, à l’est du pays, se mettaient en grève, après l’échec des médiations de l’inspection du travail. En 1970, à sa création, cette entreprise publique employait 1 500 salariés. Elle a été donnée en concession en 2008 à un homme d'affaires algérien, pour une durée de 5 ans. Depuis,  les relations de travail n’ont pas cessé de se dégrader. Aujourd’hui, après la lente descente aux enfers, initiée par le FMI au milieu des années 1990, cette usine n’emploie plus que 270 salariés.

Fin mai toujours à l’est,  ce sont les 400 ouvriers de l’usine “Algal Plus” qui menacent de descendre dans la rue. Ils observent des arrêts de travail et des un sit-in devant l'unité de production. Les protestataires appellent les autorités à assumer leur responsabilités et réclament l’ouverture d’une enquête sur les conditions dans lesquelles s’est faite la privatisation de l’usine, qui fut cédée à 300 millions de DA alors que le prix réel dépasse les 2,7 milliards de DA. Ils exigent l’ouverture d’une enquête sur la fraude fiscale des investisseurs algériens et jordaniens, l’application de la législation algérienne du travail.

 

 

 

 

 

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