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Publié par Saoudi Abdelaziz

Deux nouvelles contradictoires cette semaine.

L'APS annoncele 10 décembre, que l’Agence nationale pour la valorisation des ressources en hydrocarbures compte lancer un quatrième appel d’offres pour la recherche et l’exploitation des hydrocarbures "non conventionnels", L'agence a mis en place une "Task-force", chargée d’identifier les périmètres à offrir à la concurrence.

L'annonce est largement reprise dans la presse indépendante "anti-rentière" sur le papier, qui semble désormais convertie "malgré elle et à son corps défendant". Ce qui ressort des commentaires, c'est un lâche soulagement: c'est fait, que peut-on y faire...

L'avenir énergique algérien semble donc tout tracé: ce sera à celui de la fracturation hydraulique à l'américaine.

Pourtant, le surlendemain, une autre nouvelle contradictoire est passée inaperçue dans les médias algériens : la State Grid Corporation of China (SGCC) pourrait entrer prochainement au capital de Desertec, gigantesque programme de 400 milliards d’euros qui vise à produire 15% de l’électricité européenne grâce au soleil du sud de la Méditerranée. On sait que les firmes allemande se sont récemment retirées du projet. Au-delà de sa puissance financière, la Chine dispose de plusieurs arguments: d’une part le groupe chinois SGCC a une grande expérience dans le transport d’électricité sur des distances à la mesure de son pays. Et, d’autre part, le premier fabricant mondial de panneaux solaires devient un acteur économique incontournable en Afrique.

 

Notre pays est-il condamné à gaspiller ses réserves d'eau pour assurer la fracturation hydraulique et alimenter à ce prix exorbitant les caisses de la "rente"?  Karim Tédjani ne semble pas découragé.

 

 

 

 

 

Gaz de schiste en Algérie

 

 

Le silence des agneaux n'est pas celui des loups

 

 

 

 

Par Karim Tédjani, 13 décembre 2013

 

 

 

Plus les jours passent et plus se font récurrentes, dans la presse algérienne, les annonces confirmant  un inquiétant état de fait : l’Algérie, pays en stress hydrique,  est bien partie pour exploiter ses ressources fossiles  non conventionnelles  en utilisant la fracturation hydraulique horizontale.

 

 

Certes,  la plupart des articles publiés à ce propos dans les grands médias nationaux  ne partagent pas le pessimisme de ces  nombreux Algériens, experts ou non, qui considèrent  cette entreprise comme des plus aventureuses et  bien mal avisée au regard, non seulement de l’écologie, mais  également de  considérations purement économiques et géopolitiques.

 

 

Il faut dire que ceux qui se sont ouvertement opposé à la fracturation hydraulique ont été rapidement taxés « d’écologistes », une voix  qui ne peut être considérée par l’opinion publique  que  comme  négligeable et dénuée de pragmatisme politique. Surtout  dans un pays  où l’écologie politique n’en est même pas à ses balbutiements ! Souhaiter un environnement sain, ce n’est pas militer pour l’écologisme, c’est tout simplement  aimer son pays, être un patriote, un Algérien responsable vis-à-vis des générations présentes, passés et futures. Voici donc un premier voile  de confusion  jeté insidieusement sur  les doléances de simples citoyens  dont  les horizons idéologiques et politiques sont aussi vastes et variés que l’écologie de notre territoire est complexe et fragile.

 

 

Le «  message officiel » véhiculé dans la presse , lui,  est  limpide  comme de l’eau de roche (ou de l’huile de schiste) : cette  manne fossile   ne peut  être qu’une bénédiction pour l’économie algérienne. Son exploitation est  aussi incontournable que les risques  dénoncés sont totalement maîtrisés par l’industrie pétrochimique moderne.  

Entre les lignes, certains n’hésitent pas à lire un autre aveu de taille : l’incapacité maladive  de l’économie algérienne à sortir du système corrupteur de  la rente fossile.  Elle  est pourtant  sa principale source de léthargie.  

