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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

« Qu'une intervention dans le cadre de l'Union africaine et des Nations Unies puisse se faire, ça, c'est aux Africains de déterminer et le moment et la force » a déclaré François Hollande le 14 juillet, à propos du Mali. Le président français semble avancer avec prudence dans la logique de guerre  de Laurent Fabius.

 

 

Quelques réactions parues dans la presse algérienne, au lendemain de cette déclaration

 

M. Saadoune, éditorialiste du Quotidien d’Oran

Des mise au point à refaire(Extraits)

 

« Une intervention militaire, défendue avec légèreté - y compris dans certains médias algériens qui reproduisent sans discernement le flux des agences de presse occidentale -, a peu de chance de résoudre le problème. Il manque le préalable d'un retour de l'Etat malien et d'une reconstitution d'une armée malienne délabrée.

La venue, aujourd'hui à Alger, du chef de la diplomatie française devrait être l'occasion de clarifier un peu les intentions. Le chef de la diplomatie française estime qu'après une remise en ordre à Bamako, une intervention armée sera nécessaire. A Alger, on estime aussi que le retour à l'ordre constitutionnel à Bamako est nécessaire. Mais ce retour devrait permettre de négocier une solution politique avec les acteurs maliens du Nord comme du Sud. L'Algérie veut ainsi une démarche inclusive où tous les acteurs maliens, gouvernement, Ançar Eddine comme le Mnla, soient partie prenante afin d'exclure les groupes djihadistes. La démarche n'est cependant pas aussi lisible. Il y a un effort à faire dans ce sens. D'autant qu'on constate déjà un empressement en France à voir dans la libération des otages une opportunité pour que les Algériens interviennent «plus directement pour sécuriser le Sahel». Comme si l'affaire des otages terminée, on signifie que la pression pour une intervention algérienne va devenir plus forte. Il y a probablement quelques mises au point à refaire. »

 

 

Mohamed Chafik Mesbah, ancien officier supérieur du DRS. L’Expression, extraits

Ne trouvez-vous pas que les pays occidentaux, la France en premier lieu, affichent une attitude qui manque de clarté à propos d'une éventuelle opération militaire au Mali?

Les pays occidentaux ont bien conscience de ce que sont leurs objectifs dans la région du Sahel. Des objectifs liés à leurs intérêts stratégiques. Ils cultivent, cependant, de l'ambiguïté sur le mode opératoire. Ils sont favorables à une opération militaire qui serait menée pour leur compte par l'Algérie et d'autres partenaires africains. Les pays occidentaux se réserveraient l'appui logistique et la supervision diplomatique. Certains pays le disent ouvertement, d'autres pas. Il ressort implicitement des déclarations des responsables américains et français que les deux pays sont potentiellement en concurrence. La France semble entretenir deux logiques différentes selon qu'il s'agisse des indépendantistes touareg pour lesquels elle manifeste de la compréhension - ou des mouvements terroristes qu'elle déclare vouloir éradiquer. Sur le mode opératoire, la France, indirectement, recommande une opération militaire, tout en souhaitant que ce soit l'Algérie qui en soit le maître d'oeuvre sur le terrain. Il faut être un peu niais pour imaginer que l'Algérie allait faire, avec autant de désinvolture, une tâche d'auxiliaire au profit d'intérêts stratégiques français en Afrique.

 

Crise malienne

Contours de la solution politique de l’Union africaine

 

 

Par Djilali Benyoub, Liberté

 

 

La solution militaire ne peut rien apporter à la crise malienne. Elle ne peut influencer positivement la situation dans ce pays, a estimé le commissaire à la Paix et la Sécurité de l’Union africaine, Ramtane Lamamra.

 

Intervenant hier samedi à Addis-Abeba, le diplomate a soutenu que la solution peut être africaine et sans intervention militaire.
Option avancée par certains pays qui est destinée, selon lui, à la consommation interne. Cela d’autant plus que, pour le diplomate, la démarche actuelle pour le règlement de la crise malienne n’a pas épuisé tous les moyens pacifiques.

