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Publié par Saoudi Abdelaziz

Au printemps 1961, il y 50 ans, malgré le dispositif de dissuasion, le drapeau algérien est brandi à Jijel. 40 ans après Hamid Fradj, alors jeune manifestant, aujourd’hui disparu, racontait, en 2001, cet élan jijelien dans l’hebdomadaire local Jijel-Infos, auquel il collaborait en 2001.

 

                          Un certain lundi de mai 1961

Frappons aux portes de la mémoire. Réveillons-la pour qu’elle libère par bribes ou par flots, ses souvenirs, même douloureux et qu’elle dise simplement ce qui fut. Une chanson populaire a immortalisé ces journées « anhar latnine, frança ghaflana, rafghou laalame… ».

Décembre 196. Alger brûle. Le peuple brave les chars. Poitrines nues contre fusils. Mourir debout que vivre à genoux. L’opinion mondiale bascule en faveur du peuple algérien. Alger à l’époque abritait 300 à 400 milles âmes. Jijel regroupait 10 000 habitants tout au plus. C’était une ville garnison, coupée en deux par les barrages de fils barbelés avec deux passages obligés. Côté ouest : l’école Jules-Ferry et son poste de gendarmerie. Côté ouest : la Medersa, avec les renseignements généraux. Quartier européen au nord, quartier algérien au sud. Patrouilles à pie et mécanisées permanentes. Couvre-feu, sauf-conduit. Ville prison. Ville assiégée : même les adresses étaient conçues en îlotage. La ville était quadrillée, maillée.

Jijel explose

Malgré tout ce dispositif de dissuasion, au printemps 1961, elle explose. « Tahia el djazaïr. Algérie musulmane. Vive le FLN ». Le drapeau algérien est brandi. Les you-you galvanisent. Les voix rugissent, tonnent en un seul cri. La rage du cœur brise en morceaux les chaînes de la peur. Ce jour-là, le peuple a tous les âges, il est de tous les sexes.

Crépitements des balles, half-track, mouchara, hélicoptères, bérets de touts couleurs, calottes et casques divers, police, gendarmerie, UT et autres sinistres bureaux de triste mémoire. Premiers blessés, plusieurs morts. Les corps exultent. La mort n’est plus laide ; les coups de crosses deviennent caresse ; Les pointes barbelées sont orties.

Insurrection

Les magasins et autres commerces ferment leurs portes. Les enfants et les adolescents désertent les classes. Des jeunes demandent aux militaires de se battre d’homme à homme. Des femmes dépendent du cimetière, étendard fièrement déployé. Les autos brûlent. Les chars foncent sur le peuple. L’hélicoptère tire. Les bombes lacrymogènes fusent. E t puis, accalmie précaire. Encadrés par l’OCFLN, les Jijeliens enterrent leurs morts, martyrs enveloppés dans l’emblème national, dans une procession ponctuée de cris de vengeance et de chants patriotiques. Le retour du cimetière sera une déferlante humaine. L’Européen a peur : le peuple est devant sa porte. Staccato, crépitement, coup par coup, gourdins matraques, chiens policiers, toute la panoplie répressive y passe. Rafle, arrestation, brimades, tortures, disparitions. Pendant plusieurs jours, les adolescents continueront de narguer la soldatesque. Les airs patriotiques sont fredonnés pendant les cours de musique et lors des séances de gym.

Postscriptum. Dans le film célèbre Cléo de 5 à 7, un flash de radio démarre ainsi : « Violentes manifestions à Djidjelli ». A quand une plaque commémorative ?

Hamid Fradj. Jijel-Infos,  3-9 octobre 2001

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