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Publié par Saoudi Abdelaziz

Bois des Pins (Hydra) : "Mon sang contre mon bois !"

Des agents des forces de l’ordre par dizaines et des véhicules des brigades antiémeute stationnés devant l’école Fatma n’Soumer qui surplombe le quartier des Bois des Pins à Hydra. Des groupes de policiers aux aguets se tiennent à l’embouchure de la terrasse qui mènent aux immeubles sur laquelle les habitants, hommes et femmes, de tout âge sont réunis.

 

 

Portes d’entrée fracassées, fenêtres brisées, débris de verre et des pierres jonchent le sol et l’effarement dans les yeux des habitants dont les demeures ont été «violées». «Violée, oui, tout à fait», insiste une dame dans l’embrasure d’une porte. «Lorsqu’on s’introduit chez les gens à 5h du matin, sans mandat de perquisition, qu’on se fait malmener, il s’agit de violation de domicile», s’indigne-t-elle. «Venez donc voir ma mère, âgée de 82 ans, malade et hémiplégique, qu’on a bousculée, je ne pardonnerai jamais», poursuit-elle, un voile sur la tête. «On a voulu emmener mon fils de 14 ans qui paraît plus âgé», s’écrie une autre dame, en colère. «On nous a insultés, Nass douar (montagnards), qu’ils disaient, moi qui vient de Sidi Yahia», s’exclame-t-elle encore. «Sans oublier ce que la pudeur m’empêche de répéter», s’irrite une dame. Violente riposte des agents de police face à l’opposition des jeunes du quartier, réveillés par «les bruits d’un engin mécanique» et qui ont essayé d’empêcher la poursuite des travaux.

Les habitants de la cité Bois des Pins se battent depuis début juillet dernier contre le saccage d’un espace vert qui a accueilli leurs jeux d’enfant et qui est rempli de souvenirs de jeunesse. Des arbres centenaires sont abattus pour céder la place à la construction d’un parking. Un résidant du quartier souligne l’absence de plaque d’identification du projet, «obligatoire, qui devrait préciser le numéro de permis de construire» et l’absence d’étude et d’enquête commodo et incommodo. Un second habitant dénonce un trafic de tuf (matériel de construction) qui serait «volé et expédié par camions». «Quel genre de chantier est gardé par les forces de l’ordre ? Où a-t-on vu ça ?» se demande-t-il. Au fond de la terrasse, des traces de sang mènent jusqu’au dernier bâtiment. «Regardez, le sang de Ghanou. Ils l’ont traîné, blessé et emmené avec eux», affirme-t-on.

Depuis, on est sans nouvelle d’Abdelghani Henni, 62 ans, porte-parole du comité des sages de la cité, selon le quotidien l’Expression. Il serait journaliste de profession, selon les habitants. Vers 9h, une délégation de la police a demandé la désignation de représentants du comité des sages, invités à rencontrer le chef de cabinet de la daïra de Bir Mourad Raïs ainsi que le chef du projet. Saïd ayant fait partie des représentants raconte, visiblement ébranlé mais déterminé, leurs pourparlers. «Nous avons d’abord exigé l’arrêt immédiat du chantier, forts de 4000 signataires contre ce projet, le retour ce soir même de Abdelghani, sans quoi nous promettons qu’après la prière du soir (tarawih), nguelbouha», déclare-t-il en frappant du poing sur la table. «Il y a deux catégories d’habitants à Hydra ! La première classe et la seconde classe. Oui, il faut parler de classe, maintenant !» insiste un second habitant.

«Il y a les milliardaires et nous, incertains d’avoir de quoi manger le lendemain», explique-t-il en évoquant comme preuve le mépris avec lequel on leur retire leur dû. «J’habite ici depuis cinquante ans, avec cinq frères», renchérit son voisin. En effet, il n’est pas rare que ces appartements exigus accueillent plusieurs familles, mais fières : «Jamais, nous n’avons osé demander quelque chose, ni khedma (emploi) ni sekna (habitat), alors que nous sommes à deux pas de la Sonatrach», clame-t-on. Plusieurs plaintes ont été déposées au tribunal de Bir Mourad Raïs ayant trait à la légalité des travaux ainsi que sur la propriété du terrain. Le verdict devrait tomber le 8 août. Abdelghani Henni serait hospitalisé, en réanimation à l’hôpital Mustapha, selon les dernières nouvelles. Contacté par téléphone, ni le chef de daïra ni la sûreté de wilaya d’Alger n’ont donné de réponse.

Zouheir Aït Mouhoub. El Watan, 5 août 2011

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