 

 

A l’aune de ce 21ème siècle, le mouvement vers une mutation de nouveaux systèmes de production et de consommation s’avère pourtant  mondialement invoquée comme une mesure inévitable, voire vitale.

Au centre de ces mutations, il y a deux volets  encore plus incontournables : l’eau et l’énergie.  Les deux se font d’autant plus rares que les Algériens en consomment de plus en plus. La question de l’efficacité, de la gestion intégrée des ressources naturelles devient  donc importante à soulever dans un contexte de marché mondial et national qui a  fait du gaspillage et de l’obsolescence le meilleur carburant de sa  croissance continue.

Quand elle a  tous les moyens de devenir une nation africaine et méditerranéenne  à la pointe du développement durable, notamment grâce à ses gisements infinis en énergie solaire, son industrie et agriculture encore possibles  à développer écologiquement, l’Algérie va dilapider des milliards de m3 d’eau potable pour s’assurer quelques décennies de rente supplémentaires. Au lieu d’investir, tant qu’elle en a encore le temps et l’argent, dans une véritable politique de développement des énergies renouvelables, combinée  à des  efforts concrets pour optimiser en amont et en aval l’efficacité du système énergétique national…

 

 

Voilà pourquoi la question de l’utilisation de la fracturation hydraulique en Algérie  ne peut-être un faux débat pour quiquonque se soucie des intérêts de la nation avant de veiller à protéger ses deniers.  De même , le choix de persister dans un système énergétique « tout au  gaz »   parait bientôt obsolète  et ne peut se suffire de l’argument d’une consommation grimpante quand elle n’a pas encore été endiguée par des mesures  limitant le gaspillage ainsi qu’ un mix énergétique donnant une place plus importante aux énergies renouvelables.  Il est à vrai dire question de l’avenir du pays et des générations à venir  puisqu’il touche,  il faut encore et encore  le rappeller, à deux domaines essentiels pour la survie de notre peuple : l’eau et l’énergie.

En 2025, réchauffement climatique et « court-terme-alisme »  aveugle oblige, on  a prédit  depuis bien longtemps à  tous les  pays  du Maghreb une terrible sécheresse ainsi que des  bouleversements climatiques importants.  Tout le monde sait que les réserves de nos sous sols ne sont pas infinies. Le peak oil sera une inévitable réalité pour les générations suivantes…  Que deviendra, dans un tel contexte, une Algérie  appauvrie en eau   et incapable de produire autre chose que des énergies fossiles ?

 

 

Pourtant, les questions semblent rester sans réponses valables de la part de ceux qui ont  voulu, orchestré et  se régaleront d’une telle débâcle à venir.  Le projet suit son cours, les mains se serrent et se frottent aux quatre coins du club très privé  des grands  pétroliers de la planète. Pendant ce temps, d'autres n'auront bientôt que leurs yeux pour regarder, leurs oreilles pour entendre, mais sûrement pas  leur voix pour être entendus. Aucun ou peu de débats publiques sur le sujets... La messe a été dite : « circulez maintenant… Laissez  nous faire ! ».

 

J’aimerais conclure ce modeste billet par une citation que je trouve fort à propos. Lors d’un cours de Philo sur La République de Platon,  je me souviens que  le professeur avait lâché à  la classe ce jour là  une de ces  petites formules provocatrices dont il avait  le secret  quand  il voulait nous pousser  plus loin dans notre réflexion : " Mes agneaux,  croyez vous vraiment que la Démocratie soit possible en ce bas monde médiatique ? Quelle  est, à votre avis,  la différence entre une dictature et une démagogie ? Eh bien, face à la controverse, la première  vous répondras de fermer vos gueules, l’autre plus polie, acquiescera à vos doléances avec un grand sourire , mais à l’évidence vous pourrez toujours , à vos risques et périls, causer dans le vide".  

nouara-algerie.com

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