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Publié par Saoudi Abdelaziz

Une mémoire déterrée

 

Pour que nul n’oublie cette illustre figure de la chanson chaâbi que fut le regretté hadj M’rizek, de son vrai nom Arezki Chaïeb, la maison de la culture Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou a abrité, durant ces deux derniers jours, les activités qui entrent dans le cadre d’un hommage rendu à la mémoire de cette figure emblématique de la chanson algérienne.

Au programme de cette manifestation, une exposition permanente et deux conférences animées l’une par Abdelkader Bendamèche, musicologue bien connu et haut cadre au ministère de la Culture, et l’autre par Lounis Aït Aoudia, président de l’association Les amis de la rampe Louni Arezki, de la Casbah d’Alger.

 

Bendamèche a dressé, lors de son intervention, un portrait chronologique de hadj M’rizek depuis ses débuts dans la chanson, notamment après 1928, lorsque l’artiste fera la rencontre de l’association El-Djazaïria, dirigée par Mohamed Ben Tefahi, et sa rencontre juste après avec cheikh Ahmed Sebti. “M’rizek était une personne intelligente et perspicace. La Casbah d’Alger lui offrait un espace prospère pour exercer son art, tant ce lieu était depuis le début du siècle un lieu d’éveil identitaire national et culturel.” Il admet toutefois que M’rizek demeure méconnu de notre jeunesse. “Même si cet artiste incontestable est connu de tous à travers son répertoire, la personne, elle, reste méconnue jusqu’au jour d’aujourd’hui.”

 

Il rappellera également à cette occasion une autre figure ayant contribué à la constitution d’une mémoire musicale nationale durant les années 1940, en la personne de Boudali Safir qui, dira le conférencier, a institué un ensemble de mémoires mélodiques et musicales de notre patrimoine, alors qu’il profitait, en 1943 et en pleine guerre mondiale, d’un moment d’ouverture du régime colonial sur Radio Algérie ORTF de l’époque, où il était directeur artistique”. Boudali Safir regroupera cinq mémoires composés de musique bedoui, moderne, kabyle, medh et andalou, dont les travaux ont été confiés respectivement à Khelifi Ahmed, Mustapha Skandrani, cheikh Nordine, el-hadj M’hamed El-Anka et Mohammed Fakhardji.

 

Le deuxième conférencier a, de son côté, abordé le personnage dans un contexte de sauvegarde de la mémoire par la transcription, seul moyen de sauver notre patrimoine culturel. “La stratégie de la domination coloniale était basée sur les éléments structurants d’une personnalité, c'est-à-dire la culture. La colonisation française est rentrée en Algérie avec comme stratégie fondamentale et essentielle la déculturation et l’occultation d’un peuple ainsi que le démantèlement de la mémoire. à partir de cela, dans ce contexte, je dirai qu’on a marginalisé les artistes et les hommes de culture, sans avoir évalué leur apport dans la sauvegarde de la culture algérienne”, et au conférencier d’ajouter : “Soyons conscients de la mission qui est la nôtre. Nous ne pouvons pas plaider des circonstances atténuantes. Nous avons une jeunesse, une génération montante, restituons-lui ce qui lui appartient et aidons-la à se construire une mémoire.”

 

Hier après-midi, un spectacle musical en hommage à hadj M’rizek était au programme et devait être marqué par de nombreux témoignages par Boudjemâa El-Ankis, Difli Tarek, Hocine Dris et Rabah Haouchine.

Kocila Tighilt, 27 décembre 2011. Liberté

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