L’urgence, cependant, est, selon lui, dans la mise en place “d’un gouvernement représentatif inclusif à Bamako, en mesure de représenter la souveraineté nationale et de prendre des dispositions afin que durant la période de transition d’une année, il puisse y avoir un calendrier électoral et éventuellement des amendements à la Constitution”. Cette solution prévoit également la mise en place d’une Chambre haute pour représenter le territoire à travers le Parlement. Le but est de donner une plus grande représentation aux populations du Nord qui ont développé un sentiment de marginalisation et d’exclusion dans la gestion des affaires du pays.

La partie la plus complexe de la crise malienne demeure, cependant, la situation du Nord tombé entre les mains des groupes terroristes et qui fait l’objet d’affrontements entre les groupes affiliés à Al-Qaïda et les séparatistes Azawad du MNLA. Un double problème lié à l’intégrité territoriale et à la sécurité. Situation accentuée par la présence des groupes terroristes et les activités criminelles transnationales.

 

Il n’y a pas de solution miracle, a tranché le commissaire africain. Non seulement le combat est de longue haleine, encore faut-il surtout que la coopération régionale soit effective et efficace. “C’est-à-dire, a souligné M. Lamamra, que les pays de la région adhèrent aux mêmes valeurs et consentent des sacrifices comparables.”

 

Cela dit, la solution reste entre les mains des Maliens eux-mêmes. D’où l’insistance sur le dialogue et la négociation entre les différentes parties. Il y a d’un côté le MNLA et Ançar Eddine et de l’autre le gouvernement de Bamako. Lamamra intègre Ançar Eddine non pas comme groupe islamiste à l’instar d’Aqmi ou du Mujao liés à Al-Qaïda, mais un acteur susceptible de contribuer au même titre, selon la stratégie adoptée par l’UA et le Burkina Faso médiateur de la Cédéao, que le MNLA à d’abord isoler les groupes terroristes et entamer les négociations. Le but, dans un premier temps, est d’arriver à avoir l’accord des deux parties, Ançar Eddine et MNLA pour amorcer le dialogue. Ag Ghaly, leader d’Ançar Eddine, faisait partie de la rébellion avec feu Bahanga et avait signé en 2006 l’accord d’Alger. Il est également contre la présence des groupes d’Al-Qaïda sur le territoire malien. Ce qui fait de lui, de fait, un acteur indispensable. Quant au type d’accord, M. Lamamra évoque l’existence d’accords du genre de celui d’Alger (2006) ou le pacte national dont l’application donnerait de nouvelles perspectives “à un Mali démocratique et convivial où tous les citoyens seront égaux en droits et en devoirs”.

De leur côté, les pays du champ s’activent dans le même sens avec une démarche similaire. Les ministres des Affaires étrangères des pays de la sous-région ont augmenté la cadence des consultations pour aboutir à une convergence sur l’analyse et les modalités de mise en œuvre de la démarche commune. Les MAE d’Algérie, de Mauritanie, du Mali et du Niger vont se rencontrer avant la fin de ce mois de juillet dans la capitale nigérienne, Niamey. Signe que les choses évoluent et s’accélèrent dans le bon sens.

Sur le terrain, la population du nord du Mali ne cache désormais plus son mécontentement et sa colère devant les exactions des islamistes. Après les manifestations à Gao, Tombouctou, la population est sortie avant-hier à Goundam, une ville proche de Tombouctou, pour protester et dénoncer le comportement des islamistes qui se sont attaqués à un homme accusé à tort d’adultère et à une femme sans voile. Les manifestants ont, par ailleurs, bloqué l’accès à la mosquée de la ville pour les islamistes qui allaient accomplir la prière du vendredi. Malgré des coups de feu en l’air, les islamistes n’ont pas réussi à leur faire peur.

Liberté,15 juillet 2012

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