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Publié par Saoudi Abdelaziz

Portrait

 

 

 

A 37 ans, il est le plus jeune chef d'un parti politique en Grèce. Alexis Tsipras est aussi celui qui, ayant catalysé la colère populaire, promet d'en finir avec la cure d'austérité s'il arrive au pouvoir et suscite l'angoisse des partenaires européens d'Athènes.

Le 6 mai dernier, lors des précédentes élections législatives, son parti, la Coalition de la gauche radicale Syriza, a provoqué un séisme politique en arrivant en deuxième position du scrutin avec 16,7% des voix.

"Mme Merkel doit comprendre que la politique d'austérité vient de subir une immense défaite", lançait-il au soir de ce premier scrutin. "Par leur vote, les électeurs grecs ont donné un mandat pour une nouvelle aube pour notre pays, où la solidarité et la justice remplacerait les mesures barbares des plans de renflouement", a-t-il poursuivi.

Dans un pays qui vit sa cinquième année de récession et où le chômage frôle désormais les 23% de la population active, Tsipras, né quatre jours après la chute de la dictature des colonels, en 1974, a exploité au mieux l'exaspération et la colère face aux deux grands partis traditionnels, associés aux programmes de rigueur qui se succèdent depuis fin 2009 et l'éclatement de la crise de la dette souveraine grecque.

D'une élection à l'autre, il a poursuivi dans la même veine, celle d'un refus des conditions d'austérité fixées par les bailleurs de fonds de la Grèce - Union européenne, FMI et Banque centrale européenne - en échange de leur aide financière.

 

CONTRE UN REMÈDE PIRE QUE LE MAL

 

Comme en mai, son discours porte. Les derniers sondages autorisés plaçaient Syriza bien au-dessus de son score du 6 mai, au coude à coude avec la droite conservatrice de Nouvelle Démocratie.

Considéré comme "l'enfant terrible" de la crise de la dette européenne, Alexis Tsipras a promis de rompre avec l'austérité dès le lendemain des élections législatives de dimanche, tout en s'engageant à maintenir Athènes au sein de la zone euro.

Car à ses yeux, le Mémorandum de sauvetage financier de la Grèce qui détaille les modalités et les conditions de l'aide financière de 130 milliards d'euros accordée en mars, loin de sauver le pays, le voue à la faillite.

Dans une tribune publiée mercredi par le Financial Times, il réaffirme qu'il n'est pas question pour lui de sortir de l'euro et d'en revenir à la drachme. Mais considérant que les réponses apportées par les Européens depuis le début de la crise ont été "totalement inefficaces", il prévient: "Si nous ne changeons pas de voie, l'austérité menacera avec encore plus de certitude de nous faire sortir de l'euro."
"Ce Mémorandum de la faillite appartiendra au passé dès lundi", a-t-il dit jeudi soir à ses milliers de partisans réunis sur la place Omonoia, à Athènes.

 

UN BLUFF ?

 

Le chef de file de Syriza est persuadé que les Européens ne mettront pas à l'oeuvre leurs menaces de couper les vivres à Athènes car ils auraient trop à perdre des effets d'une sortie de la Grèce de la zone euro. Stratégie à haut risque, rétorquent ses adversaires, Antonis Samaras en tête qui dénonce un "coup de poker". Issu de la classe moyenne, Alexis Tsipras, ingénieur de formation, a travaillé quelque temps dans le BTP avant de se lancer à plein temps dans la politique.

Après avoir fréquenté à l'université le mouvement de jeunesse du Parti communiste dans les années 1990, il a rejoint Syriza, coalition regroupant une dizaine d'organisations de gauche radicale ou écologiste.

Il a fait son entrée véritable sur la scène politique en terminant troisième de la municipale athénienne en 2006, avant de devenir le leader de la Coalition de gauche en 2008 et de faire son entrée au Parlement en 2009.

Supporteur de l'équipe de football du Panathinaikos, Alexis Tsipras cultive son refus des pesanteurs de la société traditionnelle grecque et vit en concubinage avec sa compagne, Betty, enceinte de leur deuxième enfant.

Sa jeunesse en fait un contre-exemple séduisant pour un électorat lassé par les grandes dynasties politiques qui trustent les postes depuis la fin du régime des colonels et dont les pratiques sont jugés responsables de la tempête que traverse la Grèce.

Pour les autres dirigeants de la zone euro, c'est un idéologue sans expérience, dénué du sens de l'Etat, sans contact dans les autres capitales européennes.
"Et alors, où est le problème de ne pas avoir d'expérience. S'il peut diriger un parti, il peut diriger un pays", rétorque Panagiotis Kouroublis, député élu sous l'étiquette Syriza. "La Grèce, ajoute-t-il, a trop souffert de ces gens qui promettaient un chose et faisaient son contraire."

Tsipras a promis de nationaliser les banques, de suspendre les privatisations et de geler les mesures d'austérité. Et s'engage à lutter contre la corruption et à taxer les riches.
"Le sauvetage a piégé tout un peuple; c'est la raison pour laquelle nous devons nous en débarrasser immédiatement", a-t-il clamé durant la campagne.

 

Reuters, 16 juin 2012

 

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